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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 07:00

Émission Répliques du 12 novembre 2011 sur France Culture

présentée par Alain Finkielkraut

 


Francois-Bon-Apres-le-livre.gifFrederic-Beigbeder-Premier-Bilan-apres-l-apocalypse.gif

 

 

 

François Bon étudie les mutations numériques du livre dans son dernier ouvrage Après le livre ; Beigbeder, lui, vient parler de ce sujet avec son dernier livre Premier bilan après l'apocalypse. C'est un débat intéressant qui va naître entre ces deux auteurs et Alain Finkielkraut. En résumant ce débat, nous pouvons dégager deux axes de pensée : les trois hommes vont parler du livre en tant qu'objet, ensuite ils vont s'axer sur le numérique.

 

Alain Finkielkraut lance la discussion en s'adressant à F. Beigbeder, au sujet du titre de son livre : pourquoi utilise t-il le terme d'« apocalypse » ? N'est- ce pas si exagéré de parler en de tels termes ?


L'auteur se défend en parlant de sa préface assez pamphlétaire qui l'amène dans cette émission. C'est pour traduire une sorte de mélancolie, de peur de voir le livre en tant qu'objet disparaître qu'il utilise des termes aussi forts. De nos jours, le progrès met à mal, selon lui, tout ce qui touche la culture, ou plutôt les objets culturels. Il soulève le sujet de l'éphémérité, de cette rapidité qui est un peu en contradiction avec le livre. Tout ce progrès technique prend de plus en plus d'ampleur et il craint que l’intérêt de la lecture ne soit plus présent dans notre société. Il y a une grande peur du numérique qui se dégage de ses paroles. Tandis que F. Bon va essayer de tempérer cette peur. Le numérique est présent, que l'on soit d'accord ou pas, il fait partie intégrante de notre société actuelle, il voit cette nouveauté avec une certaine euphorie. La peur est présente mais il arrive à passer au-dessus en envisageant l'ampleur du numérique comme bénéfique. D'après lui, « il faut choisir l'endroit où l'on fait la guerre ». On ne peut enlever à la littérature le fait qu'elle nous aide à nous construire un monde, mais il ne faut pas pour autant cloisonner la littérature dans ce support papier. La vision symbolique que Beigbeder a du livre, de cet objet unique, que l'on peut toucher, sentir est remise en cause par la vision de Bon. La technologie étant déjà autour de nous, on ne peut l'exclure et lui tourner le dos. Continuer à vouloir sauver le livre papier est, selon lui, une cause perdue d'avance. On assiste à cette grande querelle entre les anciens et les modernes. Alain Frinkielkraut va freiner les paroles de F. Bon lorsque la discussion va s'orienter vers les réseaux sociaux et la notion de partage. La lecture est personnelle, on ne communique pas avec l'auteur ; dans un premier temps on est dans la réception.

 

 

Nous voyons ainsi ce qui sépare les intervenants. François Bon vit avec la nouvelle technologie, alors que Beigbeder ne veut pas l'accepter, du moins en ce qui concerne le livre. C'est autour de cette période de mutation que s'axe le débat. Le rapport au temps, à la rapidité change avec notre époque. F. Bon va prendre une phrase de Proust pour illustrer sa pensée : Quand on fait le même trajet avec une carriole à cheval et puis qu'on le fait en automobile à 50 km/h, qu'est- ce qui change dans notre rapport au monde ? Si jusque là le livre a résisté à beaucoup d'innovations telles que le phonographe, ou la télévision, pourquoi ne résisterait-il pas au numérique ? C'est justement cette notion de rapidité dans le numérique, dans internet qui fait réagir F. Beigbeder, qu'est- ce qui empêcherait les gens de vouloir tout, tout de suite sur leur tablette ou liseuse ? Le livre tend à disparaître face à cette capacité à tout obtenir quand nous le voulons, et surtout d'où nous sommes sans bouger.

 

Alain Finkielkraut parle ensuite des réseaux sociaux, qui pourraient nuire aux livres, alors que pour Bon, il faut s'en servir pour sensibiliser les jeunes à la lecture. D'après lui, ce serait un des moyens d'accéder à des livres inconnus, ou auxquels nous n'aurions pas pensé. Il ne faut surtout pas tourner le dos à tout cela, car nous pourrions nous couper de ce qui évolue, nous pourrions tourner le dos au reste sans en avoir l'intention. « Personne ne voudra rester statique dans ce que nous connaissons déjà », c'est ce que dit F. Bon. Il voit dans le numérique des enjeux culturels, cela amènerait les gens à avoir rapidement quelque chose qu'ils ne connaissent pas, sans pour autant avoir l'impression d'être montrés du doigt. Il faudrait voir cela comme une manière de faire tomber certaines barrières qui entourent le livre. Beigbeder, à ce sujet, n'est pas totalement contre ; pourquoi ne pas utiliser le numérique comme moyen de sensibiliser des non-lecteurs à la lecture, mais il ajoute un côté plus dramatique à cela. Il doute que le numérique pousse les gens à la curiosité. Seront-ils aussi curieux sur internet qu'ils le sont en librairie ?

 

 

En définitive, les trois hommes ne sont pas réfractaires au numérique, mais ils se demandent quelle sera la place du livre dans le futur. Tendra-t-il à la disparition, ou bénéficiera-t-il d'une certaine réhabilitation ? Il faut être vigilant face à cette transition, car nous n'en avons pas vécu assez pour savoir comment réagir au mieux. Une chose est sûre, c'est que le numérique fait partie intégrante de notre culture, de notre société, il vaut donc mieux s'adapter qu'aller à l'encontre de cette nouvelle technologie.

 

 

Claire Brégé, AS Éd.-Lib.

 


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Published by littexpress - dans EVENEMENTS
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