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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 07:00

Peeters-Boilet-Tokyo-est-mon-jardin.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fréderic BOILET
& Benoît PEETERS
Tôkyô est mon jardin
Avec l’aide de Jiro TANIGUCHI
Casterman, 2003
Ego comme x, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Boilet

 

Boilet.JPGFrédéric Boilet est né le 16 janvier 1960 à Épinal.

Diplômé des Beaux-Arts de Nancy en 1983, il publie son premier album, La Nuit des Archées, cette même année. Quatre ans plus tard, avec Le Rayon vert, Boilet adopte une nouvelle méthode de travail, que l'on retrouvera dans beaucoup de ses albums : il dessine à partir de photos ou de vidéos.

Il est important de noter que Fréderic Boilet est le premier lauréat à la fois de la bourse annuelle de manga Kôdansha en 1993 et de la Villa Kujôyama en 1994. En 1997, il s'installe au Japon et passe du statut de touriste à celui d'habitant. Il fait la rencontre de Kaoru Sekizumi, de qui il tombe amoureux, et qui inspirera notre personnage féminin principal Kimié. En 2011, il organise l’Événement Nouvelle Manga à Tokyo à l'occasion de la sortie de L'Épinard de Yukiko, qui sera traduit en neuf langues.

Au Japon, les écrits de Boilet, ses illustrations, ses articles, paraissent dans la presse à grand tirage – c'est le cas de Asahi Shimbun tiré à 8 millions d'exemplaires. En France, ils seront rassemblés dans les ouvrages L'Apprenti Japonais et Elles.

Dans les années qui suivent, Boilet prend de l'importance dans le monde du (ou plutôt de la) manga, proposant des adaptations en français d’œuvres japonaises, et en japonais d’œuvres françaises. Entre 2004 et 2008, il crée les collections Sakka et Sakka Auteurs chez Casterman, proposant pour la première fois en France les œuvres de certains des meilleurs auteurs de la BD japonaise (on peut citer  Kiriko Nananan, ou encore Kyôko Okazi).

Depuis 2008 , il vit dans les Vosges où, en 2012, il a  pris la direction de l’Imagerie d’Épinal, une collection de L’Atelier des Vosges.



L'Histoire

Dans Love Hotel, David Martin part en voyage au Japon et se familiarise avec une nouvelle culture. Dans cet album, on retrouve David bien intégré à cette société nippone, un jeune homme mûri par l'expérience. Il connaît les kanjis par cœur, mieux même que certains Japonais, il manie bien la langue, et vit avec sa petite amie... David est devenu représentant d'une marque de Cognac française, Heurault.

Depuis deux ans qu'il s'est installé au Japon, il n'a pourtant vendu aucune bouteille, trop occupé à s'immerger tout entier dans la culture orientale, à sortir en boîte de nuit et à travailler au marché aux poissons pour se faire un peu d'argent.


Mais dès le début de l'album, les choses tournent mal pour David ! Entre ses nouvelles lunettes qui selon ses amis ne lui vont pas du tout, sa petite amie qui le quitte exaspérée par la puanteur de ses bottes du marché aux poissons et par ses appels à l'étranger, il ne manquait plus que la cerise sur le gâteau... son patron arrive dans quelque jours au Japon pour évaluer son travail !

Sur les conseils d'amis, David va tenter de proposer gratuitement certaines de ses bouteilles lors de diverses soirées, il en oubliera d'ailleurs une dans le métro ! Lors de l'une de ces soirées, il fait la connaissance de Kimié, de qui il va se rapprocher avant de tomber amoureux, et qui remettra un peu d'ordre dans sa vie... En attendant l'arrivée de M. Heurault !



Les thématiques abordées dans l'album

Non pas un choc mais un rapprochement des cultures.
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La rupture de David et sa copine est l’excuse pour nous faire errer avec lui et découvrir les rues de Tokyo, un pays et ses mœurs.

Frédéric Boilet nous plonge dans la vie japonaise de la manière la plus simple, la plus quotidienne, en détournant les stéréotypes, en les abordant avec humour, pour que finalement nous nous rendions compte, comme le dit David que  « les Japonais sont en tous points pareils à nous: c’est leur façon d'être identiques qui change ». La mise en parallèle avec une autre culture est décrite à l’aide de références sur des mœurs du quotidien, des habitudes alimentaires ou encore sur des aspects commerciaux exportables de la culture.
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On peut lister un incroyable défilé de stéréotypes et cela commence dès la quatrième page, lorsque la copine de David le quitte disant « Moi qui croyais que les Français étaient comme Le Grand Bleu ». Réfugié au bar, David s’entend dire par les Japonais qu’il ressemble à « Alain Delon » et à beaucoup d'autres :les Japonais ne sont pas totalement fermés à la culture française.

Sur les habitudes culinaires, on peut noter ce dialogue amusant où David dit à Kimié :  « En France, une fille peut facilement savoir si un garçon est vraiment amoureux d’elle : s’il est amoureux, il va se lever le premier pour aller chercher les croissants » ce à quoi Kimié répond : « Si je devais manger des croissants tous les matins je deviendrais folle… Vous n’avez pas de la soupe Miso ou du poisson séché en France ? » L’opposition délicate de nos modes de vie arrache forcément un sourire à la lecture de cette scène.

Avec M. Heurault au Japon arrive aussi la comparaison des modes de vie dans le sens inverse cette fois. Et ce sont des petites choses qui marquent les esprits : des prix exorbitants comme l’entrée en boîte à 5500 yens soit 300 francs à l’époque, ces mêmes boîtes que les Japonais rejoignent dès la sortie du travail et qui du coup ferment à minuit, un fromage très particulier, les tremblements de terre, les Japonaises... 

Il est très intéressant de voir, au fur et à mesure que l’histoire avance, la culture japonaise se dévoiler, et de se rendre compte que derrières ces différences culturelles, nous sommes tous aussi curieux d’en apprendre plus sur une autre culture, de partager la nôtre, au-delà des barrières de la langue…

On peut conclure cette partie avec une belle citation qui rend hommage à notre culture : « Elle dit que c’est ça la France qui plaît aux Japonais. Ce n’est pas le TGV ou la Tour Eiffel, ils ont la même chose… c’est le cinéma, les droits de l’homme, le vin… » 
 


Des éléments autobiographiques ?

C’est une question que l’on peut se poser sur l’ouvrage. Inspiré d’une expérience vécue, de rencontres, de réelles photographies… Oui, mais l’histoire en elle-même est une chronique de la vie japonaise qui synthétise plutôt les ressentis de ce que Boilet a vécu au Japon !

Ceci dit, on trouve à un moment donné un clin d’œil à son travail : le héros, David, écrit un roman qui parle « d’un homme qui veut se libérer de ses entraves, il rompt avec ses attaches, son travail, les petites lâchetés qui l’entourent… Au début il croit que c’est le Japon qu’il veut comprendre, et peu à peu, il découvre que le Japon n’est qu’une façon pour lui de se retrouver. »

On peut le voir comme un aveu de Boilet. L'album tend à nous montrer entre autres que le voyage est formateur pour un individu, que c'est un réel apprentissage, une rencontre avec les autres mais aussi parfois avec soi-même.
 


Que devient une bouteille égarée à Tokyo ?
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La fameuse bouteille que David a oubliée dans le métro va finalement connaître une fin heureuse. En réalité, c’est même elle qui va le sauver et donner à l'histoire une fin plus « glorieuse » !

 

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Au début de chaque chapitre, on peut suivre sa progression. Elle passe de mains en mains avant d’arriver à un restaurant et de connaître son premier succès.

 

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Le fait de placer une petite vignette de cette bouteille à chaque chapitre nous donne comme un rythme, une impression de continuité, un fil conducteur, nous ne sommes pas perdus ! Elle finit en plus par revenir vers David : comme quoi, le monde est petit, même à Tokyo !


 

 

 

 Les particularités de l’album

L’album, avec sa superbe couverture colorée, est pourtant entièrement dessiné en noir et blanc, ce qui est l’une des spécialités de Fréderic Boilet.

Dans la préface, Dominique Noguez nous dit que « ça a l’air d’être une BD, mais ce n’en est pas une. C’est une œuvre insolite, un objet culturel non identifié ». Et on le ressent car, très vite, entre les images de Tokyo qui nous sont offertes et les dialogues pleins de sens et jamais inutiles, on se laisse porter et on ne sait plus si nous sommes dans une BD, dans un roman…  Noguez le décrit même comme une sorte de « roman avec des mots accompagnés de dessins ».
Boilet-Peeters-Tokyo-est-mon-jardin-03-expressions.jpg
Tous ses dessins sont inspirés du réel, dans le respect total des formes. Les traits sont appuyés plus particulièrement sur les visages des personnages, traduisant les émotions avec un réalisme impressionnant. J’ai remarqué qu’il n’y avait que peu de vues « panoramiques » ; les décors, lorsqu’ils sont détaillés, encadrent seulement les personnages, ou bien nous placent nous en situation de contemplation.  Il faut savoir aussi que pour réaliser cet album, Boilet a demandé à ses amis de prendre la pose pour des photographies, avec différentes expressions, qu’il a pu ensuite attribuer à ses personnages, d’où cette impression constante de réel.
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L’auteur dit qu’il a voulu reprendre l’idée du manga, sa fluidité. On en retrouve les influences de deux manières dans l’album : diminution du nombre de cases par page, ou bien utilisation de davantage de cases pour décrire une seule émotion. C’est particulièrement le cas lors des scènes érotiques – il y en en a à plusieurs reprises, elles sont toujours présentées sans pudeur, et n’ont rien de vulgaire ou de choquant. Ainsi il apporte quelque chose de nouveau dans la mise en page : la taille très variable et  l'agencement subtil des vignettes dans la page, qu’il considère comme un espace autonome.

Une autre particularité de l’album à signaler : la plupart des textes sont aussi écrits en japonais dans les vignettes. Un vrai régal pour ceux qui connaissent un minimum de japonais, et une incitation à la découvrir pour les autres !



Avis personnel

Tokyo est mon jardin m'a réconciliée avec la bande dessinée, j'ai pris plaisir à la lire, vignette par vignette, et j'en suis très heureuse. Fréderic Boilet est un auteur charmant, avec qui j'ai eu l'occasion de discuter, passionné par son travail, toujours prêt à le partager.

Si vous n'êtes pas déjà attiré par le Japon et sa culture, il sera difficile d'y résister après cette lecture, car on est immergé, en même temps que les personnages, on apprend en à leurs côtés, et lorsque l'on ferme la dernière page, on a tout simplement envie de vivre une telle expérience nous-même !

C'est donc un album que je conseille aux lecteurs de BD ou aux non-lecteurs comme moi qui pourront être agréablement surpris par le mélange des styles, aux amoureux du Japon et aux esprits aventuriers, finalement, à tous ceux qui prennent plaisir à faire un petit voyage littéraire !


Tiphaine, 2ème année Bibliothèques

 

 

Frédéric BOILET sur LITTEXPRESS

 

Frédéric Boilet L'Apprenti japonais 

 

 

 

 

Article de Mylène sur L'Apprenti Japonais

 

 

 

 

 

 

 

 


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