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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 07:00

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Hélène Perret, Eddie Ladoire (conception et création sonore)
Judith Gars (voix, lecture)
Spectacle « Les bruits du dehors »
à l’Oara (Bordeaux)

le 6 décembre 2012.

 

 

De l’obscurité jaillit une flamme. À la flamme succède une volute de fumée accompagnée d’une soudaine lumière dévoilant la silhouette d’une jeune femme, à demi allongée sur le sol. De cette attitude et ce visage se révèle une douce naïveté mêlée à la maturité surjouée de l’adolescence. De l’incandescence de la cigarette embaumant la salle s’ensuit la rupture, crue, du silence par les mots de Marguerite Duras qui sortent de la bouche de cette jeune femme.

Les bruits du dehors, « création sonore, cinéma pour l’oreille ou série d’images phonographiques » d’Hélène Perret et d’Eddie Ladoire avec la voix de Judith Gars et textes de Marguerite Duras, nous amène ce jeudi 6 décembre 2012 à l’Oara Molière-Scène d’Aquitaine dans le cadre du festival Ritournelles, à voyager au travers de sonorités comme matière visuelle pour éprouver les extraits d’Un barrage contre le Pacifique, L’Amant, L’Amant de la Chine du nord.

Le grain chaud d’un vinyle de jazz nous transporte lentement vers Saigon où l’insouciance laisse peu à peu place à l’angoisse, la claustrophobie de la garçonnière, bourdonnement accompagné de l’errance de la jeune femme au sein de la pièce. Assourdissement violent, bruits de rails, confusion, références au « vacarme continu de la ville, embarquée dans la ville, dans le train de la ville. »

S’ensuit une accalmie toute relative, hypnotique par la redondance de vibrations mimant le vertige et le malaise, des enregistrements de voix qui ressemblent à des murmures au creu de nos oreilles, fantomatiques et dérangeants. « Sur les stores on voit les ombres des gens qui passent dans le soleil des trottoirs. […] Les claquements des sabots de bois cognent la tête, les voix sont stridentes […]. »

La jeune femme reste figée face à cette fenêtre invisible, inquiète : « Aucun matériel dur ne nous sépare des autres gens. Eux, ils ignorent notre existence. » Pendant qu’une odeur d’encens se propage insidieusement dans la salle, « des odeurs de caramel arrivent dans la chambre […]. »

Un silence nous accompagne vers un nouveau dehors, celui de l’environnement de la maison de la mère, personnage implicitement introduit par un son s’approchant du tonnerre, inattendu et féroce,  qui abat la jeune femme, recroquevillée.

Et doucement la nostalgie reprend le dessus tirée par la main d’une légère mélodie au piano, accentuant ce sentiment contradictoire au sujet de sa mère : « Ma mère, ça la prend tout à coup, vers la fin de l’après-midi, surtout à la saison sèche, elle fait laver la maison de fond en comble, pour nettoyer elle dit, assainir, rafraîchir. » Tableau suggéré par des sons d’eau, d’écoulements lents et rapides : « La maison tout entière embaume, elle a l’odeur délicieuse de la terre mouillée après l’orage, c’est une odeur qui rend fou de joie, surtout quand elle est mélangée à l’autre odeur, celle du savon de Marseille, celle de la pureté, de l’honnêteté […]. » La jeune femme vogue de part et d’autre de la scène, comme libre et insouciante, zigzaguant entre les filets d’eau que nous imaginons ruisseler sur la scène sous ses pieds.

Lentement elle semble reprendre ses esprits, met sa chaussure à talon, hésite, met la seconde, puis son chapeau, enfile son manteau et ouvre son parapluie pour se couvrir de la pluie qui arrive, qui annonce l’humidité de la forêt, la forêt interdite.

Le spectateur est alors plongé dans le noir complet, l’esprit envoûté de chants d’oiseaux, de la jungle, les grosses gouttes d’eau cognant les feuilles des arbres.

Ce spectacle se révèle donc surprenant et intéressant, traduction auditive et sensorielle personnelle qui se confronte avec notre propre approche de cette lecture objectivement commune mais subjectivement différente.


Bruno, AS bibliothèques-médiathèques

 

 


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Published by Bruno - dans EVENEMENTS
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