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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 19:00














François BON
Paysage fer

Verdier, 2000
















Prendre le même train une fois par semaine et décrire ce que l'on voit par la fenêtre, tel est l'objectif que s'est fixé François Bon dans Paysage fer publié en 2000 chez Verdier.

  
Suivant un rituel précis, lui et son ami photographe Jérôme Schlomoff prennent le train régional de Paris-Est à Nancy tous les jeudis matin de septembre 1998 à avril 1999. Le but est de prendre des "notations d'instant" (p. 12) c'est-à-dire qu'il prend des notes sur lesquelles il ne revient pas. Au fil des trajets, il ajoute des détails à ses descriptions sans en faire la synthèse. Cependant, la vitesse du train peut faire que certains détails lui échappent, ce qui engendre chez l'auteur de la frustration et un sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu tout retenir. La volonté de François Bon est bien ici de décrire la réalité jusqu'a l'épuisement.

La structure du texte est originale. Tout d'abord, les phrases sont très longues voire interminables comme la ligne de chemin de fer qui file vers Paris. Aussi, de par l'idée même d'accumuler des notes sans les arranger, le livre se caractérise par une construction qui ne fait pas le lien entre les différents sujets. Les conjonctions de coordination entre les paragraphes sont donc absentes. De plus, le but du livre n'est pas une description linéaire du paysage entre Paris et Nancy. L'auteur dit bien que "la géographie on s'en moque" (p. 25). Il va donc d'une ville à une autre sans se soucier de leur ordre géographique.

L'auteur nous offre essentiellement une description de paysage industriel, thème récurrent chez lui (Sortie d'usine en 1982) mais pas unique puisqu'il écrit aussi bien des pièces de théâtre (Quatre avec le mort) que des ouvrages sur l'histoire du rock'n'roll. Cet attrait pour l'industrie est certainement dû à sa formation en école d'ingénieur et à son ancien métier dans le domaine de l'aéronautique. Ses connaissances l'amènent à des détails très techniques, sur la constitution d'un bâtiment par exmple, qui peuvent parfois perdre le lecteur. Toutefois, ce tableau industriel est marqué par les friches et les bâtiments désaffectés dans cette ancienne région minière en recomposition. Le paysage urbain décrit est tout aussi désolant avec des villes en sommeil. La présence humaine est donc peu visible tout au long du trajet. Cette impression de vide humain est renforcée par une description systématique des cimetières. Tout ceci n'est pas très réjouissant mais rajoutez à cela le temps gris et brumeux des matins d'hiver, et cela donne ce type de paysage (photo prise par l'auteur lui même à travers la vitre du train) : 

   
 
Dans cette vision du paysage industriel et urbain, François Bon s'attarde sur la description des bâtiments en en notant leurs similitudes. Il porte en particulier une grande attention au nombre et à la disposition des fenêtres des édifices. Cependant, le but n'est pas la simple description mais bien de voir la vie derrière les murs. Comme "on ne saura pas" (p. 14), l'auteur fait des hypothèses sur ce qui se passe dans tel bar, sur la fonction de tel bâtiment... L'auteur n'oublie pas non plus la campagne traversée avec un goût particulier pour la description de l'eau, "présence obsédante" (p. 9). Ce défilé d'images est parfois l'occasion de faire des associations d'idées. Le passage devant une usine à Château-Thierry rappelle à l'auteur un épisode de son adolescence qu'il nous fait partager. Ou encore, la vue d'un camp de gens du voyage le fait penser à un chanson de Cabrel.
   
Le procédé pour écrire ce livre est pour le moins original et c'est cela qui m'a poussée à le lire. Qui n'a jamais tenté d'imaginer ce qui se passe dans une maison, le front collé sur la vitre d'un train ? Qui n'a jamais laissé ses pensées vagabonder en regardant le paysage défiler ? Le résultat, parfois complexe, est dû à une écriture particulière. Ses phrases interminables de description très techniques peuvent décourager le lecteur. Mais au-delà de cet aspect, il faut voir la critique des effets pervers de la modernité. Avec les lignes à grande vitesse, les petites villes ne sont non seulement plus desservies mais aussi plus visibles. Ainsi, c'est tout ce monde insignifiant fait de petits villages et de champs décrit par François Bon qui meurt. 
 
 
Julie, A.S. édition-librairie

François Bon sur LITTEXPRESS





Articles de Jean-Pierre et de Mikaël sur Daewoo.







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