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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 07:00
Francisco Coloane Tierra del fuego








Francisco COLOANE
Tierra del Fuego

Traduit de l'Espagnol (Chili)
par François Gaudry
Éditions Phébus, 1994




















francisco-coloane 2
Avis à vos cartes de lecteurs – ou de crédit ! Avez-vous déjà entendu parler de Coloane, Francisco Coloane, Chilien de naissance, marin de métier, écrivain de sa terre, la Patagonie ?

Salué comme le fondateur de la littérature nationale de son pays, qui jusqu’alors peinait à s’affranchir des patrons européens, Coloane est une figure atypique, qui emporte forcément notre imaginaire au long de son parcours et de son écriture. Imaginez un colosse barbu et bourru entrant un jour dans la Maison de la Littérature, avec pour toute introduction un sonore « Je m’appelle Francisco Coloane et je viens du bout du monde ! ». Il dépose deux manuscrits sur la table et repart sans piper mot. Nous sommes en 1941, et c’est le début d’une aventure littéraire digne d’un récit de voyage. 

Cet homme, au cours de sa vie, sera baleinier (avant de rapidement s’élever contre ces pratiques barbares), matelot, contremaître dans des élevages de moutons, journaliste, cartographe marin, explorateur des mers australes, romancier, chroniqueur et nouvelliste, entre autres… Dans ses écrits il raconte sa terre, cette région extrême où cohabitent grands espaces terrestres et maritimes, et qui fut à l’origine de tant de déconvenues et de désastres, de tant de rêves et d’illusions. Car ces territoires hostiles où la nature demeure indomptable ont aussi leur effet sur les gens qui les peuplent : l’âme humaine s’y exprime dans toute sa brutalité, sa force ou sa faiblesse.

Et c’est bien tout cela qu’expriment et respirent les neuf nouvelles de Tierra del Fuego.

Dans l’une d’elles, les initiateurs d’une insurrection contre le pouvoir tout-puissant, corrompu et corrompant, décident de tenir le siège d’une estancia pour permettre aux autres péons révoltés de s’échapper, choisissant cette folie courageuse qui les conduira à la mort au nom de la dignité et de la liberté. Dans une autre, des marins descendus à terre pour enterrer l’un de leurs se réfugient dans la chaleur d’un bar pour un dernier hommage à leur compagnon d’infortune, et laissent s’estomper dans les vapeurs de l’alcool la conscience de leur mission initiale. Ailleurs, deux hommes en fuite se réfugient dans une grotte et y survivent quelques mois avant qu’une carcasse de baleine échouée sur la plage révèle la présence d’or dans la zone et marque la fin d’une solidarité amicale. Plus loin, encore plus loin, loin de tout et de tous, là où le bateau ne passe qu’épisodiquement, où l’on s’évertue à construire un phare au milieu de nulle part, où l’écoulement des jours est rythmé par les tâches quotidiennes et les caprices du temps plus ou moins clément, une forme de drame se noue autour de plusieurs hommes et d’une femme.

En réalité, des tentatives ratées d’implantation de colonies au sud du sud du monde à celles de rébellion des gauchos revendiquant leur droit à une vie plus décente, en passant par des histoires de naufrages, d’hommes devenus fous dans les immensités ou d’escales éthyliques à terre, Tierra del Fuego porte le quotidien extra-ordinaire de ces habitants de l’extrême : indiens et émigrés, fermiers et marins, chasseurs de phoques et contrebandiers, orpailleurs et autres explorateurs en quête de gloire.
Terre de feu 2




Tierra del Fuego
, paru au Chili en 1956, possède ce langage âpre et rude des hommes du Grand Sud, ouvragé avec tierra-del-fuegol’habileté d’un ramendeur, parfois sombre comme les écueils du Cap Horn, parfois fluide comme la course des nuages sur la plaine patagonienne. Francisco Coloane magnifie cette terre désolée et splendide, qui l’a vu naître et grandir, en la contant de l’intérieur, elle que l’on connaissait alors plutôt par la plume de voyageurs ou d’aventuriers. Il en fait le personnage central de son œuvre, il l’habille de ses mots précis, des mots dont il a dès l’enfance saisi la justesse et l’essence.

Tierra del Fuego
, au final, n’est pas un recueil de nouvelles, mais bien de cuentos. Des contes, oui. De la Terre du Feu, qui décidément porte bien son nom.


Francisco Coloane 1

Francisco Coloane est né sur l’île de Chiloé, au sud du Chili, en 1910. Homme aux multiples métiers, il a écrit autour des thèmes de la mer et de sa terre natale. Ses ouvrages, parus au Chili entre 1935 et 2002, ne seront traduits et édités en France qu’à partir de 1994, aux Editions Phébus. Parmi ses romans, citons Le Dernier Mousse (1996), Le Sillage de la Baleine (1998) et Antartida
(1999). Mais c’est surtout pour ses recueils de nouvelles que Coloane est connu : Tierra del Fuego, Cap Horn et El Guanaco (1994), ainsi que Le Golfe des Peines (1995). Le Passant du nouveau monde, publié en 2000, rassemble les mémoires de l’auteur, dont le dernier écrit, un recueil de chroniques de naufrages intitulé Naufrages, paraîtra en 2002, l’année même de sa mort.




Elodie DUPAU, AS BIB-MED

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Published by Elodie - dans Nouvelle
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commentaires

Yohann 01/01/2010 22:00


Un très bon recueil de nouvelles - de cuentos, pardon - pour qui veut se dépayser dans ces contrées difficiles ! Merci pour le conseil de lecture, Élodie !


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