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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 19:00













Georges PEREC
W ou le souvenir d'enfance

Éditions Denoël, 1975
Gallimard, L'Imaginaire,
2002










Ce livre fait partie des deux œuvres autobiographiques de Georges Perec. Il affirme dans ses notes qu'il y a une distinction entre celles-ci et ses œuvres oulipiennes.

Cependant, nous pouvons remarquer la présence d'une contrainte qui est, selon moi, celle de construire une autobiographie malgré la présence du vide, conséquence du peu de souvenirs que l'auteur a de son enfance. La règle de ce genre qui est de révéler des éléments de sa vie lui paraît dès lors très compliquée :


« Néanmoins, pour satisfaire à une règle quasi générale, et que, du reste, je ne discute pas, je donnerai maintenant, le plus brièvement possible, quelques indications sur mon existence et, plus précisément, sur les circonstances qui décidèrent de mon voyage. » (p.15, collection L'Imaginaire, Gallimard).

En fait, Perec ne va pas exprimer clairement les choses, il ne va pas donner ses souvenirs d'une manière directe, non seulement parce que sa mémoire est incomplète mais aussi parce- ue, je pense, il veut s'éloigner du genre pour ne pas écrire une simple histoire de sa vie.

Ce choix peut aussi s'expliquer par le fait que
« L'autobiographie complète ne convient qu'aux vies accomplies »1, ce qui n'est pas le cas de celle de l'auteur.

Cette œuvre autobiographique est constituée de deux récits. En apparence, ils sont complètement différents, particulièrement parce que l'un est fictif et l'autre réel. Cependant, Perec va établir un lien entre eux afin de les faire correspondre et on va dès lors se rendre compte qu'ils se complètent.

Avant d'entrer dans l'histoire de W, Perec raconte celle d'un homme qui reçoit une lettre d'un dénommé Otto Apfelsthal. Son correspondant lui apprend qu'il tient son deuxième nom d'un petit garçon dont le bateau a fait naufrage et que celui-ci, vivant, a dû se réfugier quelque part. Cet homme est le narrateur de l'ouvrage et les correspondances avec Perec sont visibles, notamment par rapport au changement d'identité. Ainsi, on peut se douter que le petit garçon s'est réfugié sur l'île de W et que l'homme qui part à sa recherche va permettre à l'auteur d'introduire ce lieu inconnu.

Par ailleurs, nous pouvons remarquer que les correspondances entre le narrateur et le petit garçon sont frappantes avec entre autres la disparition de la mère mais aussi l'image du naufrage auquel échappe le survivant, comme Perec a échappé à l'Holocauste.

La mémoire de l'enfance de Perec est incomplète, les données sont très abstraites et il n'y a pas de chronologie respectée. De ses parents, il ne lui reste rien si ce n'est des photos et les souvenirs des autres membres de sa famille. La seule image qu'il lui reste de sa mère est celle où elle l'emmène à la gare de Lyon afin qu'il se réfugie en zone libre.

Tout le récit de son enfance est raconté à travers les yeux du petit garçon qu'il était, c'est-à-dire un regard empli d'incompréhension et d'innocence.

C'est pour combler, d'une manière inconsciente, ce manque de mémoire qu'il écrit à l'adolescence le récit d'une île nommée W. Cette fiction est en effet un des moyens qu'utilise Perec pour respecter la contrainte autobiographique.

W est une île olympique où tous les hommes sont des athlètes. On comprend très vite qu'au-delà de ce statut ils sont aussi des esclaves, contrôlés par l'État. Tout est mis en place pour qu'ils soient réduits à rien et le pouvoir les dénude de toute identité, en leur donnant des noms communs sans aucune singularité.

Ces athlètes sont torturés et parfois même tués ; il n'y a plus de considération pour la vie humaine. À chaque épreuve on sélectionne pour mieux éliminer et à chaque naissance, même chose.

Vous l'aurez bien compris, ici, ce n'est pas l'histoire d'une île imaginaire que nous raconte l'auteur mais tout simplement celle des camps de concentration. L'histoire de W est ainsi un moyen pour Perec de sortir de l'innocence et de trouver une des pièces manquantes du puzzle incomplet de sa vie.

Je pense que c'est une œuvre fondamentale de Perec car on y retrouve ses obsessions. Il y a la disparition tout d'abord, celle de sa mère mais aussi celle du petit garçon naufragé puis le thème de la perte d'identité avec son père qui le déclare Français en dépit de ses origines, sa grand-mère qui doit se faire passer pour muette afin de se cacher mais aussi les athlètes à qui on a enlevé toute humanité.


Véritable autobiographie ou « contre autobiographie », voici une histoire bouleversante qui cache derrière le regard d'un enfant les réalités de l'occupation et derrière une histoire anodine les horreurs des camps de concentration.

1 Conférence de Florence, « Une autobiographie sous contrainte », 1991.
Transcription de cette conférence dans Le Magazine littéraire n°316, décembre 1993.



Justine Barbe, deuxième année édition-librairie.

Georges Perec sur Littexpress





Article de Rachel sur Un homme qui dort







Article d'Eléa sur Tentative d'épuisement d'un lieu parisien.

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