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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 07:00












Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD
Singe savant tabassé par deux clowns

Paris : Editions Grasset & Fasquelle, 2005
 Le livre de poche, 2007


 













Georges-Oliver est un nouvelliste et romancier français, né à Paris en 1947. Il a notamment obtenu le prix Renaudot en 1982  pour la Faculté des songes et la Bourse Goncourt en 2005 pour Singe savant tabassé par deux clowns.

En 1996 il devient également membre du jury du prix Renaudot et président de la Société des gens de lettres de 2000 à 2002.

 

Singe savant tabassé par deux clowns est un recueil composé de onze nouvelles

1)      « La seule mortelle »
2)      « Les ormeaux »
3)      « Civils de plomb »
4)      « La sensationnelle attraction »
5)      « Dans la cité venteuse »
6)      « Courir sous l’orage »
7)      « Les sœurs Ténèbre »
8)      « Tigres adultes et petits chiens »
9)      « Écorcheville »
10)    « Singe savant tabassé par deux clowns »
11)    « La rue douce »

 

Le style de l’auteur est limpide et clair, quoique ses histoires soient sombres, absurdes, parfois violentes… Il mélange à la fois des éléments fantastiques (des personnes immortelles, des animaux à têtes de bébés, une rue qui n’apparaît que quand on sait où la chercher, des fantômes…) avec des éléments réels. Ceci est assez troublant puisque nous ne savons pas si nous lisons du fantastique à la façon de Théophile Gautier ou  de Guy de Maupassant, ou alors, si nous lisons du merveilleux.

De plus, lorsque nous sommes profondément ancrés dans le style et l’univers de l’auteur, nous sommes comme embarqués dans l’histoire de ses personnages. Nous nous y « attachons » rapidement, bien que le récit soit court. Ceci explique le fait que lorsque les histoires s'arrêtent (et toujours brutalement), on ne peut s’empêcher d’essayer de penser à la suite ou à ce qui pourrait se passer après cette interruption.

La plupart du temps, les histoires se terminent avec un élément qui nous semble presque insignifiant et nous pensons : « ça se termine comme ça ? » Par exemple dans « Ecorcheville », c’est un homme qui ne réussit ni dans sa vie personnelle, ni dans sa vie professionnelle, et qui trouve idiot ce système de machine pour se suicider. A la toute fin, une femme arrive et se tue avec son enfant. L’homme sait qu’il va mourir, un perroquet le lui a dit, et il observe la machine. Notre première réaction est donc de se demander : « va-t-il l’utiliser pour mettre fin à ses jours ? » Mais au lieu de cela, il voit le perroquet qui lui a prédit cela et le poursuit pour aider sa propriétaire à le retrouver. Dans « La sensationnelle attraction », le héros assiste à un sacrifice (un homme offre littéralement son cœur à une jeune fille) et au lieu d’être horrifié, il pense à cette jeune fille et à ce qu’il va faire pour pouvoir la séduire et avoir une relation plus intime avec elle.

L’auteur nous montre tout ce dont l’homme est capable et rend tout cela presque naturel et banal. C’est peut-être une manière, pour l’auteur, de critiquer le fait que nous devenons de plus en plus indifférents à des choses horribles qui se déroulent tout autour de nous, bien que dans ses histoires il les accentue. On retrouve ainsi le thème de l’argent dans « Tigres adultes et petits chiens » où un médecin gagne de l’argent sur le dos de ses patients, se servant de sa femme pour séduire les malades qui ne sont plus « rentables » et pour qu’ils se suicident par la suite.

Enfin, l’auteur fait preuve d’un certain humour noir, jouant avec le nom de ses personnages ou des mots. Par exemple, dans « la sensationnelle attraction » il prend une expression souvent utilisée au figuré : « Je te donne mon cœur » et l'utilise au sens propre : un jeune homme s’arrache le cœur pour l’offrir à la personne aimée.

Des personnages deviennent récurrents comme madame Occlo, Gorbius, ou des grandes familles : les Propinquor, les Esteral et les Bussetin.

 


« Singe savant tabassé par deux clowns »

Un titre qui reprend un passage de la nouvelle et qui est assez étrange pour capter le regard et la curiosité.

Cette nouvelle raconte l’histoire d’un jeune homme qui travaille dans une station à essence, vide. Un jour, M.Gorbius s’y arrête et décide de l’engager. Bénigno, le jeune homme découvre alors un cirque fantasque et une ravissante jeune demoiselle, Angélina Farewell, qu’il « convoite ». Il se prend d’amitié pour un vieux monsieur, M.Laviolette, qui possède un perroquet, Ego, et un chimpanzé, Bourbaki.

Les personnages ont chacun leur histoire et leur étrangeté. La dompteuse : Fauvina Bestia, est accusée d’avoir une relation intime avec ses animaux, ce qu’elle réfute. Les frères scélérats, des triplets acrobates contorsionnistes (qui au départ étaient quatre, mais le quatrième ne voulait pas suivre cette voie), persécutent sexuellement la petite Angélina Farewell qui rêve d’une famille nombreuse et d’un mari aimant. Enfin, le chimpanzé Bourbaki abuse du perroquet qui est heureux quand son persécuteur se fait battre par les clowns qui sont cruels (Bourbaki s’était fait plaisir avec leur perruque.)

A la mort de M.Laviolette, Bénigno hérite du singe et du perroquet.

Dans cette histoire, les noms des personnages me semblent importants et contribuent à l’humour noir de l’auteur, comme s’il nous laissait des indices ou jouait avec nous.

Premièrement, « madame Occlo » ressemble étrangement à « mama Occlo », une fille d’un dieu Inca envoyée sur Terre avec son mari-frère pour apprendre aux hommes à être civilisés. De plus, cette femme est toujours accompagnée de Monsieur Amadeus Gorbius, et c’est ensemble qu’ils proposent des inventions étranges comme dans « la sensationnelle attraction » (ils proposent aux gens de pouvoir choisir l’heure de leur mort.) Ils ne sont donc pas un bon exemple de civilité pour les êtres humains.

Deuxièmement, la dompteuse de fauves se nomme « Fauvina Bestia. »

Troisièmement, les frères s’appellent « scélérats » et quand on sait ce qu’ils font à Angélina, on comprend mieux leur nom.

Quatrièmement, Angélina Farewell dont le nom de famille signifie « adieu » en anglais : un indice pour deviner la fin tragique de cette demoiselle.

Cinquièmement, le perroquet se nomme « Ego » ce qui ne semble pas bénin, surtout quand on pense à sa réaction lorsque le chimpanzé est frappé par les deux clowns.

Enfin, sixièmement, le singe porte le nom de « Bourbaki » ; or, Bourbaki est un mathématicien imaginaire, inventé par un groupe de savants français. Le singe dans cette histoire paraît savant car il sait compter. Je pense donc que ce lien entre les deux personnages n’est pas anodin. Mais un savant comparé à un singe ? Nous pouvons peut-être y voir un certain humour de la part de l’auteur.

La nouvelle que j’ai préférée

« Les sœurs Ténèbre » : Ce titre est expliqué par l’auteur. Personnellement, j’aurais préféré qu’il donne des indices pour nous laisser deviner la signification de ce titre, surtout qu’il m’avait habituée à chercher les indices éparpillés un peu partout. Peut-être qu’il voulait absolument que le lecteur sache, et qu’il ne voulait pas prendre le risque que cela nous échappe. Le héros est producteur de cinéma et ce titre fait référence aux frères Lumière.

C’est l’histoire d’un homme qui a absolument tout perdu : ses parents (décédés), sa femme (elle le quitte), son job, et ensuite, il casse sa clé dans la serrure. En sortant de chez lui pour résoudre le problème de la clé, il percute une jeune fille du nom de Clotho. Ravissante et jeune, elle le ramène chez lui pour le soigner et lui faire boire du thé. Ils ont des relations et l’homme oublie presque sa clé.

Clotho lui annonce que sa sœur fait une fête et qu’ils doivent y aller. Il ne veut pas, mais c’est comme si quelque chose de plus fort que lui le poussait à y aller (le destin ? Autre chose ?) Il fait donc la connaissance de Lachésis, la grande sœur de Clotho. Aveugle, elle ne s’en cache pas et ses yeux effraient légèrement le héros. Là aussi elle lui propose quelque chose à boire et l’homme perd quelque peu ses repères et ensuite la mémoire. Il ne sait pas ce qui lui arrive (tout comme ce qui arrive aux héros dans les tragédies grecques ?)

Puis, on lui annonce que l’aînée fait elle aussi une fête et qu’ils doivent encore y aller. Encore une fois, le héros est emporté malgré lui et les choses deviennent de plus en plus effrayantes : le chauffeur de l’hélicoptère est malade et conduit mal, la troisième sœur est jolie mais son manque d’hygiène effraie le héros…

Elle aussi fait des avances mais le héros préfère s’enfuir. Les autres sœurs appellent leur aînée « l’inflexible », mais on ne sait pas comment elle s’appelle, et ce, jusqu’à la fin de l’histoire.

Dans cette histoire, l’auteur semble jouer avec nous et nous donne cet indice (pour ceux qui n’avaient pas encore compris le nom des sœurs) :

« Elle dénoua la ceinture de sa robe noire et en écarta les pans, dévoilant un corps splendide et livide. Suspendus à une chaînette accrochée à sa taille, de petits ciseaux oscillaient entre l’œil d’ombre de son nombril et sa toison de jais » (page 191)

Le héros prend peur, et cette fois il agit par lui-même. Il voit un vieil homme qui possède une barque et veut l’utiliser. En échange, le vieil homme ne veut pas de chèques ni d’argent. Par contre, élément absurde qui devrait nous interpeller, il veut bien du bout de clé cassée. Ce qui est également parlant c’est que lorsque le héros, Ringo, dit au vieil homme qu’il veut être à Paris ce soir, ce dernier semble ébahi et l’auteur écrit : « Le vieux avait écarquillé les yeux, comme à l’énoncé d’un projet chimérique », comme s’il était impossible de sortir de cet endroit. Et cela se vérifie un peu plus loin quand ils atteignent le milieu du fleuve. Comme un effet de miroir, Ringo voit exactement la même chose sur les deux rives et l’hélicoptère qui arrive se sépare en deux pour atterrir au même endroit, sur les deux côtés. Ringo est piégé et ne peut s’enfuir.

Un peu avant, d’ailleurs, il pêche Roxanne, sa femme, qui le supplie de la laisser. Un corps qui suit le courant ? Cela peut nous faire penser aux fleuves qui abritaient l’âme des défunts dans les enfers des Grecs.

Ringo est obligé de retourner auprès des trois sœurs et enfin, nous connaissons celui de l’aînée : Atropos. Ce prénom, d’ailleurs, est le dernier mot de cette histoire, comme s’il annonçait une certaine fin.

J’ai tout particulièrement aimé cette histoire car elle m’a marquée et m’a surprise. Quand j’avais lu le nom de Clotho, je m’étais dit : « ce n’est pas commun, et ça me rappelle quelque chose. » Mais je n’avais pas cherché, voulant connaître la suite. Ensuite, il y a eu « Lachésis », ce qui m’a interpellée : « ce nom est grec. » Mais j’ai continué. Et puis, dès que je suis arrivée au passage des ciseaux de la troisième sœur, je me suis précipitée sur le dictionnaire pour être sûre de l’idée qui venait de m’arriver : « les Parques ? » Eh bien oui, c’étaient elles : Clotho, la plus jeune des trois sœurs dans la mythologie grecque, tient le fil de la destinée humaine ; Lachésis met le fil sur le fuseau ; et Atropos, la plus âgée, coupe ce fil.

Le fait qu’il soit passé par les trois sœurs, et dans cet ordre-là n’est pas anodin.

L’histoire s’achève brusquement, ce qui nous permet d’imaginer une suite (qui n’existe pas forcément puisque le nom d’Atropos désignait une certaine fin), ou une quelconque interprétation : est-il mort quand il a rencontré Clotho ? Est-ce un enfer avec ces animaux bizarres, le corps de sa femme, la fuite qui n’est plus possible ? Sans parler du fait que c’est un vieil homme qui fait traverser la rivière et que dès qu’on la traverse une fois, on ne peut plus le refaire, comme dans les enfers grecs avec « l’Achéron ».

Même quand l’histoire semble être finie, elle ne l’est pas totalement, puisque nous pouvons continuer à la vivre en nous posant toutes sortes de questions. C’est en cela que j’ai adoré cette nouvelle.

Marion, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

Olivier CHÂTEAUREYNAUD sur LITTEXPRESS





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Published by Marion - dans Nouvelle
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