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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 19:00
helene-bessette-ida-ou-le-delire.gif










Hélène BESSETTE
 Ida ou le délire
,
Gallimard, 1973,
Réédité aux Ed. Léo Scheer, 2009,
Coll. Laureli








« Ida. Regardez pas vos pieds comme ça ».
Regardait ses pieds et pas le camion.
Meurs écrasée. Au commencement.
Triomphe total.



Elle regardait trop ses pieds Ida. Maintenant, morte, elle dérange.

Ils la racontent tous. Ses employeurs, des connaissances lointaines. Habitués à la voir. Tête baissée, bouche fermée, plantes arrosées. Docile Ida.
Il y a quelque chose de dérangeant. Comment a-t-elle pu mourir ?

Ils ne comprennent pas. Sa mort. Ida. Humble, qui regardait ses pieds par refus de ce monde extérieur. A choisi de ne pas être comme eux.
Ressentent cette différence. Alors imposent à Ida une autre identité. Lui déposent un voile. Plutôt que de voir sa vérité.

Monde prétentieux. Profit. Goût de la richesse. Hiérarchie et cacophonie. Univers d’égoïsme. Conventions, cruauté, indifférence.
Dialogue de sourds entre les personnages. Ils ne s’écoutent pas. Ne se comprennent pas. Se lamentent. Se cachent à eux-mêmes la vérité. La sentent mais leur fait peur.

Ida regardait ses pieds : pleinement elle. Conscience totale de son essence, de son moi.

Elle triomphe quand même. De ce que les autres croyaient la dominer.
Elle triomphe quand même. Par sa mort. Inattendue pour un personnage ordinaire.
Eux détestent l’imprévisible. Détestent se tromper. Se retrouver face à la puissance de la mort. Dénués.

Ida est morte. Ida est morte.
Coupable de la pauvreté.
Coupable de ne pas être propriétaire.

L’objet Ida leur appartenait. Elle était difficile à comprendre. « Comme si elle était fausse ».
Ida échappait. N’est plus la propriété que de la mort à présent, que de la nuit.

La Nuit. « Je suis un oiseau de nuit ». Ida, la nuit, elle est ce qu’elle est, et pas ce qu’on veut qu’elle soit, ou qu’on essaie de lui faire croire. La nuit. Vertige fou. Question de l’identité.  Ida n’est plus. « Ne plus savoir qui je suis ». Elle s’en fout. C’est ça la paix.



Le délire. Sa fièvre qui l’habitait.
Le délire de ne regarder que ses pieds, de ne pas avoir vu le camion, de se prendre pour un oiseau de nuit, de refuser, de faire semblant, de triompher avec la mort.

Un peu le personnage d’Hélène Bessette. Furtif, discret. N’en pense pas moins.
Mort de Bessette, dans l’indifférence, sans la reconnaissance d’une œuvre, d’un être pleinement soi avec ses mots.

Dans un phrasé brutal, l’auteur dit l’ineffable. La difficulté d’être. La violence inavouée face à l’autre.
Limpide, dynamique. Bessette crache ses mots, sa vérité. Sans points. Avec trous dans la page. Langage perforé par sa poésie.

bessette 2


Hélène Bessette (1918-2000) formera le Gang du Roman Poétique. Publiée chez Gallimard, elle écrira Lili pleure (1953), MaternA (1954), N’avez-vous pas froid (1963) Suite Suisse (1965), le Résumé (1969) et bien d’autres…





Lien
http://www.leoscheer.com/comm_bessette.pdf

Chloé, 2e année Bib.


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