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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 04:07

Gabriel-Trujillo-Munoz-Tijuana-City-Blues.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabriel Trujillo MUÑOZ
Tijuana City Blues
Traduit de l'espagnol (Mexique)
par Gabriel Iaculli
 Éditions Les Allusifs
Collection « ¾ polar »
Paru le 7 mai 2009

Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les Allusifs

En 2001, Brigitte Bouchard crée Les Allusifs, une maison d'édition québécoise spécialisée dans les romans courts, ceux qui se situent à la frontière entre la nouvelle et le roman, et que finalement, on ne sait pas trop où classer. Publiant, pour commencer, un texte court d'André Marois (Tête de pioche) qui avait été refusé par tous les autres éditeurs, l'éditrice publie plus tard Tecia Werbowski, une auteure Actes Sud (Hotel Polski, L'oblomova, Le mur entre nous, dans la collection « Un endroit où aller »). De nombreux autres écrivains ont, au fil des années, confié leurs manuscrits à cette éditrice.

Le catalogue des éditions Les Allusifs compte désormais 53 auteurs et plus de 80 titres. Ces écrivains viennent d'horizons très différents : au total une douzaine de langues sont traduites. Qu'un éditeur explore la littérature mondiale est quelque chose de relativement nouveau au Québec, comme l'éditrice l'explique dans un entretien avec Isabelle Roche pour lelittéraire.com : « Si en France, il y a une longue tradition de découvertes d'auteurs étrangers, ce n'est pas le cas chez nous : au Québec on publie québécois ou canadien, parce que la littérature est subventionnée. » Mexique, Chili, Brésil, mais aussi Pologne ou Serbie, l'éditrice n'hésite pas à publier des textes du monde entier.

Cette maison d'édition connaît dès ses débuts un certain succès et une bonne réception critique dans tous les pays francophones. Aujourd'hui, elle commence à se faire une place dans les librairies mais aussi dans la bibliothèque des amateurs de textes courts, français ou étrangers.

Publiant une dizaine de titres par an, Les Allusifs ont lancé cette année une nouvelle collection : « ¾ polar ». Riche de neuf titres actuellement, cette collection n'est pas encore très variée au niveau de ses auteurs et de leur origine. Gabriel Trujillo Muñoz en est l'auteur le plus prolixe, avec la publication d'une quadrilogie : Tijuana City Blues, Loverboy, Mexicali City Blues (sa ville natale et de résidence actuelle) et Mezquite Road.

Les éditions Les Allusifs :  http://www.lesallusifs.com/

Un entretien avec Brigitte Bouchard : http://www.lelitteraire.com/article2383.html



Gabriel-Trujillo-munoz.jpgGabriel Trujillo Muñoz

On trouve peu d'informations sur Gabriel Trujillo Munoz. La biographie donnée par l'éditeur est certainement la plus complète : « Né en 1958 à Mexicali, en Basse-Californie, Gabriel Trujillo Muñoz est à la fois poète, romancier, essayiste, journaliste et critique littéraire. Son œuvre, particulièrement emblématique de la littérature mexicaine frontalière, lui a valu de nombreux prix. Il a pratiqué la médecine comme un hobby, déclarant que sa véritable profession était l'écriture. Ses polars ont déjà été traduits dans plusieurs pays européens, tels que l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Aujourd'hui, il est professeur et enseigne à l'Université autonome de Basse-Californie, à Mexicali. »

 

 

 

Tijuana City Blues

 

 

 

« The law? The law gives us nothing

but a corpse, wrapped in a dirty mantle.

The law is based on murder and confinement

long delayed,

but this, following the insentate music,

is based on the dance :


an agony of self-realization

bound into a whole

by that wich surround us.


I cannot escape


I cannot vomit it up.


WILLIAM CARLOS WILLIAMS

The Desert Music »

 

 

En exergue, on trouve ce poème écrit par William Carlos Williams (1883-1963), poète et romancier américain. Il est l'une des figures majeures du modernisme mais aussi de  l'imagisme dans la poésie américaine.

L'imagisme est défini ainsi par. T.S. Eliot  : « Le point de repère habituellement considéré comme le point de départ de la poésie moderne est le groupe dénommé imagistes à Londres en 1910. »

Il ne serait pas étonnant que William Carlos Williams soit une des références littéraires de Gabriel Trujilo Muñoz, bien qu'aucune déclaration de l'auteur ne puisse nous en donner la certitude, lorque l'on considère leur attrait commun pour la médecine (William Carlos Williams était pédiatre et médecin généraliste).



Toute l'histoire commence à Mexico, où l'avocat Miguel Angel Morgado, qui se révèle être un véritable détective privé, commande l'installation d'une bibliothèque à des charpentiers. Au moment ou il descend l'escalier pour échapper au bruit, il entend : « Faut que je vous parle, maître. » Blondie, un des ouvriers, lui tend alors une enveloppe remplie de coupures de vieux journaux et lui demande de retrouver la trace de son père, disparu depuis 1951. Il s'avère que sur les photographies apparaît William S. Burroughs : le père de Blondie était un des derniers amis proches du célèbre écrivain, après que celui-ci fut sorti de prison. Morgado s'envole alors direction Tijuana, ville où on a pour la dernière fois vu le recherché, dans une affaire de drogue dont les autorités se sont mêlées ...

On s'immisce alors dans l’atmosphère de cette ville particulière, et à travers les pérégrinations du détective au fil de l'enquête, on découvre un peu son histoire. La description qui en est faite et l'ambiance qui s'en dégage semble proche de celle décrite dans Junky de William S. Burroughs. Le lien avec cet auteur dans ce roman passe donc aussi par l'écriture, qui donne les mêmes impressions au lecteur.



Ce qui fait l'originalité de ce roman, c'est la présence de l'hybridation de deux genres littéraires aujourd'hui majeurs dans la littérature contemporaine : le polar et la biofiction, même si celle-ci n'apparaît qu'au second plan.

L'auteur nous raconte ici partiellement la vie de Burroughs, l'un des grands représentants de la Beat Generation, et célèbre pour son expérimentation de la technique du cut-up ; mais en modifiant quelque peu les éléments biographiques de sa vie afin de coller à l'enquête fictive. Le côté fictif de ce genre est donc, en quelque sorte, utilisé afin de servir le polar.

(Pour en savoir plus sur le cut-up : « Aujourd'hui, plus que jamais, les « cut-up de Burroughs » restent d'actualité » :  http://www.6bears.com/cutup.html)



L’œuvre de Burroughs est très présente tout au long du roman. Il semble que le père de Blondie représente Allen Ginsberg, l'un des amis les plus proches de Burroughs. Burroughs lui envoyait les chapitres de Junky au cours de sa rédaction, et c'est lui qui s'est occupé de la publication du roman au début des années 1950, à une période où un tel roman était difficile à mettre à disposition du public, car immoral. Les campagnes antidrogue du Bureau des Narcotiques aux États-Unis faisaient rage, avec des slogans tels que : « The Official TRUTH : If you smoke it, You Will Kill People » (pour en savoir plus, le documentaire Grass, réalisé par Ron Mann en 1999, retrace toutes les luttes contre la drogue à l'initiative du gouvernement américain au XXe siècle.) Toute publication en rapport avec la drogue était donc, en général, impensable pour les éditeurs.

Dans Tijuana City Blues, c'est le père de Blondie qui possède le manuscrit original de Junky. De plus, il a été l'un des derniers amis, le plus proche, du William S. Burroughs fictif, tout comme l'a été Allen Ginsberg pour l'écrivain.



Donc, pour conclure simplement, un roman inattendu, à découvrir absolument !


Un autre avis :  http://www.actualitte.com/critiques/monde-edition/critiques/tijuana-city-blues-gabriel-trujillo-munoz-488.htm


Mélissa Bildé, 2e année Édition-Librairie 

 

 

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