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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 07:00

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Guéorgui GOSPODINOV
L’alphabet des femmes
traduction
Marie Vrinat-Nikolov
Arléa, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce recueil de nouvelles a été publié aux éditions Arléa, mais n’est malheureusement plus édité. Arléa publie des grands classiques de l'Antiquité, qu'il s'agisse de textes grecs, latins, hébreux ou arabes, des premiers romans, des traductions contemporaines, des récits de voyage ou encore des contes de Noël.

Guéorgui Gospodinov est un auteur bulgare né en 1968. C’est un des auteurs les plus populaires de la jeune génération d’écrivains bulgares. Il a reçu plusieurs prix nationaux.

 « La critique élogieuse en a fait "l’enfant terrible" de la littérature bulgare, entre Borges et Woody Allen » M. Vrinat, préface, p. 7.

Ce recueil, comme beaucoup d’autres oeuvres bulgares, a été traduit par Marie Vrinat-Nikolov. Cette Française passionnée par la langue bulgare en a fait son métier. Elle ne se contente pas de traduire, elle retranscrit le style propre de chaque auteur, ce qui nous permet, à nous Français, de pouvoir goûter aux différentes écritures des Bulgares.


Ce recueil compte 22 nouvelles, entre anecdotes, tranches de vie et histoires à la frontière du fantastique. L’auteur joue aussi bien avec les mots qu’avec le lecteur. Une fin inattendue, un personnage incongru, une rencontre insolite, plus rien ne peut nous surprendre chez Guéorgui Gospodinov. La traduction laisse parfaitement transparaître le jeu d’écriture de l’auteur, sa mélodie, ses saveurs, ses couleurs. Les points de vue varient entre les nouvelles ; parfois on connaît le nom du personnage principal, parfois il reste un sombre inconnu.
 
Les nouvelles qui m’ont le plus marquée sont « Les états d’âme d’un cochon le jour de Noël », « Pivoines et myosotis », « Le troisième » et « L’alphabet des femmes ».



 « Les états d’âme d’un cochon le jour de Noël »

 Dans cette nouvelle, le personnage principal est un cochon, ou du moins son âme. En effet, c’est encore une tradition dans les campagnes bulgares que de tuer un cochon pour Noël. Perchée sur un arbre, cette âme de cochon observe son corps couvert de sang alors que les bouchers s'apprêtent à faire cuire ses oreilles dans la cendre. « C’est le premier amuse-gueule, et donc le meilleur », p. 100.

Elle va ensuite nous faire part d’à peu près tout ce qui lui passe par la tête, ses sentiments – bizarrement non-violents – pour les bouchers, son destin – Enfer ou Paradis, bien qu’elle penche plus pour la descente en Enfer – avant de quitter la Terre, de s’envoler.



« Pivoines et myosotis »

Un homme, une femme, une salle d’embarquement. Ils se connaissent depuis quelques heures et trois cafés. Des inconnus qui s’inventent des souvenirs communs, des bonbons déposés dans une boîte aux lettres, une nuit terrifiante dans un monastère, un emménagement, une jambe cassée. Puis un vieillard, on devine qu’il s’agit du même homme, 50 ans plus tard, toujours à l’aéroport, hésitant à retourner chez lui, auprès de sa femme.
 
Cette nouvelle, je l’ai lue à deux reprises. Chaque fois, elle m’a laissée avec un sentiment d’incompréhension. Les souvenirs partagés entre les deux étrangers sont-ils vraiment inventés ? Ou sont-ils les souvenirs réels de ce vieillard ? À la fin, il nous parle d’une femme à l’inaccessible jeunesse. Est-ce la femme de l’aéroport ? Ou une autre femme à laquelle il se serait marié, en dépit des souvenirs immortels de la femme de l’aéroport ?



 « Le troisième »

Elle se sent observée. Un œil qui ne la quitte pas, qui l’observe sans arrêt. Durant des jours, des semaines, elle n’ose pas en parler à P., son mari, qui se moquerait d’elle. Elle voit cette chose plus comme un œil que comme un homme, blanc et gluant. Puis au milieu de la nuit, elle se rend compte qu’il est entré en elle. P. ne comprend pas, elle oui. Bientôt, ils seront trois.



 « L’alphabet des femmes »

Quand Wilhelm retrouve Vilhelm, l’amant des lettres. On ne le sait pas encore, mais les lettres – de l’alphabet – sont les éléments centraux de la nouvelle, en plus des femmes. Ce sont ces passions qui vont réunir les deux hommes, forçant « Double V » à prendre contact avec « Simple V », l’écrivain, pour lui faire écrire son histoire.

Tout commence avec des biscuits en forme de lettres, confectionnés par la mère de « Double V ». Puis, avec son premier amour, Anna, démarre une étrange quête, le projet de sa vie. Ce qu’il veut, c’est l’alphabet tout entier. Il enchaîne les femmes, au gré de l’alphabet, avec différentes caractéristiques : la femme « B », par exemple, attendait un bébé. « Choisir une lettre, c’est perdre toutes les autres. Je voulais tout, l’alphabet tout entier ». « Double W », p. 25.

Il lui manque seulement deux lettres pour terminer son alphabet. « V » et « W ». On s’attend donc à ce que cela ait un lien avec « V », son ami écrivain. Seulement, non, ce que va lui demander « W », c’est qu’il finisse son histoire avec sa femme, Wilhelmina, la seule de la ville qui ne soit pas la fille de « W ».

Cette nouvelle est ma préférée. Elle est racontée avec beaucoup de légèreté, alors que l’histoire de « W » est pourtant bien sérieuse, tout comme sa demande finale. Par ailleurs, la fin de cette nouvelle est des plus inattendues, tout en étant très satisfaisante.

J’ai beaucoup aimé ce recueil dans son ensemble, même si certaines nouvelles arrivaient difficilement au niveau de certaines autres. Le ton léger de Gospodinov est très agréable, son écriture simple et efficace. La littérature bulgare, et plus particulièrement la nouvelle, est très peu connue en France, ce qui est assez dommage, car elle est très différente de ce que l’on peut trouver en général dans les librairies françaises. En effet, l’écriture de Gospodinov est pleine de jeux avec les mots écrits, mais aussi avec les non-dits qui peuvent être révélés en fin de nouvelle ou pas, ce qui laisse le lecteur intrigué et sur sa faim.


Margot, 1ère année édition-librairie

 

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Published by Margot - dans Nouvelle
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