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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 07:00

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Henri GOUGAUD
L’homme qui voulait voir Mahona
Albin Michel
Points, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

henri-Gougaud.jpgHenri Gougaud est né tout près de Carcassonne en 1936. Sa jeunesse a été marquée par la guerre ;il fait sa scolarité en élève moyen et, après son baccalauréat, part pour Toulouse étudier les lettres modernes. Poète dans l’âme, il se passionne très vite pour une « littérature d’illettrés », l’univers du conte et de la langue occitane, des récits sans auteur qui ont voyagé grâce à la tradition orale.

Dans la même ville, il débute sa carrière de compositeur-interprète, continue jusqu’à Paris où il arrête la musique et devient parolier de chansons pour Jean Ferrat, Juliette Gréco et Serge Reggiani entre autres.

En 1969, après les « événements » de mai 68, il crée avec des amis une maison d’édition, Bélibaste, qui publie des textes de tendance anarchiste. Il est aussi homme de radio à France Inter.

Aujourd’hui, c’est une figure majeure dans le monde du conte et il consacre aussi une partie de son temps à l’écriture de romans. Il sait sans aucun doute nous transmettre son amour des mots.

La première question que l’on se pose quand on lit le titre est : qui est ce Mahona ? Bien avant d’ouvrir le livre, s’éveille en nous l’envie de découvrir qui se cache derrière ce nom.

Le récit est conduit du point de vue d’Alvaro Nuñez Cabeza, à la première personne ; celui-ci écrit son histoire à son fils : « À vous, mon fils, l’entière vérité. À vous mes fatigues, mes désespoirs, mes naufrages, mes renaissances, ma force et ma mémoire. ». Il raconte un peu ses origines et beaucoup sa rencontre avec sa mère indienne, Maïna. C’est une écriture plutôt proche de nous qui nous met à la place du fils et la facilité avec laquelle on entre dans le roman est sans nul doute due à l’oralité naturelle du conteur qu’est Henri Gougaud. Le point de vue interne entraîne inévitablement une position d’écoute, d’attente du lecteur qui sent que les personnages en savent plus que lui.

Celui qui voulait voir Mahona raconte l’épopée de sept cents conquistadors espagnols partis aux Amériques, plus précisément en Floride, prêcher la bonne parole et trouver de l’or. Mais autant la cruauté de l’homme que la colère de la Nature feront que de ce voyage seuls deux hommes survivront : Alvaro et Esteban, ancien esclave.

Alvaro nous raconte sa vie en trois parties : la première relate son voyage en mer et l’arrivée sur les nouvelles terres. La deuxième commence en même temps que sa nouvelle vie indienne. Enfin, la troisième parle du dernier village où lui et ses compagnons ont vécu et son retour en Espagne. Parfois, certains chapitres écrits en italique sont les prises de « parole » de Maïna, l’épouse d’Alvaro.

Avant d’entrer un peu plus en détail dans l’histoire, il est important de souligner que même si le fil conducteur du roman est la vie du narrateur, sa construction insère en permanence contes, légendes, vies racontées et aventures vécues (contes païens, conte de « l’Esprit du Soleil », amour d’Illa pour Andrés, de Maïna et Alvaro, de Fahima et Esteban, histoire du trésor caché, mort d’Andrés, vie de feu Zio, frère de Fahima, vie royale de la princesse appelée maintenant La Mauvaise).

La première partie est en quelque sorte un très grand incipit, du moins elle en a la fonction. On découvre les mensonges racontés aux soldats pour justifier le traitement inhumain et injuste qu’ils infligent aux Indiens. Seul le frère Juan, torturé par les atrocités commises, semble prendre à cœur et en pitié le sort des autochtones et agit en leur faveur mais malheureusement il meurt assez vite, événement qui clôt la première partie.

Dans cet épisode, Esteban possède la particularité de ne s’adresser aux autres qu’en racontant de petites histoires. Il est l’esclave de Dorantes Andrés, un ami de jeunesse et frère d’armes d’Alvaro : « C’est un compagnon d’assez bon aloi. Il parle souvent de la vie, des étrangetés du monde par dictons, contes ou proverbes, ce que je trouve plaisant, quoique saugrenu. Ses silences sont quelquefois d’une remarquable insolence, ce que j’admire mais réprouve. […] – Il est vrai que les contes sont de très serviables compagnons, fils d’Adam, mais crois-en le nègre qui te parle, personne, pas même le roi d’Espagne, ne peut faire d’eux des esclaves. »

Les hommes de religion sont présentés comme des êtres sans cœur :

« il nous déclara que la totale extermination des infidèles était la condition première du très désiré retour du Christ sur la terre. Après quoi, cognant l’air du poing, il nous affirma que les peuples indiens étaient les descendants de Caïn le maudit, […] ce moine à la figure aiguë nous dit qu’ils étaient des sauvages cannibales peu distants des animaux, et qu’il convenait d’être avec eux de la plus impitoyable et constante cruauté afin de ne point leur laisser le moindre loisir de supposer qu’ils étaient des hommes. ».

Les soldats eux ne cherchent que l’or qu’on leur a promis. Ce sentiment de supériorité face à ces « sauvages » n’est finalement que l’expression du pouvoir qu’a la religion sur les hommes et puis aussi la peur de toutes ces nouvelles vies.
Mais finalement, il va y avoir un renversement de situation dans la deuxième et troisième partie : l’Espagnol fort et aveuglé va devenir un être impuissant et aveugle ; la leçon n’a pas été donnée par ceux qui venaient du « ciel d’en bas » (la mer) mais par ceux nommés sauvages. « Ici commence la périlleuse errance d’Alvaro Nuñez Cabeza de Vaca votre père qui s’en fut conquérant et revint désarmé. »

Les thèmes qui reviennent constamment sont la quête d’un trésor, la religion ou plutôt la croyance, la foi, qui tient une place quasi constante tout au long du récit, et la Vie, son essence et ses différentes formes. D’autres thèmes sont aussi présents et importants comme l’Amour, la modestie, l’ignorance, la générosité, la peur, l’espoir, beaucoup de sentiments humains qui sont revisités. Chaque fois, le thème est abordé sous différents points de vue et présenté de différentes manières afin que chacun puisse à sa manière se (re)trouver.

Dans ce roman il y a sans cesse une remise en question de la présence de l’être humain, de ses sentiments, de ses actes : qu’est-ce véritablement que la générosité ? La richesse ? Que lui faut-il pour sa survie ? A-t-on nécessairement besoin de chercher une réponse à tout ? Existe-t-il une seule et unique manière de croire au même Dieu ?

Toutes ces questions sont posées dans le roman et Alvaro nous donne les réponses que sa vie en Floride lui a apportées. De plus, il nous montre comment l’Espagnol aurait pensé et comment l’Indien agit. Une des premières choses qui lui ont sans doute fait comprendre la manière de vivre des Indiens est la question de la possession : l’Espagnol n’est riche que s’il possède beaucoup d’or, des esclaves, des terres, s’il fait partie de la cour du Roi. Un Indien n’est riche de presque rien : ce qu’il a, il le donne pour remercier ou simplement pour l’offrir.

Dans la deuxième partie du livre, Alvaro nous raconte qu’il est un guérisseur : par trois pater récités auprès du souffrant, la vie revient à celui qui la croyait partie. Pour le remercier de ce miracle accompli, les Indiens vont lui offrir tout ce qu’ils estiment de grande valeur : du maïs, des vêtements, de la viande …

« Je voulus acheter le mulet de Zio. Le chef de la tribu refusa de le vendre. Je lui offris ce que j’avais de peaux de cerfs et de colliers, rien à faire, il repoussa tout, offusqué de mon insistance. Comme je lui tournais le dos et m’éloignais sans autre mot, il me courut derrière, il m’agrippa la manche. J’en fus surpris. Tulque me dit : - Il te donne la grosse bête. Comprends donc, il était fâché de ne pas pouvoir te l’offrir. ».

La simplicité de l’homme, sa manière d’être à nu, d’être pauvre, ignorant le rend fort et c’est ce qui fait que les Indiens sont finalement des êtres intelligents, riches de ce qui leur est offert et qui savent rester modestes et humbles.

Pour revenir à une des premières questions posées (qui est Mahona ?), les Indiens répondront que c’est le créateur du monde et ils l’appellent aussi « l’Esprit du Soleil » . seules quelques rares personnes l’ont vu comme Tulque par exemple, le frère de Maïna et Alvaro.

Dans ce roman, il y a une leçon de morale derrière chaque histoire racontée, comme à la fin d’un conte.
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Petit extrait

« L’amour est un déconcertant mystère. Tant qu’on l’ignore, on vit sans lui, mais dès qu’il vient, il est la vie. Il m’envahit sans que j’y prenne garde, peu à peu, déguisé en petites choses. […] Le cœur du monde est lourd, il est long à s’ouvrir, mais viendra le jour où il s’ouvrira, aussi sûr qu’une goutte d’eau mille et mille fois répétée finit par trouer le caillou. […] Tu dois savoir qui tu es.»


Lara S., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Voir aussi : site officiel d'Henri Gougaud

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commentaires

Marie 13/12/2016 18:21

bonjour, j'ai beaucoup aimé votre article et j'aurai aimé savoir à quel chapitre se rapporte vos extraits , merci d'avance

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