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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 19:00

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Hervé GUIBERT
À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie
Gallimard, 1990

Folio, 1992

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Hervé Guibert, en 1990, révèle sa séropositivité dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, le roman fait scandale et révèle l’écrivain au grand public. Écrit et publié dans un contexte où l’épidémie de SIDA faisait de très nombreuses victimes en l’absence de traitement efficace, l’ouvrage dès sa sortie connaît un grand retentissement. Ce roman sera le premier d’une trilogie, composée également du Protocole compassionnel et de l’Homme au chapeau rouge dans lesquels l’auteur décrit de façon quotidienne l’avancée de sa maladie.

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie est une autofiction, un roman que l’auteur désirait comme le plus authentique de tous mais qui contient néanmoins lui aussi de manière inévitable sa part de mensonge. Dans une interview accordée en mars 1990 à Libération, Hervé Guibert déclare ceci à propos de son ouvrage :

« […] Je parle de la vérité dans ce qu’elle peut avoir de déformé par le travail de l’écriture. C’est pour cela que je tiens au mot roman. Mes modèles existent, mais ce sont des personnages. Je tiens à la vérité dans la mesure où elle permet de greffer des particules de fiction comme des collages de pellicule, avec l’idée que ce soit le plus transparent possible. Mais il y a aussi des grands ressorts de mensonge dans ce livre. »

Le roman est composé de souvenirs, numérotés de 1 à 100, dont les plus anciens datent du début des années 80, et les plus récents de la fin des années 80 (après la découverte de sa contamination) jusqu’au début des années 90. Ce laps de temps de 8 à 10 ans équivaut d’ailleurs approximativement à la durée d’incubation du virus mortel comme nous l’apprend assez rapidement Hervé Guibert.

Le roman, dès la première page, met en place un suspens avec une phrase plutôt étrange qui interpelle le lecteur : « J’ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement j’ai cru pendant trois mois que j’étais condamné par cette maladie mortelle qu’on appelle le sida. »

Dans un premier temps, peu chronologique, Hervé Guibert évoque des souvenirs de son ami Muzil (Michel Foucault) et nous parle des signes qu’il perçoit ou pressent de son propre destin à travers l’agonie et la mort de celui-ci. Dans un deuxième temps, quand, à partir de janvier 1988, Hervé Guibert apprend qu’il est atteint du sida, le récit des souvenirs devient beaucoup plus ordonné, chronologique et rigoureux. Guibert porte alors une attention minutieuse à la progression de son mal, notée au jour le jour, comme en témoignent notamment des descriptions cliniques voire scientifiques de sa propre maladie :

« Le processus de détérioration amorcé dans mon sang se poursuit de jour en jour, assimilant mon cas pour le moment à une leucopénie. Les dernières analyses, datées du 18 novembre, me donnent 368 T4, un homme en bonne santé en possède entre 500 et 2000. Les T4 sont cette partie des leucocytes que le virus du sida attaque en premier, affaiblissant progressivement les défenses immunitaires. Les offensives fatales, la pneumocystose qui touche les poumons et la toxoplasmose le cerveau, s’enclenchent dans la zone qui descend en dessous de 200 T4 ; maintenant on les retarde avec la prescription d’AZT. »

L’auteur, par moments, semble développer un rapport étrange voire ambigu avec sa maladie : il l’accepte et l’aime d’une certaine manière, tant il apprécie « l’incroyable perspective d’intelligence qu’ouvre le sida dans [s]a vie », cette « maladie merveilleuse […] qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre, le temps de découvrir le temps et de découvrir enfin la vie […] »

Mais même si l’auteur semble ainsi parfois se complaire dans sa maladie, il ne manque pas de nous évoquer sa peur d’être démasqué, de la dégradation physique et de la mort imminente :

« J’ai senti la mort venir dans le miroir, dans mon regard dans le miroir, bien avant qu’elle y ait vraiment pris possession. Est-ce que je jetais déjà cette mort par mon regard dans les yeux des autres ? »

Seuls quelques-uns de ses amis proches en effet sont mis dans la confidence lorsqu’il apprend qu’il est atteint par le virus mortel. Hervé Guibert, au moment de l’écriture, a deux amants, dont l’un, Jules, est lui aussi atteint du sida et au courant de la contamination de son ami, et l’autre pas. Dans ce contexte de non-dit la contamination semble latente entre tous ces personnages appartenant au milieu homosexuel et le sida prend alors l’apparence d’une véritable bombe à retardement.

D’ailleurs, quand son « ami » Bill, un Américain, patron d’une entreprise pharmaceutique, se déclare au cours d’un dîner détenteur d’un vaccin capable de soigner le sida, il ne sait pas encore qu’Hervé Guibert est malade :

« Bill est dans un état d’excitation indescriptible, qui va emporter avec lui notre dîner, et monopoliser toutes nos conversations : il nous annonce tout de go qu’on vient de mettre au point en Amérique un vaccin efficace contre le sida […] »

Un immense et bouleversant espoir naît alors chez l’auteur, qui lui fait croire à une guérison possible, comme en attestent les premières phrases du livre. Quand par la suite Bill apprend la séropositivité de Guibert, il lui promet une injection rapide du vaccin une fois que les derniers tests auront été effectués mais n’en fera finalement jamais rien, reculant chaque fois l’échéance, prenant la fuite régulièrement à l’autre bout du monde, ne donnant plus signe de vie, etc. Bill finira même un jour par faire à Hervé Guibert cette déclaration stupéfiante : « De toutes façons tu n’aurais pas supporté de guérir. »

Commence à s’éclairer alors l’étrange titre de l’ouvrage : À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie est en fait une dédicace à Bill, qui deviendra au fur et à mesure un véritable imposteur aux yeux d’Hervé Guibert. La dernière page de l’ouvrage, teintée d’ironie, apparaît tel un doigt d’honneur hautement dressé vers Bill et clôt l’ouvrage de la manière suivante :

« La mise en abîme de mon livre se referme sur moi. Je suis dans la merde. Jusqu’où souhaites-tu me voir sombrer ? Pends-toi Bill ! Mes muscles ont fondu. J’ai enfin retrouvé mes jambes et mes bras d’enfant. »

Non, « Ce livre n’est pas un testament », comme le déclarera l’auteur après la publication de son roman, mais « un livre qui donne des clés pour comprendre ce qu’il y avait dans tous les autres livres et que parfois [il] ne comprenais pas [lui]-même […]». Aux réticents donc : ce livre n’est ni larmoyant, ni même dénonciateur, mais plus simplement un livre exutoire et une certaine quête de vérité.

Mathilde, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Hervé GUIBERT sur LITTEXPRESS

 

Guibert Mauve le vierge

 

 

 

 

 

Article de Laura sur Mauve le vierge. 

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