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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 07:00

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Ce samedi 6 avril à L’Escale du Livre, deux auteurs de bande dessinée sont venus nous parler de la collection dans laquelle ils ont été récemment publiés chez les Requins Marteaux. Cette collection n’est autre que l’audacieuse « BD Cul » et les auteurs qui se sont prêtés à l’exercice sont Nine Antico (qui n’aime pas qu’on l’appelle Virginie) et Monsieur Guillaume Bouzard. Au cas où l’on serait passé à côté de cette collection un peu particulière, il peut être utile de voir ce qu’en disent les Requins Marteaux sur leur site :

 

« La collection BD CUL, originellement créée par Lisa Mandel, Cizo et Felder, se propose de remettre à l’honneur la BD de “genre“ dans un domaine ô combien intime : le CUL !

Cette collection permettra aux auteurs d’explorer leur libido en toute liberté tout en se confrontant à l’exercice imposé de la pornographie.

Ce travail sera, en tout bien tout honneur, dirigé par Cizo et Felder.

C’est à ces deux anciens collaborateurs de Ferraille Illustré que nous avons confié l’habillage et l’éditorial de la collection. La maquette et l’identité visuelle volontairement explicite (inspirée des BD de gare des années 70), permettront par la forme d’ancrer la collection dans la pornographie, laissant ainsi une plus grande latitude aux auteurs dans le fond.

La bd pornographique n’est que le point de départ, l’impulsion de cette collection.

La plupart des dessinatrices et dessinateurs ont une libido surdéveloppée mais une vie sexuelle quasi inexistante. 

Bd Cul devrait donc donner naissance à de magnifiques chefs-d’œuvre de la bande dessinée érotique. »

 

 

Nine Antico et Guillaume Bouzard présentaient respectivement leurs ouvrages I Love Alice et La Bibite à Bon Dieu. Le premier met en scène une jeune sportive fraîchement arrivée dans un petit village de province et rejoignant l’équipe de rugby féminine, dont les membres ont trouvé une façon bien particulière de fêter la 3ème mi-temps. Le second nous dévoile les méthodes tout aussi particulières qu’a le père Guillaume – curé lui aussi fraîchement arrivé dans un petit village – de transmettre à ses ouailles le dicton « Dieu est amour »…

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Rencontre.
Nine-Antico-I-love-Alice.jpg
Comment en êtes-vous venus à participer à cette collection ?

Nine Antico : Je partage le même atelier que Cizo et Felder. Ils m’ont demandé naturellement de participer à cette idée de livre-objet avec des fausses pubs, et j’ai accepté. Maintenant la collection commence à être connue et les auteurs demandent à participer.

Guillaume Bouzard : C’était un projet de longue date avec d’autres auteurs avec qui nous avions créé le blog Bdcul qui a duré un an ou deux. La collection a été lancée en suivant. C’est un exercice intéressant, le format est excellent, les rythmes de narration sont géniaux. L’idée était de faire de la BD comme un film de cul : deux pages d’histoire et huit pages de sexe.

N.A. : L’excitation sexuelle vient d’un bon dosage de frustration et d’exhibition, il n’y avait pas cette fonction dans mes autres livres, ça m’a demandé de vraiment bien penser mes moments clés.



Vous aviez tout de même l’envie de raconter une histoire ?

N.A. : Quand il n’y a plus que du cul, du cul et du cul, ce n’est même plus excitant, j’avais plus envie d’y mêler de l’humour. Peut-être pour me cacher un peu, je ne sais pas.

G.B. : J’étais parti sur l’idée de ne faire que du cul, mais l’histoire s’est montée d’elle-même. Dessiner exclusivement du sexe le rend vite super clinique. Je me suis d’ailleurs pas mal documenté sur quelques sites intéressants. J’ai perdu 15 kilos. Enfin bon l’histoire reste importante, d’autant plus que le format est très malléable et permet de faire durer ou de raccourcir les actions très facilement.



Vous aviez une contrainte de pagination ?

G.B. : Oui, 120 pages en gros. C’est en référence à ces petits pockets de gare, un peu sulfureux.



Vous avez dû vous documenter ?

N.A. : Je n’en ai pas eu besoin. Pour les gestes techniques du rugby, je suis partie de l’idée que mon équipe était mauvaise et ne ferait rien dans les règles de l’art. Pour les scènes de sexe, je suis restée fidèle à moi-même, très classique.

G.B. : Pas vraiment, j’avais un peu eu dans la main en tant qu’ado ces bouquins dont on parle. C’est un hommage aux fumetti en fait.

Guillaume-Bouzard-La-bibite-a-bon-dieu.jpg

Le format présente aussi quelques particularités… (Note : sur la couverture de I Love Alice, entre les fesses de la jeune femme se trouve une petite perforation dans la couverture. Pour la Bibite à Bon Dieu, un relief apparaît au niveau de la soutane du père Guillaume, ne laissant par sa forme que peu de doutes sur sa provenance.)

N.A : Oui, c’est toujours le cas sur les premiers tirages. Ca n’est pas de notre initiative, mais on nous le propose et on dit OK. Ça colle avec l’image de la collection.



Guillaume, toi tu mets en scène des femmes comme tout le monde, c’est presque du porno de terroir.

G.B. : Je vis à la campagne, donc je ne vois pas au quotidien des Américaines blondes et pulpeuses. D’ailleurs, je ne saurais pas quoi en faire, avant même d’en toucher une j’en mettrais partout ! Non non, je voulais dessiner de vraies femmes.



Nine, on entend pas mal dire de ton livre qu’il s’inspire de la sexploitation des années 70…

N.A. : Alors pas du tout. Plein de gens viennent me dire qu’ils trouvent des similitudes avec un vieux film que je n’ai même pas vu ! Ce serait plus « Sauvé par le gong » mais qui dérape, un univers un peu rétro… Je n’ai pas de référence particulière, peut-être MTV, les cheerleaders… L’idée d’une équipe de rugby est venue d’une illustration que j’avais eu à faire pour un magazine. J’ai voulu utiliser la symbolique du rapprochement des corps.



L’un comme l’autre, vous êtes-vous imposé des limites ?

G.B. : Pas de pédophilie. Je voulais plutôt faire des trucs qui me touchent personnellement. Sauf pour la page de double pénétration anale, ça c’est plutôt un truc que j’ai découvert sur internet. Dans le cadre de ma documentation. Le but n’était non plus de créer des polémiques.

N.A. : Je ne me suis même pas posé la question. J’ai juste fais attention à bien répartir les scènes de cul. S’il avait fallu faire plus long, j’en serais peut-être arrivée à mettre en scène des animaux, genre un berger allemand qui arrive par derrière, je ne sais pas.



On peut tout montrer en BD comme en littérature ?

N.A. : Oui.

G.B. : Non, enfin pas moi. Il y a la façon de faire, le talent…



Vous jouez beaucoup de la sexualité dans les mots, avec des doubles sens, tout ça est très chargé d’érotisme.

N.A. : L’humour n’empêche pas l’érotisme. Je suis pour l’humour partout.

G.B. : Je pense qu’il y a autant d’érotisme dans les regards, les paroles, que dans les actes. Je joue pas mal là-dessus c’est vrai, ça et l’humour qui est plutôt ma partie.



On dit que l’érotisme est le retardement de la pulsion et du désir…

G.B. : Bien sûr, bien sûr. Et puis c’est obligé pour la mise en scène. C’est quand même plus intéressant de faire durer.

N.A. : Pareil.



Il y a un jeu sur l’ellipse aussi. Avec toi Guillaume on ne voit pas dès le début les séquences de sexe.

G.B. : Moi j’ai juste dû lire un seul Manara quand j’étais plus jeune, j’ai un rapport plus naturel à tout ça. Et puis ça rendre aussi dans le cadre de la narration d’un album classique.

N.A. : Oui et puis même dans le porno il y a une répartition, une montée en puissance, un ordre même. D’abord le cuni puis la pipe, et après, enfin bon. J’ai essayé de faire quelque chose de bon enfant pour ma part.

G.B. : C’est le principe de la collection : l’auteur apporte sa vision de la chose. Il n’y a pas de message, c’est un exercice de style, l’appropriation d’un thème. Si en plus on peut y mettre des sentiments, c’est encore mieux.



Nine, ton histoire est un peu féministe, non ?

N.A. : Je ne l’avais pas pensée comme ça, mais finalement ça parle de femmes qui n’ont plus besoin des hommes. Donc effectivement c’est une orientation même si ce n’était pas un but que je m’étais fixé au départ.


Est-ce qu’il y avait un suivi éditorial comme sur un autre album ?

G.B. : Pas avec les Requins Marteaux, il y a une relation de confiance qui s’instaure. Pas de pression, pas de lectures. On nous donne des conseils si on en demande mais c’est tout. D’ailleurs je n’ai jamais eu de suivi éditorial, même ailleurs. Après, pour l’idée de départ, je n’aurais pas commencé ça de moi-même, mais c’est ma façon de travailler, jamais dans le vide.

N.A. : J’ai juste eu des retours de mes parents. Et aussi des retours un peu énervés d’autres personnes, qui se plaignaient que ce n’était pas excitant !

G.B. : Je n’ai pas eu de retours incroyables. Je ne l’ai juste pas offert à ma mère.



Tu n’as même pas eu de problèmes avec les catholiques ?

G.B. : Non, personne n’a l’air choqué pour l’instant. Après tout, « Dieu est amour », tout ça.



Vous envisagez des suites ? Sur une autre religion pour Guillaume par exemple ?

G.B. : Pas sûr. Les réactions pourraient être plus virulentes. Et une suite avec les mêmes personnages n’a aucun intérêt, ce serait une autre histoire ou rien.

N.A. : C’est dur de réussir à faire des trucs excitants. Un dessin sur deux que je faisais ne marchait pas. Là, c’était juste pour la collection, pour l’objet.

G.B. : Je pourrais refaire une histoire. Le rythme de création est rapide, je l’ai fait entre plusieurs jobs, presque comme une récréation. Ca m’a peut-être pris un mois et demi à temps plein. Mon dessin, un peu bâclé, vif, s’y prête bien.

N.A. : Je suis un peu dégoûtée car ça a été plus long pour moi. Rien que la création de l’histoire et du story-board m’ont pris un mois et demi, et au total j’ai dû y passer 7 mois dont 3 vraiment à plein temps. En fait ça fait beaucoup de temps pour un truc porno lu en cinq minutes aux chiottes… Ce qui me laisse un goût amer en fait…

G.B. : Après, « porno » n’est ni péjoratif, ni négatif, ce n’est pas forcément vulgaire, si ? Je n’arrive plus à savoir maintenant, j’ai passé trop de temps sur des sites pornos.

 

Difficile de ne pas être conquis par cette petite collection (six albums pour l’instant) qui, on l’aura compris, n’est pas vraiment un refuge de pornographes purs et durs. Les formats compacts à la maquette soignée sont même plutôt séduisants, avec leurs couleurs effet rétro et des polices à la Orange Mécanique de Kubrick. On attend impatiemment de connaître les prochains auteurs qui voudront bien se plier aux contraintes de cet exercice.

Enfin, il aurait été dommage de ne pas profiter de l’Escale du Livre pour se faire dédicacer le chef-d’œuvre de Bouzard !
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Paul, 2ème année bibliothèques

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