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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 07:00

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Haruki MURAKAMI
La Fin des temps
,1985

Seuil Points, 2001

Seuil Cadre vert, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque à l’université de Tokyo, avant de vivre en Europe  puis à Princeton aux Etats-Unis où il enseigna la littérature japonaise.

En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au Japon.


Il fut le traducteur japonais de célèbres écrivains tels que Francis Scott Fitzgerald, John Irving…

Son premier livre, Écoute le chant du vent, en 1979 remporta le prix Gunzo.


Ensuite, il publia entre autres La Ballade de l’impossible (1994), L’Éléphant s’évapore (1998), La Course au mouton sauvage (2000), Chroniques de l’oiseau à ressort (2001), Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (2002), Les amants du Spoutnik (2003), Kafka sur le rivage (2006), Saules aveugles, femme endormie (2008) et Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (2009).




Résumé

Le récit de deux hommes, de deux vies. Le premier est un informaticien, engagé par un vieux savant pour une opération mentale secrète. Il découvre rapidement qu’il est la cible d’un complot et se plonge dans une course effrénée pour comprendre : il a subi une manipulation neurologique et, par une erreur irréversible, le monde réel disparaît pour laisser place à un monde qu’il crée de toutes pièces.  


C’est alors qu’il se réveille un jour dans une petite ville étrange entourée d’une muraille infranchissable. Son ombre  a été séparée de lui et réside sur la Place des ombres jusqu’à sa mort.


Il est nommé « liseur de rêves », tâche unique au village, qui lui demande d’observer attentivement des crânes de licornes pour s’imprégner des vieux rêves. Au commencement, les deux histoires sont apparemment différentes mais peu à peu, elles se confondent pour finalement ne faire plus qu’une, nous plongeant à la frontière entre le réel et  le merveilleux.

La Fin des temps est fondée sur l’alternance de deux récits. L’un s’intitule « Pays des merveilles sans merci », l’autre s’intitule « La Fin des temps ».


Le merveilleux s’installe rapidement dans la partie « Pays des merveilles sans merci ».


Le personnage, qui est le narrateur, doit rencontrer un vieux savant dans son laboratoire de la ville de Tokyo. Pour cela, et de façon tout à fait rationnelle, il accède à un immeuble de la ville.


Le surnaturel intervient dans la banalité du quotidien lorsqu’il emprunte un ascenseur qu’il trouve extrêmement lent. Il est entré en contact avec le vieux savant afin d’opérer à un shuffling. Son employeur, une société surpuissante aux moyens technologiques incommensurables, a modifié sa conscience afin qu’il soit capable de brouiller des données secrètes par sa seule capacité cérébrale, échappant ainsi aux  pirates de la société concurrente Factory.


Il est reçu par une jeune fille, « grassouillette », toute vêtue de rose, dont il ne comprend pas les paroles. Elle parle sans émettre de sons. La petite fille du savant lui fournit des vêtements étanches et le fait pénétrer dans une petite cavité plongée dans l’obscurité. Elle le guide : «
Il y a une rivière qui coule là-dedans…en suivant l’amont de la rivière, vous arriverez à une grande chute d’eau. A ce moment-là, faufilez-vous simplement dedans. Le cabinet de Grand-père se trouve juste derrière » et le prévient sérieusement de ne quitter son chemin sous aucun prétexte. Il parvient à retrouver le scientifique.  Ce dernier lui apprend qu’il a baissé le son vocal de sa petite fille et qu’il estime son invité chanceux d’avoir échappé aux ténébrides : monstres-poissons répugnants qui peuplent les sous-sols obscurs de la ville.


Le narrateur en visite chez le vieux savant comprend peu à peu qu’une mauvaise manipulation cérébrale a été commise par la société qui l’emploie. Dépassé par cette anomalie systémique de dédoublement des pensées au sein de la conscience, le narrateur apprend qu’il n’a que quelques jours avant de ne plus tenir compte de sa propre pensée, ses propres actions et ses paroles.


Inévitablement et irrémédiablement, tel un schizophrène, il sera soudainement plongé dans un monde imaginaire qu’il sera le seul à vivre, en « toute conscience » ; un monde peuplé de licornes, au sein d’une cité entourée d’une muraille.

Second récit de La Fin des temps. En arrivant dans la ville murée, le personnage, lui aussi narrateur, découvre les licornes, leur pelage doré changeant au fil des saisons, leurs sorties de la ville chaque nuit.


Il rencontre le gardien de la cité, un homme sinistre, impressionnant par sa force physique, sa position au sein de la cité et tous les objets tranchants qui peuplent sa demeure. Ses propos sont formels : il suit le règlement, ne s’étonne plus de rien et aime la normalité et la banalité qui rythme la vie de la ville. A la bibliothèque, l’homme rencontre une jeune fille qui l’accompagne dans ses lectures des rêves. Elle lui explique comment se créent les vieux rêves : lorsqu’une ombre meurt, son propriétaire humain est privé de son cœur. Les cœurs sont aspirés par les licornes et renaissent sous forme de vieux rêves à travers leurs crânes.


Le narrateur est plongé dans une cité « parfaite » où les hommes et les femmes vivent en paix, pour l’éternité. Séparés de leurs ombres, ils ne ressentent plus ni amour, ni haine, et n’ont plus de mémoire.


Il explore la cité, et rend visite à son ombre qui a prévu un plan d’évasion pour eux deux. Il refuse de s’évader de la cité avec son ombre au moment où l’autre personnage (l’autre partie de lui-même) perd connaissance pour plonger dans son propre monde (pays des merveilles sans merci). Pour le personnage, c’est à la fois la fin d’un cauchemar et la fin d’un rêve, la course est finie, tout s’arrange et se pose enfin. L’un choisit délibérément de rester dans la cité (le monde subconscient), l’autre n’est pas mécontent d’y entrer.

Que ce soit dans  un récit ou dans l’autre, le quotidien prend une place importante. Ennuyeux, il dérive soudainement pour laisser place à l’imprévu, à l’onirique mais aussi à l’incompréhension du lecteur et du narrateur.


Dans sa course contre les pirates et pour comprendre pourquoi il se fait agresser et torturer, le narrateur est surpris par certains éléments qui interviennent : le son coupé de la jeune fille, le crâne en cadeau, les souterrains de Tokyo qui contiennent un sanctuaire de ténébrides admirablement taillé dans l’obscurité, les cratères géants, les sangsues…


Le flottement entre fantastique et le réel est permanent, mais n’entrave pas la conscience du personnage principal. Il sait que sa guérison est impossible. Courageusement, il accepte sa « mort », il renonce à la vie normale des « vivants », d’autant plus qu’il ne ressentira plus le besoin d’alcool pour pallier son anxiété. Sa perte de conscience est comme bienvenue. Elle est le signe d’une renaissance, et comme une récompense et un repos tant désiré ; un accès à la liberté et au rêve.


Comme touché par une fatalité bienheureuse, il vit la vie « réelle», détendu, pendant les quelques jours qui lui restent. 


« La vie éternelle – j’essayais de réfléchir à ça. L’immortalité. J’étais en route pour l’immortalité, avait dit le professeur. La fin de ce monde, ce n’était pas la mort, mais une nouvelle transformation, et là je deviendrais enfin moi-même, je pourrais retrouver toutes les choses que j’avais perdues autrefois et celles que je continuais à perdre maintenant… Pourtant, les paroles du professeur ne trouvaient aucun écho en moi, elles étaient trop abstraites, trop vagues… et puis que pensait un immortel de sa propre immortalité ? ».

 


Questions sans réponses


Face au gardien de la cité, l’homme s’interroge :

 

« Pourquoi rassembler les bêtes au crépuscule pour les faire sortir de la ville, et les faire entrer à nouveau le matin ? lui demandai-je quand il eut repris ses sens.
Il me fixa un moment d’un regard vide de toute émotion.
– Parce que c’est comme ça, répondit-il. Je le fais parce que c’est comme ça. Tout comme le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest ».


« Ben, les vieux rêves, c’est les vieux rêves … Tu peux me poser les questions que tu veux, mais c’est moi qui choisis si je veux te répondre ou pas, dit le gardien en croisant les mains sur sa nuque. Dans le tas, il y en a aussi auxquelles je ne peux pas répondre. En tout cas, à partir de maintenant tu vas aller tous les jours à la bibliothèque et lire les vieux rêves. »


Rien n’est clairement expliqué dans La Fin des temps, même les raisons de la perte de conscience du personnage sont extrêmement complexes.


Cependant, nous espérons des réponses au fur et à mesure de la lecture. Les personnages eux-mêmes ne semblent pas désirer de réponses. Nous nous questionnons : que se passe t-il ? Pourquoi la ville est-elle murée ? Pourquoi les ombres sont-elles enfermées ? Dans quel but lire les vieux rêves ?  Pourquoi y a-t-il une guerre entre les deux puissantes sociétés ? D’ailleurs, on ne cesse de s’interroger sur le sens de ce conflit : est-ce pour des avancées neurologiques, pour de simples recherches scientifiques, ou alors, pour la simple destruction de l’espèce humaine face à la Machine surpuissante. La Fin des temps est à la fois une réflexion, un questionnement permanent, et une mise en garde contre la toute-puissance de l’informatique et la manipulation qu’elle exerce sur l’Homme.


Comme les personnages, en tant que lecteurs, nous finissons par nous résigner et accepter que tout ne s’explique pas toujours.



« Sociétés » : Pays des merveilles sans merci et Fin des temps vs Japon


Les deux sociétés (l’une réelle, l’autre subconsciente) dans lesquelles évolue le personnage sont violentes. L’une suppose un complot et un désintéressement des sociétés technologiques pour l’éthique et la race humaine, ainsi qu’une population souterraine de ténébrides répugnants et terrifiants, inconnue des habitants de la ville. L’autre est une société à huis-clos, mystérieuse et malsaine.


La Fin des temps ne fait référence à aucune culture particulière, et de façon étonnante, à aucun signe de la culture et du passé historique du Japon. Cependant, le Japon est repérable dans la forte présence des technologies de pointe. Il échappe encore quelque peu à la logique occidentale, mais l’évolution technologique et économique fulgurante en a fait un pays moderne.


Les entreprises System et Factory décrites dans le récit, surmanipulent la population par des outils technologiques invraisemblables dont les dégâts sont irréversibles. Tout est possible, jusqu'à l’incroyable.


À de nombreuses reprises et soudainement, le personnage se raccroche à des souvenirs de films et par mélancolie, fredonne ou réécoute certains artistes :
« Je mis la cassette de Bob Dylan sur la stéréo et passai un long moment à essayer toutes les manettes du tableau de bord en écoutant Watching The River Flow ».  La culture occidentale est uniquement présente dans le texte par des références précises à des écrivains, des chanteurs anglo-saxons (Duran Duran, I Go To Pieces de Peter et Gordon…), des films et acteurs de légende (Henri Fonda dans L’Homme au colt d’or, Lauren Bacall…). Ces références sont une sorte d’échappatoire à la violence de l’aventure éprouvante que le personnage vit contre son gré. Un moyen de dédramatiser sa situation, et le fait qu’il va « mourir ». 


Comme si Haruki Murakami improvisait au fur et à mesure qu’il écrit, on se demande s’il ne va pas se perdre dans la dimension merveilleuse et fantastique de son récit. Il le  mène dans les retranchements du rêve, en utilisant le loufoque, l’audace et une imagination fabuleuse.


Anne-Cécile, A.S. Éd.-Lib.

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Published by Anne-Cécile - dans Réalisme magique
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