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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 19:00











François BON
Autoroute

Éditions du Seuil
Collection Fictions Jeunesse, septembre 1999


 



















« Ce que je veux, c’est filmer l’ordinaire, jusqu’à ce qu’il prouve cette étrangeté qu’il recèle » : ainsi parle Verne, un cinéaste connu qui a le projet de faire un film sur l’autoroute. Le récit commence quand Verne et le narrateur, engagé pour noter tout ce qu’il se passera, proposent au responsable de programmation d’une chaîne télévisée de faire le fameux film. Mais ce dernier refuse le projet sous prétexte qu’ils ne trouveront rien d’intéressant à filmer. Décidés à tenter l’aventure, Verne et le narrateur s’embarquent quand même sur l’autoroute pour une semaine, armés d’une caméra et d’un carnet de notes, s’arrêtent à chaque parking, station-service ou péage pour parler avec les gens.

Et l’autoroute recèle bien quelques étrangetés. Les deux compères vont faire des rencontres plutôt inattendues, voire bizarres : il y aura, entre autres, un couple avec un détecteur de métaux, à la recherche de leurs alliances jetées un an plus tôt sur l’aire lors d’une dispute ; un spécialiste de l’hydrographie des routes (ou l’écoulement des eaux, si vous préférez) par qui on apprend que si les eaux ne sont pas évacuées pendant deux mois un bateau pourrait naviguer sur l’autoroute ; un homme qui reste sur une aire depuis plus de dix jours et qui refuse de partir ; un routier dont le nom de famille est Rembrandt et qui a repeint son camion, conduisant ainsi le seul camion peint par Rembrandt…

Le style lapidaire et très descriptif est plutôt déconcertant car on a l’impression de lire des notes. D’autre part, le lecteur est régulièrement renvoyé à la fin du livre pour consulter des documents situés en annexes : il s’agit d’interviews complètes, de descriptions techniques ou d’inventaires (par exemple les objets en vente à une station-service). Une question nous vient naturellement à l’esprit : François Bon a-t-il réellement fait ce périple sur l’autoroute ?

L’auteur explique sur son blog
(http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1454) qu’il s’est inspiré d’un livre de Julio Cortazar et Carol Dunlop, intitulé Les Autonautes de la cosmoroute, qui raconte un voyage Paris-Marseille sur l’autoroute au cours duquel ils se sont arrêtés à chaque parking. François Bon, après cette lecture, a proposé avec le réalisateur Fabrice Cazeneuve au responsable des documentaires de création sur Arte de filmer un voyage similaire. L’idée a été refusée mais François Bon a décidé d’écrire le livre. Et il l’a fait… en étant tranquillement assis sur une chaise. Il a pour cela rassemblé beaucoup de documentation en provenance de journaux, de magazines de transport routier ; il avait aussi une carte de France et un logiciel pour calculer le trajet. Tout, depuis les anecdotes jusqu’aux paysages, est tiré de là.

La démarche de s’intéresser à l’autoroute est inhabituelle. Une citation de Perec mise en exergue nous éclaire sur la volonté de l’auteur :


« Interroger l’inhabituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il ne semble pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. Comment parler de ces « choses communes », comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes. »

On comprend alors que François Bon fait la tentative d’épuisement de l’autoroute.

Anaïs B., 2e année Ed.-Lib.


François Bon sur LITTEXPRESS




Article de Julie sur Paysage Fer.










Articles de Jean-Pierre et de Mikaël sur Daewoo.




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