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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 07:00

  Florent-Chavouet-Tokyo-Sanpo.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

  Florent Chavouet Manabé Shima

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Florent-chavouet01.JPG

 

 

 

Le  30 mars dernier, sur les bords de la Garonne, je retrouve l'auteur-dessinateur du jour, Florent Chavouet, que j'escorterai toute l’après-midi dans le cadre de l'Escale du livre jusqu'à la librairie Comptines, où moult admirateurs l'attendent avec impatience :

 

 


– Et sinon, tu fais quoi comme genre de bouquin ?
– Des carnets de voyage. Entre le carnet de voyage et la B.D, en fait, où je raconte  mes séjours au Japon.



Mmh. S'ensuit une joyeuse discussion sur nos souvenirs respectifs du Japon où l'auteur a séjourné plusieurs fois et que j'ai visité l'été 2010.
Librairie-Comptines-Bordeaux.png
Après un parcours rapide dans Bordeaux et une quête intensive du «saint cannelé» (l'auteur a des goûts sûrs et le jarret dynamique), nous franchissons le seuil de la jolie librairie cours Pasteur.

Pendant que les accueillantes libraires discutent avec le gourmand créateur, je découvre les deux fameux « carnets de voyage » : Tokyo Sanpo, qui relate ses six mois d’aventures passées dans la capitale japonaise, et Manabé Shima, le récit de son séjour de deux mois dans une île inconnue des étrangers – et de très nombreux Japonais.

À première vue, le choix du papier épais, type Canson format A4, est excellent : j'ai l'impression de tenir en main les illustrations originales du voyageur. Seules la reliure, la pagination et la rare typographie dactylographiée rivalisent avec le poudré du crayon de couleur.

Déjà, ces teintes pures (et pas trafico-retouchées-criardes comme beaucoup de bandes dessinées ces derniers temps) me plaisent. Je m'attarde sur deux trois pages du premier, Tokyo Sanpo ; les commentaires me mettent le sourire aux lèvres, mais, préférant prendre le temps de m'immerger plus tard dans cet univers coloré et original, je m'arrête finalement à la lecture de la quatrième de couverture :

 

 

« Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde. Plus qu'un guide, voici un livre d'aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m'entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d'essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas ; et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus.

À mon retour en France, on m'a demandé si c'était bien, la Chine. Ce à quoi j'ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants. »

 

 

Puis la rencontre commence ; chacun y va de sa petite curiosité sur les voyages du dessinateur, ses aventures... et, petit à petit, une conversation moins formelle et très sympathique s'installe, favorisée par la décontraction de Florent Chavouet et la proximité créée avec beaucoup de ses lecteurs qui le connaissent déjà au travers de ses récits où il se met lui-même en scène, et de son blog qu'il alimente très régulièrement.

Peu après, lors de la séance de «peinturluration» de sushis à gogo et autres lapins personnalisés (chacun a bien sûr dans ses bagages les albums de l'auteur et en profite aussi pour en faire dédicacer de nouveaux pour des amis baroudeurs), on patiente avec plaisir : on cherche un dessin, on part d'une anecdote chavouesque, on commente, on rit, on y va de sa propre histoire dans les rues tokyoïtes et les yeux pétillent du souvenir de découvertes, d'installations, et de séjours pleins de surprises.

Ainsi, moi qui n'ai fait que feuilleter quelques pages de ce premier carnet de voyage, je le découvre au travers de toutes ces petites chroniques personnelles. Parfois, la mémoire joue des tours ; alors on cherche un quartier, une rue, un bâtiment où on a déposé ses valises, un jardin où on a fait la connaissance de compagnons de route ou de guides éphémères et dont on se souvient avoir croisé le croquis au détour d'une feuille de dessin. Mmh, là, j'avoue qu'une pointe d'impatience me turlupine. Vivement que je les découvre moi aussi !



Deux jours plus tard, ça y est, je les ai, ces fameux carnets, et toute l'après-midi pour les retourner, les contempler et les décortiquer à ma guise ! Et là, il faut bien le dire, le sourire n'a pas quitté mes lèvres de tout l'après-midi, quand ce n'était pas l'éclat de rire franc et sincère qui donne envie de faire partager ce livre, concentré de bonne humeur communicative.

Le récit en images de péripéties parfois rocambolesques (comme l'arrestation tonitruante du dessinateur par toute une brigade de police dépêchée pour interpeller ce voleur de vélo... pas volé),  des épisodes plus simples de la vie quotidienne rendus assez extraordinaires par le simple fait qu'ils se déroulent au Japon ou encore la retranscription d'une observation journalière constituent la base du premier livre, Tokyo Sanpo.

Chaque dessin trouve sa place dans un « chapitre », selon le lieu de sa confection. En effet, Florent Chavouet se déplace à vélo et s'arrête de dessiner selon l'humeur, et surtout selon  la météo du jour : dans un café les jours pluvieux, aussi bien que sur sa mini chaise pliante aisément transportable les jours de beau temps (ou du moins sans averse).

Florent-Chavouet-Shinjuku.jpgChaque quartier est présenté par une carte dessinée et un koban, sorte de mini commissariat de police typique où les « policiers » semblent plus occupés à renseigner les touristes qu'à courser les brigands.

Au delà de ce classement des dessins par quartiers, dont on peut découvrir les édifices typiques (les buildings de nuit d'Omate Sando, l'agitation des rues colorées de Shinjuku, les bassins pour pêcheurs citadins d'Okuto, les différentes versions colorées d'une même maison et leurs étals de fruits à Kita Shinjuku...), le carnet est truffé de rubriques à thèmes particuliers, qui ponctuent la lecture.

En tant que fan invétérée des jeux de mots (plus ou moins recherchés), j'ai particulièrement apprécié les « blagues à deux yens » qui mettent en image des plaisanteries sur des sonorités similaires (aux sens très différents) des langues française et japonaise. Ils traduisent avec humour la difficulté de la compréhension des civilisations occidentales et asiatiques dont l'origine des langues n'a aucun point commun. Florent-Chavouet-Tokyo-Sanpo-pl.jpg

Les « interludes » de « sociologie facile » consistent quant à eux à analyser des spécimens représentatifs d'une classe déterminée, comme les kobanois, ces policiers plus ou moins sympathiques, ou encore les salarymen. Celle du « salaryman strict » (qui sue son bol de nouilles) et du « salaryman cool » qui parle l'américain ( « where do you country comme from ? »)  sont d'ailleurs à mourir de rire.

Grâce à des dessins très réalistes, on découvre aussi, et en même temps que l'auteur, nous semble-t-il, toute la curiosité que peuvent susciter certains objets étranges pour nous, jeunes (et moins jeunes) Européens. Par exemple, le petit pot à spirale anti moustique, indispensable à toute grand-mère nipponne qui se respecte, la lampes aux « 5 clics » surprenante, le principe des cup noodles, les coussins en forme de cuisses de femme (habillées d'une jupe de secrétaire assez courte s’il vous plaît) pour homme d'affaires en manque d'affection féminine...

Et si vous avez eu comme moi la bonne idée de partir au Japon en plein mois d'août (comprenez en période de hammam généralisé), vous apprécierez– j'en suis sûre le projet de climatisation générale et anti cyclone –si seulement ! – page 29.

 

 

Florent-Chavouet-Manabe-Shima-pl.jpg

 

  Enfin, à ces anecdotes rigolotes s'ajoutent des dessins plus rêveurs de baraques typiques ou de végétation luxuriante des parcs de Tōkyō. Le second carnet de voyage, Manabé Shima, sélectionné lors du 38e festival d'Angoulême, contient d'ailleurs un plus grand nombre de ces images plus contemplatives, poétiques même, de cette île encore sauvage.

Ainsi, le coup de crayon habile et minutieux du dessinateur, les commentaires explicatifs et amusants de l'espiègle voyageur nous font découvrir, au travers d'un regard malicieux et toujours bienveillant, toutes les particularités de la capitale japonaise.

Pour les adeptes du Japon, il inspire une retour agréable sur nos propres souvenirs.

 

 

 

 

 

Mais j'ai aussi fait découvrir ce livre à des amis qui connaissent plus ou moins ce pays. Et si tous ont été touchés par ce regard et ces dessins, c'est que Florent Chavouet arrive à frôler de la pointe de son crayon l'essence de la vitalité japonaise... Ah, vivement le troisième volet !

(pour début 2013 certainement – yay ! –)


Florent-Chavouet.JPG
 

 

 

 

Laura Izarié, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

 

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