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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:00

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L’avant-dernier événement du festival littéraire « Ritournelles » s’est déroulé à la Machine à Lire, le samedi 8 décembre. La journaliste et écrivaine Laure Adler est venue y évoquer son dernier essai, Manifeste féministe, publié en 2011 aux éditions Autrement. Cette rencontre a été l’occasion pour elle de donner son point de vue sur la situation du mouvement féministe en France, devant un public majoritairement féminin.

 

La rencontre a débuté par une brève allusion à Marguerite Duras, figure centrale de cette 13e édition de « Ritournelles ». Laure Adler, qui a bien connu la romancière, a pu ainsi faire part de l’histoire complexe de Duras avec le mouvement féministe. Après avoir donné à la revue Sorcières plusieurs textes, dont une ébauche de La Douleur, publiée anonymement dans le premier numéro (1976) sous le titre « Pas mort en déportation », Marguerite Duras s’est éloignée du mouvement féministe, ne souhaitant pas devenir sa porte-parole. Néanmoins, sa vie et son œuvre témoignent d’une profonde adhésion à la doctrine féministe.

 

 

 

L’animatrice de la rencontre, Marie Estripeaut-Bourjac, a ensuite présenté l’essai de Laure Adler, Manifeste féministe, qui évoque l’engagement des hommes dans le combat féministe. Cet ouvrage fait partie de la collection « Manifeste », qui présente la vision engagée d’une personnalité sur un thème particulier : « Une personnalité défend une valeur, un engagement […] puis réunit autour d’elle les contributions écrites ou illustrées des auteurs, artistes, hommes de lettres et hommes d’action qu’elle admire, qui ont nourri son œuvre et qui, par leur cheminement, font écho à l’idée qu’elle défend. »[1] L’essai de Laure Adler ne déroge pas à la règle. La première partie est consacrée à l’histoire de l’engagement des hommes dans la cause féministe : de Descartes à Léon Blum, nombreux sont les hommes dont les pensées et les actes ont soutenu les femmes dans leur quête d’égalité. Dans la seconde partie de l’ouvrage, Laure Adler s’efface pour laisser la parole à une quinzaine d’hommes de renom, tels que l’écrivain Pierre Michon, le sociologue Edgar Morin, Stéphane Hessel, ou encore Christian Lacroix. Ils donnent chacun leur tour dans des articles ou des interviews leur vision des rapports entre hommes et femmes.

 

 

 

Les manifestes féministes

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Marie  Estripeaut-Bourjac a souligné que le titre de la collection est particulièrement évocateur pour l’histoire du féminisme puisqu’il fait écho à un événement-clé, la publication du « Manifeste des 343 salopes » dans Le Nouvel Observateur en avril 1971. Les signataires de ce manifeste rédigé par Simone de Beauvoir, reconnaissaient avoir avorté et revendiquaient le droit à l’IVG. En novembre dernier, le « Manifeste des 313 », publié également dans Le Nouvel Observateur, a réuni les signatures de femmes violées désirant briser le tabou et faire entendre leurs voix.

 

Le titre de Laure Adler s’inscrit donc dans une démarche qui est toujours d’actualité, celle de la revendication. Pour elle, « le mouvement des femmes est un perpétuel recommencement », notamment parce que le féminisme est encore « considéré comme une affaire de femmes et n’a pas su faire valoir sa dimension émancipatrice pour tous, hommes et femmes ».

 

 

 

 « Toute victoire féminine n’est pas une défaite pour les hommes, c’est une victoire partagée. » Maurice Godelier

 

Dans cette optique, Marie Estripeaut-Bourjac a posé deux questions à Laure Adler : a-t-elle souhaité par cet ouvrage ouvrir une nouvelle voie aux combats des femmes pour la reconnaissance de leurs droits ?  et pense-t-elle que nous sommes aux prémices d’une révolution qui ouvrirait peut-être sur une société où le masculin et le féminin seraient des attributs partagés et non plus assignés par des normes à un sexe ou à un autre ?

 

Pour répondre à ces deux questions, Laure Adler a retracé les grandes étapes du féminisme et a insisté sur sa longue histoire et les nombreuses luttes menées pour l’accès au savoir, à l’indépendance intellectuelle et économique.

 

Selon la journaliste et écrivaine, nous sommes à l’heure actuelle à un point de régression, avec une doctrine féministe qui s’est affaiblie. Les mouvements nés après 1968, tels que le MLF, ont mené de nombreux combats, dont les résultats se sont perpétués jusqu’à aujourd’hui, comme l’avortement, la pilule ou le PACS. Cependant certains secteurs restent encore très fermés, comme les domaines politique ou économique, faute d’un véritable engagement des femmes dans la durée.

 

 

Feminisme-et-litterature-Image-3.jpg

Cependant, si dans les années 1980-1990 le combat féministe s’est affaibli, une nouvelle génération de femmes s’engage de nouveau. Laure Adler signale les mouvements qui s’organisent autour d’associations comme Osez le féminisme ! fondé par Caroline de Haas, ou encore la revue Causette créée en 2009.  Elle note également une avancée dans certains domaines, comme celui de la littérature (avec une rentrée littéraire qui a fait la part belle aux auteures), et plus généralement dans le monde de l’art, qui est selon elle le premier lieu où les femmes peuvent s’exprimer avec autant de force que les hommes.

 

Enfin, Laure Adler a remarqué que si dans les premiers temps du féminisme, les hommes étaient exclus des débats pour permettre aux femmes de libérer leur parole, il est aujourd’hui nécessaire qu’ils soient présents aux côtés des femmes dans cette recherche d’égalité.

 

Cette idée d’un combat fédérateur a été largement applaudie par le public – féminin et masculin – qui participait à cette rencontre. Pour conclure, en réponse aux questions qui lui ont été posées, Laure Adler a tenu à affirmer le rôle majeur de l’éducation dans l’évolution profonde des mœurs, qui permettra l’égalité entre les deux sexes, mais aussi l’apport de nouvelles conceptions, comme les gender studies, qui ouvrent une nouvelle voie d’approche aux rapport hommes-femmes.

 

 

Emmanuelle, AS bib

 

 

Quelques ouvrages de Laure Adler

 

Marguerite Duras, Paris, Gallimard, 1998

 

Les Femmes qui lisent sont dangereuses, avec Stefan Bollmann, Paris, Flammarion, 2006

 

Les Femmes  qui écrivent vivent dangereusement, avec Stefan Bollmann, Paris, Flammarion, 2007

 

 

Des références données par Laure Adler lors de sa conférence

 

Michelle Perrot, Georges Duby (dir.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1991

 

Françoise Héritier, Masculin-Féminin, 2 vol., Paris, Éditions Odile Jacob, 2007.

 

Françoise Héritier, Hommes, femmes : la construction de la différence, Paris, édition Le Pommier, 2010

 

Judith Butler, Défaire le genre, Paris, Éditions Amsterdam, 2006

 

 

Note

 

[1] http://www.autrement.com/collections.php?col=946&cont_main_menu=946&PHPSESSID=03097ffcb819ec1433e3cb6483ff331b [consulté le 09/12/2012]


 

 


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Published by Emmanuelle - dans EVENEMENTS
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