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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 07:00

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HIRANO Keiichirō
La Dernière Métamorphose
titre original
Saigo no henshin
traduction : Corinne Atlan
Éditions Philippe Picquier, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
HIRANO-Keiichiro-02.jpg
Keiichirō Hirano est un romancier japonais, né le 22 Juin 1975 dans la préfecture d’Aichi. Durant ses études de droit à l'Université de Kyoto, Hirano voit son premier manuscrit, L’Éclipse, être accepté et publié par la revue littéraire Shinchō dans ses premières pages, ce qui lui attire l'attention des milieux littéraires. Il reçoit en 1999 le prix Akutagawa (équivalent du prix Goncourt en France) pour L’Éclipse, devenant alors le plus jeune auteur récompensé par ce prix. La même année, Hirano Keiichirō empoche son diplôme et publie son deuxième roman Ichigetsu Monogatari (Conte de la première lune). La dernière métamorphose est son troisième roman.

Francophone, il a passé un an en France, en 2005, en tant qu'ambassadeur culturel.



Le livre

Dans ce récit, nous suivons la vie et les réflexions d’un personnage dont nous ne connaîtrons jamais le nom. Cet homme est devenu, au moment où le roman commence, un hikikomori. Il s’est enfermé chez lui, dans sa chambre, pour fuir tout contact avec le monde extérieur, toute relation sociale. On assiste à ses côtés aux réminiscences des épisodes de sa vie qui l’ont mené à cette situation tout en tentant de trouver des explications.

Le titre de l’œuvre, La Dernière Métamorphose, nous renvoie directement à La Métamorphose de Kafka. L’œuvre de l’écrivain praguois s’inscrit en filigrane sous la trame du récit, le protagoniste étant ici persuadé de vivre une transformation identique à celle de Gregor Samsa. Il remarque d’ailleurs que dans le roman de Kafka, seule l’apparence de Gregor change, pas son « moi intérieur ». Avant sa transformation, Gregor était prisonnier de son rôle et c’est cette transformation qui lui permet de changer cela. On joue donc tous un rôle selon l’enveloppe dont on s’entoure (le contexte social). Le protagoniste pense que sa réclusion peut lui fournir le courage nécessaire à l’accomplissement de sa transformation. Il poursuit alors une quête qui a débuté bien des années auparavant, comme il nous l’explique, à la recherche de son « véritable moi », de sa véritable identité. Cette quête constitue l’axe principal du roman.
 
Depuis son enfance, sa personnalité est marquée par une grande mégalomanie et une certaine lâcheté. Enfant, il était persuadé d’être voué à une destinée peu commune et s’imaginait être la réincarnation d’un seigneur de la guerre du XVIe siècle ou avoir été enlevé et manipulé par des extraterrestres dans le but de leur fournir d’importantes informations. Il attend en fait la révélation de sa mission depuis cette période et c’est cette attente qui va le faire doucement glisser sur la pente de la folie. Il a dû déménager plusieurs fois pendant ses premières années d’école et la peur du rejet et de la solitude l’a forcé à adopter plusieurs rôles pour être accepté au sein des groupes. Selon lui, jouer ces rôles pour être accepté est vital car son vrai « moi » n’étant pas encore apparu, les autres sont les seuls à pouvoir maintenir son enveloppe extérieure et empêcher ainsi qu’il ne disparaisse totalement. Il continue à avancer en incarnant le rôle banal du collégien puis du lycéen médiocre que tout le monde ou presque apprécie mais son vrai « moi » reste une chimère et il ne fait que le fantasmer. Il finit par douter de la brillante destinée censée l’attendre. Et si ce rôle banal était en fait son véritable « moi » ? Mais son ego reprend le dessus et il se persuade que ce n’est pas là son ultime transformation. L’université vient le faire douter à nouveau. Jouer tant de rôles différents lui apparaît impossible devant l’immensité du monde extérieur. Il se voit alors condamné à adopter en permanence l’apparence extérieure idéale pour les autres.

Après l’université, il découvre internet en cherchant du travail. Il développe alors un nouvel espoir, celui que l’anonymat de la toile révèle enfin son vrai « moi ». Il crée son propre site et y ajoute un journal pour déverser « son existence encore inachevée ». Dans les mots doit apparaître son vrai « moi ». Mais il ne fait au final que déverser ce « moi » tandis que son apparence extérieure ne change pas (il travaille toujours à ce moment-là). C’est donc un nouvel échec mais il continue de croire à ce véritable « moi » exceptionnel, même si cette quête semble être une vraie fuite en avant pour ne pas affronter la réalité de sa banalité. C’est au même moment qu’il commence à rédiger des critiques de livres sur son site et celle consacrée à un auteur tendance attire alors beaucoup de visiteurs. Le ridicule de sa quête se mue en délire lorsqu’il décide fabriquer de toutes pièces ce « moi » qui continue à le fuir. Et c’est en augmentant le nombre de regards posés sur lui (plutôt sur son avatar en ligne) qu’il veut y parvenir. Il rédige alors un grand nombre de critiques dans lesquelles il rabaisse chaque auteur. Il entre alors totalement dans son délire et se persuade d’être une autorité en la matière, d’être au-dessus de ces auteurs. Il finit par noter ces critiques de A à E, puis détruit les grands auteurs appréciés et fait l’éloge de livres anonymes sans intérêt. Alors que la démarche n’a aucun sens, beaucoup de nouveaux visiteurs lui écrivent pour dire tout le bien qu’ils pensent de cette classification, devenue pour eux une référence en matière de lecture. Ils se réunissent donc chaque jour pour détruire un auteur et souder ainsi leur groupe.


Cette communauté et ce site deviennent l’expression du véritable « moi » du protagoniste. Ce sont ces mots qui révèlent sa véritable nature. Mais tout lui paraît si lamentable dans la manière de faire qu’il espère une nouvelle fois que tout ça n’est rien d’autre qu’un nouvel échec dans sa quête. Quelques mois après cet épisode, il devient un hikikomori.

Les toutes dernières pages reprennent le cours de l’histoire entamée dans les premières pages. Le délire semble alors laisser place à une froide lucidité mais tout n’est pas aussi simple. Pour ceux qui voudraient quand même lire le roman malgré cette fiche, je m’abstiendrai d’écrire sur ces dernières pages.

 
 
Mon avis

Si j’ai autant apprécié ce livre, c’est en grande partie grâce aux pensées du protagoniste. Dans le délire qui entoure la quête de son véritable « moi », il ne manque pas de faire preuve d’une grande lucidité sur sa situation et sur celle de la société japonaise, loin d’être étrangère à ce qui lui arrive. La narration plutôt anarchique et éclatée renforce l’impression d’avancer à l’aveugle dans les pensées du personnage. On ne sait jamais vraiment où il veut en venir et il ne cesse de digresser. La quête entamée lorsqu’il était enfant, celle qu’il partage avec nous tout au long de ces pages, n’est en fait qu’une fuite en avant. Son ego et sa lâcheté jouent continuellement de pair pour l’empêcher de voir la triste réalité. Tous ces éléments font de ce livre une véritable réussite.


Mehdi, AS Édition-Librairie 2012-2013

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Published by Mehdi
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