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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 07:00
Fatou Diome, Le Ventre de l Atlantique.jpeg







Fatou DIOME
Le Ventre de l’Atlantique

 Paris : Editions Anne Carrière, 2003
Le Livre de poche, 2005














Diome Fatou


Résumé du livre et biographie de l’auteur


Salie, jeune femme d’origine sénégalaise, vit en France où elle travaille comme femme de ménage pour pouvoir payer ses études. Il y a dix ans, elle a quitté son pays pour suivre un homme qu’elle a épousé et suivi en France. Mais rien ne s’est déroulé selon ses espérances. La famille de son mari l’a rejetée, elle a donc fini par divorcer.
 

Aujourd’hui, elle vit seule, dans un petit appartement à Strasbourg. Tout commence le 29 juin 2000 au soir. Elle regarde la demi-finale de la Coupe du monde de football. Mais ses pensées s’envolent sans cesse vers Niodior, vers le village de son enfance, vers Madické, son demi-frère, resté au Sénégal. Lui aussi regarde le match avec les autres habitants. Là-bas, le rêve commun à tous les jeunes est de partir pour la France, perçue comme un monde de richesse où tout est possible. Madické poursuit ce rêve, souhaitant ainsi pouvoir devenir footballeur professionnel et rencontrer son idole : l’Italien Paolo Maldini. Mais sa sœur n’est pas de cet avis, et tente de l’empêcher de partir, afin qu’il ne connaisse pas la même situation précaire qu’elle.

Ce livre est directement inspiré de la vie de l’auteur. Née sur l’Ile de Niodior, au Sud-ouest du Sénégal, en 1968, Fatou Diome est élevée par sa grand-mère qui lui transmet les traditions ancestrales. Cependant, Fatou n’est pas une enfant comme les autres : elle préfère la compagnie des garçons et veut aller à l’école, comme eux. Tout comme le personnage principal de son roman, elle va s’y rendre en cachette, jusqu’à ce que son instituteur parvienne à convaincre sa grand-mère de l’y inscrire officiellement. Elle quitte son village d’origine dés l’âge de treize ans pour étudier dans d’autres villes du Sénégal et entame des études universitaires à Dakar. Puis, elle va suivre l’homme qu’elle a épousé, en France. S’ensuit une période de rejet de la part de sa belle-famille et un divorce au bout de deux ans. Elle se retrouve seule et démunie, dans sa condition de jeune immigrée, face à un monde qu’elle ne connaît que vaguement.

L’expérience difficile qu’elle a vécue en partant de son pays a profondément marqué Fatou Diome et l’a inspirée pour son premier livre, La Préférence nationale, un recueil de nouvelles paru en 2001. Puis elle publie son premier roman, Le Ventre de l’Atlantique, en 2003. Il a remporté un certain succès au niveau international. Par la suite seront édités Kétala en 2006 et Inassouvies nos vies en 2008. Ses œuvres sont fortement imprégnées de sa vie et de son enfance au Sénégal, de son intégration en France et des relations qu’entretiennent ces deux pays. Elle adopte très souvent un ton franc empli d’humour dans ses récits. C’est le cas dans Le Ventre de l’Atlantique. Ce roman s'inscrit dans le mouvement de la « migritude » : l’émigration est le thème principal. Elle vit aujourd’hui à Strasbourg et est titulaire d’un doctorat en Lettres Modernes.


fatou diome le ventre de L'Atlantique 2
Les thèmes dans Le Ventre de l’Atlantique


— Fatou Diome nous dévoile « l’inconfortable situation des immigrés » en France. Tout comme son frère, Salie, l’héroïne, a rêvé de venir en France pour réaliser de brillantes études et connaître ce pays riche et développé qui attire tant les jeunes de son pays. Mais ce rêve s’est avéré n’être qu’une utopie et s’est transformé en profonde désillusion dés qu’elle s’est retrouvée seule. Ses conditions de vie sont plutôt précaires : elle vit dans un petit appartement et travaille d’arrache-pied en tant que bonne pour payer ses études. Tout n’est pas aussi facile que ce qu’elle avait espéré, et, surtout, la vie n’est pas plus agréable que celle qu’elle avait sur son île. Sa famille est loin et elle se sent seule. C’est pour cette raison qu’elle ne souhaite pas que son frère s’attache au même rêve : « Pour Madické, vivre dans un pays développé représentait en soi un avantage démesuré que j’avais par rapport à lui […]. Comment aurais-je pu lui faire comprendre la solitude de mon exil, mon combat pour la survie et l’état d’alerte permanent où me gardaient mes études ? » (p. 51). Cette situation se retrouve chez l’Homme de Barbès et beaucoup de personnes immigrées dans la réalité. Marguerite Abouet aborde ce thème dans sa série Aya de Yopougon.

— L’auteur nous montre également l’attraction que la France (et, du reste, l’ensemble du monde occidental) exerce sur les habitants des pays d’Afrique. Elle le prouve en montrant l’intérêt des enfants pour les publicités pendant la mi-temps du match de football (Miko et Coca Cola). Elle dépeint également, de façon ironique, les parcours de différents personnages africains qui se sont enrichis grâce à leur activité en France :
« Tous ceux qui occupent des postes importants au pays ont étudié en France. » (p.60). L’un d’eux est devenu influent dans le village : il a une boutique, une télévision et plusieurs femmes, dont certaines qu’il a pu choisir lui-même (c’est un signe d’importance pour Niodior). Madické, le frère du personnage principal, veut traverser l’Atlantique et devenir footballeur : c’est ce qu’il souhaite plus que tout au monde.

Il est vrai que la France est économiquement plus développée que les pays africains, néanmoins la vision de ce pays est embellie à l’extrême et ne traduit pas la réalité. C’est à cette réalité que Salie a été confrontée de façon soudaine. Elle n’était pas préparée à vivre dans ces conditions. La représentation de l’Occident peut donc être dangereuse.

— Les relations politiques entre la France et le Sénégal, le régime social de la France, ainsi que les raisons du sous-développement de l’Afrique (polygamie, surnatalité…) sont brièvement abordées avec une certaine ironie de la part de l’auteur (p.58-59, p.98-99, p.205-206). Fatou Diome fait allusion à la procédure qu’il convient de suivre pour qu’un étranger entre en France, et pour qu’il soit naturalisé. Son expression est ecaractérisée par un vocabulaire imagé et de figures de style qui lui permettent de faire de petites critiques tout en finesse.

— Le thème du football est présent dans cet ouvrage. Pour tous les jeunes, il s’agit d’un passeport pour la France. Beaucoup de sélectionneurs recrutent leurs joueurs dés leur plus jeune âge dans des pays africains. Ce sont ceux qui se sont révélés au cours d’un match entre deux communautés au sein de l’Afrique. Ensuite, ils les emmènent dans leur pays (souvent occidental) et vont les former à devenir les meilleurs. Ils misent beaucoup sur ces joueurs et si certains n’évoluent pas selon leurs objectifs, ils rompent leur contrat (voir l’histoire du jeune Moussa). Le football est un sport exigeant, du fait des enjeux commerciaux, qui peut amener les joueurs à tout perdre du jour au lendemain (la compétition est rude). Madické est tellement persuadé que la France lui permettra de devenir comme son idole, qu’il n’a pas conscience des risques qu’il encourt à rester dans le rêve sans se soucier de la réalité. Sa sœur, elle, a un match d’avance sur lui.


— Ce livre rend compte des coutumes et traditions africaines (par exemple, le rituel du thé) et des relations entre les membres d’une même famille. Salie et Madické sont demi-frères et sœurs, mais elle le considère comme son petit frère qu’elle se doit de protéger. Cependant, ils ne se comprennent pas toujours car ils ont des caractères et des vies différentes. Le seul fait d’être de sexe opposé et de ne pas avoir le même père les éloigne : Salie ne pouvait aller à l’école (même si elle y est tout de même parvenue) et Madické dispose d’un statut plus important au sein de la famille. Les femmes lui doivent le respect. De plus, Salie est proche de sa famille et demande de ses nouvelles au téléphone, tandis que Madické est surtout intéressé par les résultats des matchs de football. Par ailleurs, ils ne vivent pas sur le même continent.

Les traditions sont omniprésentes :
« Il me fallait réussir afin d’assumer la fonction assignée à tout enfant de chez nous : servir de sécurité sociale aux siens » (p.52). Néanmoins, on a le sentiment que le personnage ne se reconnaît plus ni dans sa culture d’origine (éloignée depuis 10 ans), ni dans la culture française (sentiment d’exclusion). C’est ce que Léonora Miano nomme « la conscience diasporique ». Salie subit également des remarques sur son divorce, « signe qu’elle n’a pas été une bonne épouse » selon les femmes du village (thème de la stérilité). Elle a déjà connu des critiques depuis sa naissance, car elle est née d’une union illégitime. C’est ce qui l’a amené à quitter son pays : elle ne s’est jamais sentie « intégrée » dans son pays natal, et ne l’est toujours pas en France.  Les relations entre les femmes (relation mère-fille notamment) et entre maris et femmes sont aussi mises en avant.

Enfin, le personnage du marabout est décrit comme un être important dans les traditions africaines, qui permet de résoudre les problèmes de couple, de rendre les gens riches. Il fait des prédictions que les villageois suivent à la lettre, croyant que les instructions viennent des esprits. Fatou Diome est très critique vis-à-vis de cet individu, qu’elle perçoit comme un charlatan (c’est l’opinion de Salie).



Conclusion

Fatou Diome nous livre un récit de sa vie à travers le personnage de Salie qui est également le narrateur. Elle manie l’humour mordant avec habileté et interpelle le lecteur de façon récurrente, ce qui rend la lecture de cet ouvrage fluide et agréable. Ce récit nous fait voyager à travers des épisodes de la vie de plusieurs personnages.  Certains sont décrits d’une manière presque satirique (comme le propriétaire de la boutique et de la télévision, le vieux pêcheur, M. Ndétare l’instituteur), sans qu’il y ait là aucune méchanceté. Les relations entre les individus sont traitées avec une relative pudeur, ce qui est, d’ailleurs, une caractéristique des peuples africains. Madické, Salie et leur grand-mère éprouvent un grand attachement les uns pour les autres, mais ils n’en disent rien, voire le dissimulent. Tout passe par les gestes et les attentions. J’ai trouvé ce roman très plaisant, au point de le relire plusieurs fois. J’ai redécouvert les différents personnages avec autant de plaisir à chaque fois, tout en riant de certaines expressions et remarques tout à fait pertinentes de Fatou Diome.

Aurélie, Licence Professionnelle Spécialité Bibliothèque    


Fatou DIOME sur LITTEXPRESS

Fatou Diome Ketala


Article de Yolaine sur Ketala.

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commentaires

kounda 13/11/2015 14:23

Que ce travail ne cesse d'illuminé même nos frères africains morts en nourrissant le ventre de l'atlantique, chapeau l'artiste

konate 09/06/2015 20:31

merci pour ce resumé

konate 09/06/2015 20:31

ce résume est certes intéressante car il permet d’accéder à une grande partie du livre.Nous saluons ces efforts et cet engagement de vous mettre au service du public et surtout la communauté intellectuelle en ligne qui a trouvé une importance capitale dans ce résumé.Mais si vous pouvez augmenter ce que vous faites en essayant de toucher le fond de l'oeuvre

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