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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 07:00

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Guillaume TROUILLARD
Colibri
Éditions de la Cerise, 2007
   



 

 

 

 

 

 

 

 « Seulement quand le dernier arbre aura été coupé, quand le dernier fleuve aura été empoisonné, quand le dernier poisson aura été attrapé ; alors seulement vous verrez que l’argent ne peut pas être mangé ».

C’est par ce proverbe des indiens Cree qu’est introduit « Colibri », bande dessinée de Guillaume Trouillard.

Ce proverbe annonce une bande dessinée empreinte d’un engagement certain de l’auteur contre l’absurdité humaine en matière écologique et résonne comme un appel à la sauvegarde de la planète. Plus qu’une simple bande dessinée poétique, Colibri se présente donc comme une œuvre politique. En racontant la vie de plusieurs personnages à l’intérieur d’une mégalopole, Guillaume Trouillard dénonce aussi d’autres excès de la société.

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La ville tentaculaire
   
Il faut savoir que l’auteur de la BD, Guillaume Trouillard, est parti en Chine pendant quelque temps afin de voir, étudier et dessiner le changement de société qui s’y produisait. C’est pourquoi la mégalopole dessinée dans cet album ressemble fortement aux grandes cités chinoises, comme la ville de Shanghai. La ville tentaculaire que l’on peut admirer dans Colibri est donc une sorte de témoignage de ce séjour, un regard horrifié sur la rapidité à laquelle le monde urbain change, se transforme très souvent au détriment de la nature. Cette dernière est comme prisonnière de la ville, à l’image de l’Eden Plaza, qui enferme cette jungle artificielle désinfectée par d’étranges hommes en jaune, ou encore de l’Oriental Plaza, avec sa pêche en aquarium et sa piscine à vagues où sont jetés de vrais morceaux de fruits de mer…
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La nature apparaît d’ailleurs très rarement : on découvre une jungle en introduction, avec en son cœur, un batteur qui frappe de toutes ses forces avant de s’écrouler sur son instrument. Ce batteur qui s’effondre pourrait être une allégorie de la mort, avec le cœur qui s’affaiblit jusqu’à s’éteindre. La nature est aussi représentée dans ces pages où des animaux se révoltent contre la destruction humaine de la forêt par des bulldozers. Mais là aussi, elle perd face à la force humaine.
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Enfin, la ville change toujours pour paraître plus forte, plus puissante : ainsi, les gratte-ciel et autres buildings prennent le pas sur les petits bistrots et autres commerces de quartier.



Aliénation des citadins
 
Au-delà d’une dénonciation de la ville en elle-même, Guillaume Trouillard s’attaque aussi dans cet ouvrage à l’absurdité, parfois même la folie, de ses citadins. Mais ceux-ci apparaissent davantage comme les victimes des mauvaises conditions de vie urbaine que comme les coupables. Victimes de la surpopulation, et de tous les maux qu’elle engendre. Dans une vignette, un personnage s’exclame :  « Des millions à s’entasser dans cette foutue ville et pas un chat dans les rues », soit : beaucoup d’hommes mais finalement peu d’humanité. Toujours dans cette même idée, il s’exclamait un peu plus tôt : « La merde ! C’est tout ce qu’il reste d’humain ici ! ». Le même personnage en vient même à comparer la race humaine à des bêtes : « On en est rendu à vivre comme des fourmis ». Enfin, un peu plus loin, il récidive, de façon plus explicite cette fois-ci : « Il y a trop d’hommes sur terre ».

Ce qui est le plus déprimant, c’est que cette surpopulation n’empêche pas la solitude chez les hommes et crée chez eux une effrayante indifférence, même face à des monstruosités, comme cette femme qui brûle dans le métro sans que personne s’en inquiète réellement. Cette foule les rend inexorablement tristes, sans vie, comme invisibles. Guillaume Trouillard ne se retient pas de montrer les plus vilains défauts de ces personnages, tels l’hypocrisie, avec cette planche où l’on peut voir un personnage courir puis s’effondrer avant de se goinfrer d’une barre chocolatée ; mais aussi le besoin de posséder toujours plus que son voisin, comme avec les voitures par exemple (p.14). L’auteur aime aussi grossir certains traits de personnalité pour en faire ressortir toute l'absurdité : les indigènes, doués de réels talents (picturaux par exemple), deviennent des bêtes de foire ; et les policiers s’adonnent à des contrôles sans intérêt, en prenant la température des gens et en écartant ceux qui sont trop fiévreux.

Autre sujet de dénonciation, très présent dans Colibri : la surconsommation et la « surcommunication ». Tout au long du livre, on retrouve des affiches publicitaires (qui à bien y regarder se moquent ouvertement de leurs produits), comme on en trouve beaucoup en Asie orientale. L’auteur se moque aussi dans une planche du suremballage des aliments.

À travers toutes ces thématiques, Colibri pose donc la question de savoir si cette expansion humaine est encore souhaitable, alors que les conditions de vie sont de plus en plus déplorables. Même si cet ouvrage est plutôt déprimant, avec un final assez cauchemardesque (un crash de voiture), il faut aussi en retenir une ode à l’écologie et aux peuples premiers. Enfin, le mot « Colibri », qui désigne le plus petit oiseau au monde, pourrait représenter de manière symbolique l’étouffement de la nature au milieu de l’expansion et du désastre urbains.

trouillard colibri ville ensemble

Le travail du dessinateur

Trouillard, pour l’élaboration de Colibri, s’était fixé comme objectif l’improvisation : seule l’introduction et la conclusion étaient déjà présentes dans sa tête. La bande dessinée se présente alors comme un long plan-séquence, contenant effectivement des fragments de vie a priori sans lien, mais qui cherchent à montrer un univers, une époque aussi cauchemardesque que destructrice.

C’est ainsi que malgré son format assez « conventionnel » (album cartonné en couleurs), cette bande dessinée, par son récit éclaté, étonne par son originalité. Dans un entretien, Guillaume Trouillard explique qu’il a utilisé la technique de l’aquarelle, car elle lui semblait la plus appropriée pour faire ressortir ce grouillement, cette oppression qui caractérise la mégalopole. Au niveau des couleurs, il a bien évidemment rejeté les couleurs saturées et criardes, et a privilégié des couleurs ternes, comme le marron. Pour le dessin, il ne se contente pas d’un seul style particulier, comme dans une BD traditionnelle, il l’adapte à la situation donnée. Comme par exemple, aux pages 25 et 26 : un dessin plutôt enfantin pour évoquer un souvenir, un rêve, une envie d’un personnage. Ou encore aux pages 32 et 33, qui représentent le dépliant d’un espace de fitness.

Mais ce qui est frappant et vraiment très intéressant dans cette bande dessinée, c’est qu’elle est beaucoup plus picturale que textuelle : l’image se suffit à elle-même pour narrer l’histoire. Pour Guillaume Trouillard, ce n’est pas forcément la succession des images qui fait sens, mais l’image en elle-même.
 


En plus
 
Colibri a obtenu le Prix BD des lecteurs de Libération en 2008.

Guillaume Trouillard, qui est aujourd’hui bordelais, a créé, dans sa dernière année aux Beaux-arts à Angoulême, les « éditions de la Cerise », qui lui permettront de publier certains de ses amis et lui-même. Chaque année, on peut retrouver avec plaisir chez cet éditeur la revue collective « Clafoutis ». Nous en sommes à la 4ème édition en 2012. On peut également retrouver l’auteur à ses concerts dessinés, avec son frère musicien Antoine Trouillard. Ils étaient d’ailleurs présents à la 10ème édition de l’Escale du livre, à Bordeaux.

Site internet des Editions de la Cerise : http://www.editionsdelacerise.com/


Quentin, 1ère année bib.


 

Guillaume TROUILLARD sur LITTEXPRESS

              

   Colibri--couverture.jpg

 



 

Entretien de Nolwenn avec Guilaume Trouillard

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation par Charlotte des éditions de la Cerise.

 



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Published by Quentin - dans bande dessinée
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