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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 07:00

Gilles-Paris-Autobiographie-d-une-courgette.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gilles PARIS,
Autobiographie d’une Courgette
Plon, 2002
J’ai Lu, 2003
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut du temps pour mûrir. Mais pas seulement. L’environnement aussi est important. Icare, enfant de neuf ans surnommé Courgette, a été planté dans un bien mauvais terrain. Ce livre, c’est son histoire et il ne raconte pas de salades. Son père est parti avec une « poule » ; sa mère, elle, est un véritable légume, elle végète tous les jours devant la télévision, en absorbant des bières en quantités astronomiques. Difficile pour un enfant de pousser dans une tempête pareille. Et un jour c’est le drame. Involontairement, Courgette tire sur sa mère et renvoie cette fleur fanée sous terre. Après la pluie, le beau temps. Icare change de vie, il est littéralement déraciné et rempoté dans un tout autre potager : le foyer d’accueil. Sous la protection d’un gendarme nommé Raymond et des « z’éducateurs », Courgette va commencer une nouvelle vie, il va enfin pouvoir s’épanouir, loin des mauvaises herbes.

Rosy, chaleureuse bienfaitrice du foyer, veille sur les petites plantes fragiles que sont les orphelins. Elle est le rayon de soleil nécessaire à leur croissance, dont ils ont tous cruellement manqué. Courgette trouve même un deuxième soleil à sa vie et c’est une petite fille, prénommée Camille, qui ne manquera pas de le faire rougir... comme une tomate !

 L’écriture de Gilles Paris est dans ce roman d’un style particulier. Se mêlent à la narration enfantine du personnage, des mots et des histoires d’adultes. Mots peut-être parfois trop adultes pour sortir de la bouche d’un enfant. Mais qu’importe. Le lecteur dépasse cette écriture, il voit à la fois à travers les yeux de l’enfant, qui n’interprète pas tout, et les siens. C’est une lecture en deux temps, qui efface les lourdeurs d’une écriture un peu légère. On pardonne vite la répétition des « et » et les diverses maladresses dans les phrases, car elles sont justifiées, elles reflètent l’expression naïve d’un enfant de neuf ans. Et puis c’est aussi un peu à cause de ça qu’on l’aime, ce livre !

« Maman était couturière. Elle travaillait à la maison […]. Le soir, les gens continuaient à sonner à la porte, mais ceux-là, ils venaient les mains vides. Un soir, juste avant d’aller me coucher, j’ai demandé à maman ce qu’ils avaient à recoudre ces messieurs qui venaient les mains vides et elle ma répondu en souriant "leurs cœurs ma chérie". Je n’avais plus le droit de sortir de ma chambre quand j’entendais la sonnette, mais je le faisais quand même en cachette et maman ne m’a jamais vue la regarder recoudre le cœur des messieurs. Elle ne travaillait plus avec un dé, une aiguille, ou sa machine, juste avec sa langue.»

 Ce que l’on découvre aussi dans ce livre, c’est le monde pas toujours facile des orphelinats, où des enfants, parfois victimes de drames familiaux, sont recueillis. Mais l’auteur ne s’attache pas ici à certains clichés que l’on peut avoir sur ces établissements. Il n’y a pas de méchante gouvernante, qui tire les oreilles ou tape sur les doigts des enfants dès qu’ils font des bêtises, ni de vieille bâtisse sombre et poussiéreuse où sont recueillis des enfants condamnés au désespoir. C’est une vision rafraîchissante, pleine d’espoir qui s’offre à nous. On voit un foyer qui veut être le plus accueillant possible et des tuteurs qui souhaitent relever la tête des orphelins afin qu’ils accèdent enfin au bonheur. Dans ce livre, chaque enfant a son histoire bien à lui, chaque adulte a sa propre personnalité. L’écrivain nous offre un tableau tout en couleurs.

L’humour est très présent dans ce livre. L’auteur prend plaisir à jouer avec la naïveté de son petit personnage et de ses amis. Il tourne habilement en dérision leurs pensées, leurs propos ainsi que leurs comportements, pour le plus grand bonheur du lecteur qui garde le sourire aux lèvres.

 « […] la grand-mère de Victor vient nous voir pour une semaine. Elle est un peu sourde, tu sais, il faut lui parler fort à l’oreille.

— Et vous allez la piquer pour ça ?

— La piquer ? Ce n’est pas un chien, mon petit. Où as-tu entendu un truc pareil ?

— Simon dit que les grandes personnes oublient les anniversaires à cause des chiens et des grands-mères qu’ils vont piquer. »

 
Mais Gilles Paris décrit également avec talent les sentiments d’Icare et Camille. Les scènes « d’amour » sont particulièrement touchantes. Il peint toute la sensibilité de cette relation. C’est vrai, sincère, à la fois simple et poétique : l’amour se mêle à l’innocence des deux enfants.

 
« Camille s’est allongée sous un arbre et elle m’a dit « viens là, on va regarder les feuilles » et je me suis couché près d’elle et on a regardé les feuilles et le soleil qui jouait avec comme si des centaines de petites lampes s’allumaient et s’éteignaient sous le vert des feuilles et j’ai posé ma tête sur son épaule et puis je crois que toutes les lumières se sont éteintes et je me suis endormi. Quand j’ai ouvert les yeux, ceux de Camille ne l’étaient pas. Elle dormait sur le côté, les genoux remontés jusqu’au menton, dans son jean, et son gros pull gris qui lui mangeait le cou. J’ai touché ses longs cheveux bruns et ils étaient tellement fins qu’ils m’échappaient des doigts. J’ai regardé son petit nez en trompette et j’ai collé mon oreille dessus et je sais pas pourquoi j’ai posé ma bouche sur la sienne et Camille a ouvert ses yeux très verts et j’ai fait un bond en arrière comme si elle m’avait mordu.»

Autobiographie d’une Courgette est un livre captivant, attachant, drôle, mais qui peut-être s’essouffle quelque peu sur les dernières pages, ou l’on propose une happy-end un peu trop classique.

 

 

Bastien, 1ère année Éd.-Lib.

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Published by Bastien - dans jeunesse
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