Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 07:00

Guibert-Mauve-le-vierge.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hervé GUIBERT
Mauve le vierge
Gallimard, 1988

L'Imaginaire, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mauve le vierge est un recueil de dix nouvelles qui sont toutes des récits à la frontière de l’autobiographique et de l’imaginaire. La première, « Mauve le vierge », donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’un jeune garçon, Mauve, dont la mère a tué le père. Ce dernier avait entrepris de peindre dans la chambre de son fils une fresque demeurée inachevée. Le jeune Mauve voue une véritable obsession au bleu particulier des vagues dans un coin de cette fresque.

Puis les récits se suivent, sans jamais se ressembler, sauf peut-être dans leur prose douce-amère, cruelle et mélancolique à la fois et dans la passion parfois obsessionnelle pour des images, des situations, des atmosphères et de jeunes garçons. Dans « L’auscultation », un enfant refuse de se déshabiller devant le médecin si ce dernier ne se bande pas les yeux ; avec « Mémée Nibard », une concierge découvre l'amour avec un Arabe moitié plus jeune qu'elle, qui la quittera, bien que lui-même cul-de-jatte par accident du travail, tandis qu’elle finira hémiplégique et aphasique. « La tête de Jeanne d’Arc » est sans doute un des récits les plus étranges : le narrateur, venu faire un reportage au Musée Grévin, tombe éperdument amoureux de la tête en cire de Jeanne d’Arc, qui s’avérera en fait être celle du jeune Louis XVII, un garçon donc. Notre protagoniste  courtisera pendant des années la directrice du musée pour obtenir cette tête qui finira dans une vitrine de son salon à effrayer les visiteurs.

La nouvelle où la part autobiographique est la plus forte est certainement « Les secrets d’un homme », un hommage à l’ami Michel Foucault et à son génie intellectuel, détruit par la maladie. Guibert est nommément présent à l’enterrement de son ami, mort du sida en 1984. Ce récit préfigure le roman À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie dans lequel la place de la maladie et de la vie intime sera de plus en plus prépondérante, avec la présence de Foucault sous le pseudonyme de Musil.

Mais il y a aussi des récits tels que « Le tremblement de terre », où le narrateur cherche son amant après une violente secousse dans la ville parmi les décombres et les corps éparpillés ; « Les trois quarts du monde » qui met en scène un homme avec un problème de vision : il ne voit pas le monde dans son intégralité, ce qui lui donne un visage particulier et suscite à la fois l’amour et la haine de son partenaire ; « La jeune fille d’à côté » où l’on découvre la voisine pianiste qui joue chaque jour et dont la musique, parce qu’imparfaite, obsède le narrateur qui ne parviendra jamais à capturer ces instants de grâce ; et enfin « Le citronnier » où un ami dont le narrateur est amoureux enterre deux de ses doigts sous un citronnier après un accident ; le narrateur, scandalisé d’un tel outrage, s'emploie à les déterrer et finit par en manger un, pour s’approprier le corps de l’être désiré....

Difficiles à résumer, ces récits gagnent à être lus pour être pleinement ressentis. C’est moins l’histoire que l’émotion intense qui accompagne ces courtes nouvelles qui importe.

Mauve le vierge met en scène des histoires hétéroclites et des personnages curieux. Guibert nous offre ici un mélange de vie et de mort, de réel et d’irréel, comme s’il était lui-même déjà à moitié hors du monde réel, par désir de s’en évader et par impossibilité d’y rester plus longtemps. On retrouve le jeune homme à chaque page, incarnant plusieurs personnages, comme s’il se démultipliait en tous pour mieux se cerner et nous donner à voir à nous, lecteurs, un Guibert sans fard et sans pudeur.

La couleur mauve du titre pourrait évoquer le sarcome de Kaposi associé au sida. Mais pourrait aussi être inspirée d’une plante, la Grande Mauve du latin omnimorbia, qui signifie « toutes les maladies », et est prétendument dotée de propriétés adoucissantes, comme si ces textes procuraient à l’auteur une forme d’apaisement, un moyen de sortir de lui-même, de la maladie pour réinventer sa réalité comme cela lui plaît. Le mauve enfin est aussi la couleur du deuil, évoqué lors de l’enterrement de Foucault : un « ruban de taffetas mauve » qui entoure les gerbes de fleurs.

Les textes montrent la capacité de l’auteur à jouer de la grande proximité d’éléments quotidiens et d’éléments fantastiques, pour construire au final l’autofiction. À travers des récits brefs, proches du journal intime voire du fragment, qui mêlent des souvenirs, des anecdotes et l’imaginaire, Guibert nous plonge dans son introspection. La nouvelle agit comme lieu du dévoilement et de tous les fantasmes : un espace malléable, érotique, que la concision rend plus vif. La brièveté des récits fait qu’ils semblent saisis dans l’instant, en véhiculant une énergie prise sur le moment. La nouvelle est chez Guibert une forme mouvante et dynamique qui souligne de façon incisive l’essentiel d’une rencontre, d’un échange, ou d’un geste.


Laura, A.S. Éd-Lib.



Partager cet article

Repost 0
Published by Laura - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives