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Faïza GUÈNE

Kiffe kiffe demain

Hachette, 2004

Le livre de poche, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faiza-Guene.jpgFaïza Guène est une jeune écrivain et réalisatrice française d’origine algérienne. Elle est née en 1985 et vit actuellement à Pantin (Seine-Saint-Denis, 93).

Pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, elle a déjà publié trois romans aux éditions Hachette Littératures. En 2004, le premier, Kiffe kiffe demain, a été l’une des meilleures ventes de l’année et a même été traduit dans 26 pays. En 2006, c’est Du rêve pour les oufs qui est édité, suivi de Les gens du Balto en 2008. Ces trois romans ont ensuite été publiés au Livre de Poche.

Dans ses romans, Faïza Guène dresse le portrait du monde qui l’entoure : sa cité, sa famille, ses amis, toutes ces personnes qu’elle croise quotidiennement et qu’elle nous décrit, telle une photographie qu’elle prendrait sur le vif, pour nous lecteurs.

Faïza Guène a également réalisé plusieurs courts-métrages : La Zonzonnière en 1999, RTT et Rumeurs en 2002 et Rien que des mots en 2004. Enfin, elle est à l’origine d’un documentaire intitulé Mémoires du 17 octobre 61, réalisé en 2002.

Bien avant que Faïza Guène ne devienne l’écrivain qu’elle est aujourd’hui, elle était le personnage principal d’un texte de Marie Gauthier : Petit traité topographique du Pantin d’une collégienne ou La géographie affective de Faïza 14 ans. Mis en ligne en 1999, puis édité aux Amis d’inventaire-invention, c’est une jeune Faïza que nous découvrons dans ce texte, parlant déjà de sa cité comme elle le fait maintenant dans ses romans, contrant les préjugés et décrivant son quotidien.

Considérée comme l’une des « 100 personnalités de la diaspora africaine » (Jeune Afrique, n°2536-2537, du 16 au 29 août 2009, p. 46), Faïza Guène plaira autant aux adolescents qu’aux plus grands, abordant d’une manière simple et directe des thèmes de notre vie quotidienne.




Doria, 15 ans, collectionne les prospectus de marabouts et vit dans une cité de Livry-Gargan, la cité du Paradis, qu’elle s’appelle, dans le 9-3 quoi.

 « En tout cas, je me suis tracé un pur itinéraire, même si je suis encore au point de départ et que le point de départ c’est Livry-Gargan. », p. 73, Hachette Littératures.

Doria est une jeune adolescente pleine de rêves et de projets d’avenir, qui regarde Zone Interdite avec Bernard de La Villardière et La nuit des héros avec Laurent Cabrol sur TF1 le vendredi soir, qui lit Tahar Ben Jelloun et Les Aventures de Tintin, qui feuillette Femme Actuelle, qui a un poster de Filip des 2 Be 3 dans sa chambre et qui imagine qu’à son enterrement Léonardo Di Caprio de Titanic sera présent.
   
 « Quand j’étais plus jeune, je rêvais d’épouser le type qui ferait passer tous les autres pour des gros nazes. Les mecs normaux, ceux qui mettent deux mois à monter une étagère en kit ou à faire un puzzle vingt-cinq pièces marqué « dès cinq ans » sur la boîte, j’en voulais pas. Je me voyais plutôt avec MacGyver. Un type qui peut te déboucher les chiottes avec une canette de Coca, réparer la télé avec un stylo Bic et te faire un brushing rien qu’avec son souffle. Un vrai couteau suisse humain. », p. 41, Hachette Littératures.

Sa mère, Yasmina, « fait le ménage dans un hôtel Formule 1 à Bagnolet, en attendant de trouver autre chose », avec pour imbécile de patron M. Schihont, qui se marre bien en l’appelant « la Fatma ». Son père ? « Il est parti loin. Il est retourné au Maroc épouser une autre femme sûrement plus jeune et plus féconde que [sa] mère ».

 « Ma mère, elle dit que si mon père nous a abandonnées, c’est parce que c’était écrit. Chez nous, on appelle ça le mektoub. C’est comme le scénario d’un film dont on est les acteurs. Le problème, c’est que notre scénariste à nous, il a aucun talent. Il sait pas raconter de belles histoires. », p. 19-20, Hachette Littératures.

Doria n’a ni frère ni sœur. A l’école, elle s’ennuie et n’a personne à qui parler.  En plus, elle ne pourra pas redoubler car il n’y a pas assez de place pour tout le monde au lycée : à la rentrée prochaine, ce sera CAP coiffure. Alors, elle se console et vide son sac en parlant à Hamoudi, « un des grands de la cité. Il doit avoir environ vingt-huit ans, il traîne toute la journée dans les halls du quartier », et il l’a connue alors qu’elle n’était « pas plus haute qu’une barrette de shit ».

 « Hamoudi, il passe son temps à fumer des pétards. Il est tout le temps déconnecté et je crois que c’est pour ça que je l’aime bien. Tous les deux, on n’aime pas notre réalité. Parfois quand je reviens des courses, il m’arrête dans le hall pour discuter. Il me dit « juste cinq minutes… », et on reste une heure ou deux à parler. Enfin, surtout lui. Souvent, il me récite des poèmes d’Arthur Rimbaud. Du moins le peu qu’il se rappelle, parce que le shit, ça te bouffe la mémoire. Mais quand il me les dit avec son accent et sa gestuelle de racaille, même si je comprends pas grand-chose au texte, je trouve ça beau. », p. 27-28, Hachette Littératures.

Il y a aussi Mme Burlaud, sa psychologue, chez qui Doria se rend tous les lundis. « Mme Burlaud, elle est vieille, elle est moche et elle sent le Parapoux ». Ce sont ses profs qui ont pensé qu’elle en avait besoin, c’est sûrement à cause de son père… Au moins, Doria peut lui parler, mais elle aimerait bien que Mme Burlaud lui raconte toute sa vie aussi, ce serait plus équitable.

 « Depuis que le vieux s’est cassé, on a eu droit à un défilé d’assistantes sociales à la maison ». En ce moment, il y a une certaine Mme Dubois, Dupont, ou Dupré, qui vient rendre visite à Doria et sa mère. Elle vient à la maison pour leur donner des coupons CAF et pour offrir à Doria des chèques-lire « pour avoir des bouquins gratos ».

 « Je la trouve conne et en plus, elle sourit tout le temps pour rien. Même quand c’est pas le moment. Cette meuf, on dirait qu’elle a besoin d’être heureuse à la place des autres. » […] «  Mme Duquelquechose, même si je la trouve conne, elle joue mieux son rôle d’assistante sociale de quartier qui aide les pauvres. Elle fait vraiment bien semblant d’en avoir quelque chose à cirer de nos vies. », p.17, p. 19, Hachette Littératures.
 
Aziz, il tient le Sidi Mohamed Market, et il est secrètement amoureux de la mère de Doria. Pourtant, il va se marier, pas avec Yasmina, mais avec « une fille du Maroc ». C’est dommage, elle l’aime bien Aziz, Doria !

 « Aziz, il doit avoir aux alentours de cinquante ans. Il est petit, pratiquement chauve, a tout le temps les ongles sales et passe son temps à essayer de se décoincer des trucs entre les dents avec le bout de sa langue. », p. 77, Hachette Littératures.

Et puis, y a « ce gros nul de Nabil », l’intello de la classe, qui vient aider Doria à faire ses devoirs et qui en profite pour lui voler son premier baiser. Ce n’était pas comme ça que Doria avait imaginé son premier baiser, encore moins avec un garçon comme Nabil, mais bon comme ils disent là-bas c’est le mektoub, c’est le destin ! Les Feux de l’amour, ça a beau passer à la télé, ça n’existe pas en vrai. De toute façon, au fil du temps, Doria apprend à connaître Nabil, et il n’est plus aussi nul qu’auparavant à ses yeux … qui sait ce qui se passera ?

 « L’histoire de la bouche de Nabil, personne n’est au courant. Trop l’affiche. Même pas Mme Burlaud et surtout pas Maman. Si elle apprend ça, elle me tue. Je lui en veux à Nabil de m’avoir volé mon premier baiser et d’avoir descendu mon paquet de biscuits salés, mais pas autant que je croyais que je lui en voudrais. Enfin, je me comprends. », p. 102, Hachette Littératures.

Dans Kiffe kiffe demain, il y a encore toute une multitude de personnages, que Doria s’amuse à nous décrire, tant physiquement que moralement, pour notre plus grand plaisir. Les décrire tous, ce serait trop long, et puis c’est l’intérêt d’un résumé : vous donner envie de lire le livre, de découvrir tous ces personnages et de vous laisser guider par Doria, jeune adolescente de 15 ans au début, 16 à la fin, qui souhaite faire votre connaissance.

 « - Alors tu veux nous devancer et te marier avant nous ? Il est beau ton Nabil ? J’le connais si c’est un petit du quartier, non ?
- Il a de grandes oreilles mais il est très gentil et intelligent et…
- Ha ! ça y est, ça commence… C’est fini, c’est plus kif-kif demain comme tu me disais tout le temps ?...

C’est vrai ça. J’avais presque oublié. Hamoudi, lui, il s’en souvient. Quand il a dit ça, ça a failli me décrocher la larme. C’est ce que je disais tout le temps quand j’allais pas bien et que Maman et moi on se retrouvait toutes seules : kif-kif demain.
Maintenant, kif-kif demain je l’écrirais différemment. Ca serait kiffe kiffe demain, du verbe kiffer. Waouh. C’est de moi. (C’est le genre de trucs que Nabil dirait…) », p. 191-192, Hachette Littératures.

 

Dans Kiffe kiffe demain, Faïza Guène nous livre les portraits de gens ordinaires, de personnes qui n’ont rien d’exceptionnel mais qui font partie de la vie de Doria, l’héroïne et la narratrice du roman.
   
Avec un style plus que familier, la narratrice nous présente sa vie, l’endroit dans lequel elle vit et les personnes qui l’entourent. C’est une espèce d’éloge de la banlieue parisienne et de la jeunesse désabusée des cités que nous livre ici la narratrice. Pour elle, il y a beaucoup trop de choses qui clochent dans la société française et le regard que l’on porte sur ces cités, sur cette banlieue, sur cette jeunesse, est bien souvent faussé, non justifié, trop généralisé.

En employant des mots simples, en parlant « comme les racailles » et en nous livrant des bouts de vie de toutes ces personnes banales, Faïza Guène parvient à nous faire voyager au cœur de cette banlieue et de cette jeunesse trop souvent montrée du doigt.

Comme elle parlerait à Hamoudi ou Mme Burlaud, Doria nous parle à nous, lecteurs. Au fil des pages, on voit Doria grandir, mûrir, prendre conscience des choses de la vie. Ainsi, elle se livre à nous, nous parle d’elle, de ses problèmes, de son adolescence, de son corps qui change et de plein d’autres petites choses banales qui deviennent pourtant importantes pour que l’on parvienne à dresser le portrait de Doria, à la manière des portraits qu’elle fait des autres personnages.

Durant le temps de la lecture, nous ne sommes plus lecteurs mais personnages de ce roman, nous identifiant facilement à Doria, Yasmina, Hamoudi, Youssef, Nabil, Aziz, Mme Burlaud, etc. Sinon, nous sommes spectacteurs, cachés entre deux HLM, dans un ascenseur, au Formule 1, derrière la grille du lycée, et à tous les endroits cités dans ce roman, observant durant 193 pages le quotidien et les rêves de ces personnages plus attachants les uns que les autres.

Faiza-Guene-Les-gens-du-Balto.gifFaïza Guène nous livre ici un texte très poétique, empli d’humanité et de sincérité, un texte qui nous fait sourire, qui nous fait rire, et qui nous fait réfléchir. C’est un premier roman réussi, à lire et à relire, à découvrir et à faire découvrir, un premier roman attachant, à la manière d’un journal intime ou d’un carnet de voyage au cœur d’une cité, nous montrant l’évolution de chacun des personnages.

Ce roman est tellement réaliste qu’on s’y croirait et qu’on ne souhaite qu’une seule chose : que Doria continue à nous donner des nouvelles de la cité du Paradis, du 9-3, de Yasmina, d’Hamoudi, de Youssef, de Nabil, d’Aziz, de Mme Burlaud, et de tous les autres, sans que jamais ce roman se termine…

Du rêve pour les oufs et Les gens du Balto, les deux autres romans de Faïza Guène, sont dans la continuité de Kiffe kiffe demain. Même si les personnages ne sont plus les mêmes, les intrigues se passent toujours en banlieue parisienne, avec une jeune femme en guise de narrateur, qui emploie un style toujours aussi simple et familier, toujours aussi humain et attachant.

 

 

 

Nora, L.P.


Par Nora - Publié dans : roman urbain moderne et contemporain
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