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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 07:00










Ferdinand OYONO
Une vie de boy

Pocket, juin 2008.



















Biographie succincte de l’auteur

Ferdinand Oyono, romancier camerounais francophone, est né en 1929 à N’Gouléma-kong. Il suit des études de droit et de sciences politiques à Paris, tout en écrivant ses premiers romans: Une vie de boy (1956) et Le Vieux Nègre et la médaille. Après la publication de Chemin d’Europe, en 1960, il obtient d’importantes fonctions diplomatiques: il est nommé ambassadeur du Cameroun à Paris de 1964 à 1975. Ferdinand Oyono a fait la première partie de ses études au Cameroun. Il entre ensuite au lycée de Provins puis à l’ENA. Une vie de boy fait scandale, publié en période de décolonisation.

Résumé de la quatrième de couverture

Un jeune Noir élevé par un Père Blanc a pris, à l’instar de son maître, l’habitude de tenir un journal. Dès lors, il enregistre tout ce qui se passe dans le milieu des colons où, malgré lui, à la mort du Père Blanc, il est devenu le « boy » de l’administrateur des colonies, le « commandant » de l’endroit. Rien ne lui échappe. Il découvre deux mondes nouveaux, foncièrement différents, aveuglés par leurs préjugés, et amenés à coexister: celui du Quartier Noir, un village pauvre dans la ville, celui de la Résidence, une ville opulente, la ville blanche. Mêlé à la vie de tous, il rapporte les actes et les conversations de ses maîtres et de leurs amis, les jugements de ses camarades domestiques à la Résidence, les drames et les passions des uns et des autres.

Remarques personnelles sur l’ouvrage

L’histoire de Toundi est introduite par un narrateur inconnu. Le récit est transcrit en italique, se démarquant ainsi typographiquement du roman en tant que tel, qui nous parle de ce jeune Camerounais devenu boy malgré lui. Les seuls points communs entre le premier narrateur et le second sont leur pays d’origine et la langue qu‘ils parlent ; tous deux sont camerounais et s‘expriment en français. À la manière de Montesquieu, le premier narrateur prend de la distance par rapport au récit qui doit suivre , il se pose en intermédiaire, en passeur de mémoire, rien de plus: « C’est ainsi que je connus le journal de Toundi. Il était écrit en ewondo, l’une des langues les plus parlées au Cameroun. Je me suis efforcé d’en rendre la richesse sans trahir le récit dans la traduction que j’en fis et qu’on va lire. » (p.14). Ainsi se termine ce qui pourrait être qualifié de préface à l’ouvrage.

Suivent ensuite les deux cahiers composant le journal de Toundi. Il est écrit par bribes, plus ou moins longues, qui retracent les événements importants et marquants de l'enfant : à partir du moment où il s’enfuit de la maison paternelle pour rejoindre le monde des Blancs, jusqu’à la décision qu’il prend de s’échapper de l’hôpital avec la complicité du médecin indigène (qui est certain de son innocence dans une affaire de vol), afin d’éviter la mort certaine qui l’attend dans la prison où les Blancs veulent l’enfermer. Comme il ne sait pas écrire avant de rencontrer le Père blanc, la première partie du journal est rétrospective, Toundi explique comment il est devenu le boy de ce missionnaire français. L’écriture évolue au fil de la lecture, d’abord hésitante, parcourue par des fautes de concordance… elle rend compte de la nouveauté de cet apprentissage pour Toundi. Plus le temps passe (bien qu’il y ait très peu de marqueurs temporels), plus la langue de Toundi s’améliore et avec elle sa lucidité sur le monde qui l’entoure, autant le monde des Blancs que celui des Noirs. Toundi se fait le peintre d’une communauté divisée mais qui comporte de chaque côté son lot d’opportunistes. L’auteur évite avec bonheur de tomber dans le cliché du mauvais colonialiste et du gentil Noir, il n’y a pas de dualité si tranchée, en dehors des lignes de démarcation des quartiers, dans ce texte. Le cynisme que l’on perçoit sur la condition humaine dans son ensemble n’est pas sans faire songer à Céline et à son Voyage au bout de la nuit dans la partie concernant l’aventure coloniale de Bardamu. Le seul personnage du monde blanc qui ne rejette pas les Noirs est le pédagogue qui leur enseigne à être les égaux des Blancs et qui pour cela est mal vu par ceux de son clan; tandis que certaines Noires tentent de profiter des Blancs, et sont prêtes à se compromettre avec eux pour sortir de leur condition. Toundi représente un trait d’union entre deux cultures qui se craignent, s’appréhendent, se rejettent par manque de compréhension, soit par refus de considérer l’autre comme un égal, soit par incapacité à comprendre cette rupture qui tend à s’imposer dans le petit monde de Dangan.

Cette incompréhension ouvre sur des scènes de récit absolument savoureuses. La candeur de Toundi ne l’empêche pas de comprendre ce qui l’entoure même s’il a besoin de la sagesse d’autres personnages, mieux ancrés parmi lesBlancs pour lui expliquer les conséquences de ce qu’il perçoit.

Ce roman est très marqué par la culture occidentale du point de vue des influences et des références, mais il s’agit tout de même d’une critique de l’intérieur réalisée avec beaucoup de finesse et de lucidité. Cette œuvre est magnifique, à la fois drôle et douloureuse. Le lecteur ressent de l’empathie pour le narrateur, mais il reste également à distance de lui, un équilibre s’installe vis-à-vis de ce qu’il raconte, et de ce qu’il fait. J’ai trouvé que sa candeur lui faisait parfois perdre en crédibilité, ou du moins en adhésion. On ressent parfois la plume de l’auteur dans les jugements de valeur qui sont portés, et si la circularité du récit n’invite pas à l’optimisme : l’histoire de Toundi est tragique, ce roman est également drôle, ce qui rend la vie de Toundi touchante, même si elle paraît parfois être traitée avec l’humour du désespoir.


A. Barny, A.S. Ed.-Lib.

 

 

 

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commentaires

aboubacar compo 21/03/2015 21:02

Ce roman M'mah interesse

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