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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 19:00












Georges PEREC
Tentative d’épuisement d’un lieu parisien
Christian Bourgois, 2003
Collection Titres, 2008


 















Paris. Perec  est assis au tabac Saint-Sulpice. Le bus 86 va à Saint Germain-des-Prés. Il  boit un café. Prend des notes sur un calepin. Il est 15h. Perec regarde les passants qui marchent d’un pas rapide. L’horloge sonne 18h. Il note encore. Les pigeons s’envolent. Il est toujours assis à la table du café.

C’est à cela que se résume la démarche de Georges Perec : faire une liste de détails absolument banals mais qui font toute la vie, et sans lesquels la vie ne serait pas. Les livres parlent souvent de réalités diverses mais rarement de celle qui est essentielle et qui régit pourtant le quotidien de chacun d’entre nous. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien est une réussite dans ce qu’elle a de révolutionnaire dans son approche des choses. Dépouiller les instants, les gens, les objets de tout ce n’est pas nécessaire relève simplement du génie. N’avoir aucune autre référence que la contrainte du réel, et faire une observation presque sociologique de ce fragment de vie, voilà le tour de force qu’il accomplit.

Phrases courtes, style télégraphique, épuré, dénué d’artifice. En somme, comme la vie qu’il détaille sans commenter. L’écriture n’a aucune importance en elle-même, elle ne répond à aucun critère de qualité, se désengage de toute appartenance à un style littéraire. Elle n’a d’autre objectif que d’exister en elle-même.

Peu importe ce dont il s’agit, le fait que le lieu d’observation soit Saint Sulpice, et qu’il y reste durant trois jours. Celui-ci, un autre... Cette observation n’a de raison d’être qu’en tant que révélateur d’universel. Le rythme saccadé, rapide, nous entraîne au gré du rythme de la vie, elle-même fugace, changeante, insaisissable.

Perec apparait donc comme l’humble porte-parole de notre réalité en réalisant un travail minutieux de transcription. Le temps  passe et la vie nous échappe mais Perec nous oblige à nous asseoir avec lui et à prendre le temps de vivre ces instants en effectuant un arrêt sur image. Il apparaît cependant comme étant extérieur à l’action. En effet, il ne s’implique pas et n’effectue que de rares incursions dans ses descriptions pour signaler la nécessité pour lui de faire une pause dans son travail d’écriture. On peut presque parler ici de démarche sociologique car Perec se sert de l’observation participante pour décrire le réel dans un contexte géographique, une société, un moment donnés. Pourtant il n’en tire aucune conclusion, aucune loi, aucun symbole. Il dit juste ce qui EST. L’objet livre est presque accessoire, autant que ce qui est décrit et la manière dont il est décrit.

« Un homme passe : il tire une charrette à bras, rouge. Un 70 passe. Un homme regarde la vitrine de Laffont. En face de « La Demeure » une femme attend, debout près d’un banc. Au milieu de la rue, un homme guette les taxis (il n’y a plus de taxi à l’arrêt des taxis). Un 86 passe. Un 96 passe. Un livreur de Tonygencyl passe. » (p.21).

En effet, qu’y a-t-il de plus difficile à voir que ce qui s’impose à soi ?


Éléa, A.S. Édition-Librairie.

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