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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 17:00

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Henri LOPES
Le Chercheur d’Afriques
Seuil
1ère édition, 1990
Collection Points, 2006




 

 

 

 

 

 

 

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Henri Lopes est un romancier congolais né à Kinshasa en République démocratique du Congo en 1937. Il a passé son enfance à Brazzaville et a ensuite fait ses études en France. Quand il rentre au Congo, celui-ci est devenu indépendant. Henri Lopes se consacre alors à la politique en étant plusieurs fois ministre et même premier ministre du Congo de 1973 à 1976. Depuis 1998, il est l’ambassadeur du Congo en France. Il est l’auteur de sept romans et d’un recueil de nouvelles qui a reçu le Grand Prix de la littérature d’Afrique noire en 1972. Il a par ailleurs reçu le Grand Prix de la francophonie de l’Académie française en 1993.


Ce livre raconte l’histoire d’André Leclerc, mulâtre aux yeux verts ; il est le fils d’une femme noire et d’un homme blanc qui a vécu au Congo, et sera élevé par sa nourrice, parente de sa mère, Olouomo, sa mère Ngalaha et son Oncle Ngantsiala. On le retrouve ensuite en France à Chartres où il est professeur. Dans cette ville, il a une relation avec Kani, une Guinéenne. Puis il séjourne à Nantes où il loge chez son ami d’enfance Vouragan, joueur de football. Celui-ci est appelé ainsi car

« [u]n journaliste […] déclara que l’enfant-là, lorsqu’il se saisissait du ballon, c’était comme un ouragan sur le gazon. Les auditeurs reprirent la formule : l’enfant-là un véritable Vouragan ! À chaque dribble, la foule dans les tribunes poussait des exclamations, se levait et répétait Vouragan, Vouragan, Vouragan jusqu’à ce que but s’ensuivit. »

Au début du livre, André est à Nantes et assiste à une conférence donnée par un homme qui s’appelle le docteur Leclerc. Par la suite, on découvre que c’est sa mère qui a chargé André de retrouver son père. André pense donc que le conférencier peut être son père qui était appelé le Commandant quand il était en Afrique.

Le récit, à la 1ère personne, fait alterner la jeunesse d’André en Afrique, son travail à Chartres et son voyage à Nantes. On retrouve donc à chaque chapitre une tranche de vie du héros.

Au fil de l’histoire, on apprend qu’au Congo un nouveau Commandant arrive et remplace son père. Sa mère est alors mal vue car elle est mère célibataire, qui plus est d’un fils de Blanc. Elle est donc obligée de s’exiler si elle ne veut pas subir les foudres de ce Commandant. Cela représente une nouvelle épreuve pour le jeune homme ; il se retrouve dans un nouvel endroit qu’il ne connaît pas avec des nouveaux camarades de classe. De plus, sa mère se remet en ménage avec un autre homme, prénommé Joseph, qui devient alors son père. Du côté nantais, on assiste aux pérégrinations d’André, ses sorties au bar le Pot-au-lait avec des amis de Vouragan, dont Fleur une jolie jeune femme qui ne laisse pas les deux hommes indifférents. À Nantes, il participera aussi au festival de mi-carême qui est un moment important pour la ville. À la fin du livre, il rentre en Afrique pour retrouver ses racines.


Dans ce livre le thème de la quête d’identité et de la recherche du père est central. Au cours de l’histoire, le protagoniste s’interroge souvent en se demandant s’il doit continuer cette quête ou pas. On a aussi le thème du racisme qu’il subit des deux côtés : il n’est pas assez noir en Afrique et pas assez blanc en France. D’ailleurs, on le prend souvent pour un Antillais en France du fait de sa couleur de peau. Cependant, ce thème, bien que récurrent dans l’histoire, n’est abordé qu’en quelques phrases à chaque passage. Jamais cela n’est souligné, ce qui fait que l’on a l’impression qu’il subit cette situation avec indifférence, mais très souvent, on remarque que les gens changent de trottoir. Il subit même une altercation à Nantes et il se fait arrêter. On peut néanmoins remarquer que tout cela lui pèse ; quand une femme blanche lui sourit pour la première fois, cela lui fait plaisir :

 

« La première Blanche à m’avoir adressé un sourire fut l’hôtesse de l’avion, le matin de notre départ pour la France. […] Mlle l’hôtesse, elle, nous accueillit avec la gaieté et la gentillesse des maîtresses de maison, heureuses d’ouvrir la porte à leurs convives. Dans son uniforme bleu, elle ressemblait aux auxiliaires des armées alliées des films de guerre. Elle n’avait pas besoin de savoir nos noms, elle, pour s’adresser à nous. Elle appelait chacun de nous "monsieur" et nous vouvoyait, malgré nos âges et nos peaux. Nous bénéficiions, en tout, du même traitement que les colons. »

Nous avons aussi une vision européenne du colonialisme avec le Docteur Leclerc. En effet, celui-ci qui serait le père d’André a écrit un livre qui s’intitule Carnets de voyages. Contrairement à l’état d’esprit des colons de l’époque, il constate les coutumes des Congolais sans les juger, ni analyser et avec objectivité. Cela, André le remarque :

« Les carnets de voyages du médecin César Leclerc fourmillent de détails précis et captivants sur le colonie du Moyen-Congo. À travers sa description des lieux et de la vie, c’est tout le Congo d’aujourd’hui qui revit. Les Blancs de la colonie qu’il décrit ressemblent à ceux de notre enfance. Je suis étonné par sa curiosité envers les indigènes. Ce n’est pas un troupeau d’esclaves sans âme et sans intelligence qu’il peint, mais des êtres dont il s’aventure même à vouloir expliquer certaines des coutumes. Deux fois sur trois, il commet à ce sujet des contresens, mais l’intention qui guide sa démarche a de quoi irriter les colons. Malgré une lecture critique rigoureuse, je n’ai relevé aucun jugement révélateur des préjugés racistes que nous sommes habitués à entendre au pays. Sans doute parle-t-il souvent des "sauvages". Mais son utilisation de ce vocable est plus proche de celle des philosophes du siècle des Lumières que de l’insulte de la période contemporaine. Il n’échappe bien sûr pas à un sentiment de supériorité qui légitime son sens du devoir national : civiliser les malheureux nègres ! »

Nous pouvons aussi remarquer les influences africaines avec la présence de nombreux proverbes incitant à la sagesse. Ainsi, au début du livre, André assiste à une conférence et un homme s’est endormi à côté de lui :

« Le bruit de sa respiration me gêne. J’ai failli le toucher de mon coude, puis me suis retenu en raison de son âge. Si la bouche du vieillard sent mauvais, répétait l’Oncle Ngantsiala, en tout cas pas les mots qui en sortent. »

L’Afrique est donc un thème central du roman, et l’auteur souligne, à travers le titre, qu’il n’y a pas une Afrique mais des Afriques. En effet, le continent a plusieurs facettes, dans ses coutumes et ses traditions, les oppositions entre petits villages, et villes de taille plus importante, entre colonisé et colonisateur… Nous pouvons donc dire que ce roman souligne bien le mélange des cultures d’André qui a vécu en Afrique et en France.


Le texte est simple avec des phrases claires. Les chapitres sont courts, ce qui facilite la lecture. Cependant, de nombreux termes africains parsèment l’histoire et cela peut poser problème. Néanmoins, dans le contexte et avec leur répétition on peut arriver à les comprendre. Par exemple, lorsque le personnage parle avec des Africains en lingala, le dialecte du pays, il commence toujours ses conversations avec « Niain, niain », de même, un Européen est un « Mouroupéen »… Les termes qui ne sont pas compréhensibles sont traduits en notes rédigées par l’auteur lui-même à la demande de son éditeur. De plus, le texte est parfois écrit de manière orale comme si André s’adressait directement à quelqu’un. Le pronom « tu » est donc souvent employé dans ces passages qui servent à rendre hommage aux personnes qui furent importantes dans le parcours d’André, notamment sa mère et son oncle. Par ailleurs, je pense que l’oncle d’André a une place très importante dans son cœur. Il remplace peut-être la figure du père qu’il n’a pas eu, bien qu’il ait quand même par la suite un beau-père. En effet, tout au long du roman, André ne cesse pas de citer son oncle ; quand il va faire un choix important, les conseils de son oncle résonnent. Enfin, nous pouvons aussi remarquer qu’André ne porte pas de regard aigri sur la France, même s’il est vu comme un étranger et subit parfois le racisme de la population. Il sait relever la tête et continuer son bonhomme de chemin sans prêter attention aux autres. C’est une des qualités du héros.

Pour finir, nous pouvons remarquer que le roman est écrit à la manière d’une autobiographie avec l’alternance des passages de la vie d’André en Afrique, au Congo, et de sa vie en France. Tout au long du livre, la confusion peut être faite entre André, le narrateur, et Henri Lopes, l’écrivain. En effet, les deux sont nés au Congo et sont ensuite partis en France. André Leclerc n’a pas un nom à consonance africaine, comme Henri Lopes. On se demande donc si l’histoire d’André n’est pas celle d’Henri Lopes, ou si du moins il ne s’est pas servi de son expérience pour son personnage. Un livre très intéressant et passionnant qui se lit vite.


Marion, 2e année Bib.- Méd.-Pat.

 

 

 

 

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