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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 07:00

Balzac-Le-Chef-d-oeuvre-inconnu.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honoré de BALZAC,
Le Chef-d’œuvre inconnu
Librio, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Balzac est un auteur du XIXe siècle célèbre pour La Comédie humaine, une des plus importantes œuvres romanesques de la littérature française. Il fut critique littéraire, critique d’art, essayiste, dramaturge, journaliste et imprimeur. Son œuvre comprend 91 romans et nouvelles publiés entre 1829 et 1852.

Connu pour être un écrivain forcené et criblé de dettes, il reste néanmoins le maitre incontesté du roman avec La Comédie humaine, référence à La Divine Comédie de Dante, poème italien composé entre 1307 et 1321. Son objectif est de décrire les classes sociales et les individus qui les composent, dessein qu’il réalise pleinement.

Le Chef-d’œuvre inconnu est une nouvelle publiée en 1831 dans la revue L’Artiste d’abord sous le titre de Maître Frenhofer puis sous celui de Catherine Lescault, conte fantastique. Elle fut publiée de nouveau en 1837 dans les « Études philosophiques ». Cette nouvelle est ensuite intégrée à La Comédie humaine en 1846.

Elle fut adaptée au cinéma sous le titre de La Belle Noiseuse en 1991 par Jacques Rivette et interprétée par Michel Piccoli, Emmanuelle Béart, Jane Birkin et David Bursztein. Cette production a d’ailleurs remporté le grand prix du jury du Festival de Cannes 1991.

 
Résumé

L’action se déroule à Paris en 1612. Le jeune Poussin, peintre encore inconnu, décide de se rendre chez Maître François Porbus, peintre du roi Henri IV, dans le dessein de devenir son élève.  C’est en hésitant devant la porte de l’atelier qu’il rencontre un drôle de personnage. Un homme d’un certain âge, à l’allure particulière. Il profite de la venue de cet étrange visiteur pour se faufiler dans l’atelier du peintre lorsque celui-ci ouvre la porte. Il découvre alors l’antre de Porbus et plus précisément sa dernière toile, la Marie Égyptienne, tableau destiné à Marie de Médicis.

Époustouflé par cette peinture, notre jeune homme déchante vite en entendant le discours virulent du vieillard :

« Ta figure n’est ni parfaitement dessinée, ni parfaitement peinte, et porte partout les traces de cette malheureuse indécision. Si tu ne te sentais pas assez fort pour fondre ensemble au feu de ton génie les deux manières rivales, il fallait opter franchement entre l’une ou l’autre, afin d’obtenir l’unité qui simule une des conditions de la vie. […] Mais là, fit-il en revenant au milieu de la gorge, tout est faux. N’analysons rien, ce serait faire ton désespoir. »

Choqué par tant de véhémence contre cette œuvre, Nicolas Poussin s’exclame, protestant contre le mentor du peintre, et se fait ainsi remarquer. Étonnés, Porbus et le vieillard lui demandent ce qu’il fait là. S’ensuit une leçon de peinture des plus enchanteresses. En quelques coups de pinceaux d’une dextérité et d’une rapidité incroyables, le vieil homme a su transformer la toile et faire ainsi respirer la femme de marbre.

Porbus, Poussin et le vieil homme se rendent ensuite dans la demeure de ce dernier. Poussin découvre alors l’Adam de Mabuse et apprend ainsi l’identité du maître de maison. C’est Maître Frenhofer, l’unique élève de Mabuse. A ce même moment, nous découvrons l’existence d’un tableau secret sur lequel travaille Frenhofer depuis maintenant dix ans : La Belle Noiseuse. Le problème est que Frenhofer n’arrive pas à l’achever, il veut atteindre la perfection, il sait qu’il lui manque un petit quelque chose qui la rendra parfaite.

En rentrant chez lui, Nicolas Poussin retrouve Gillette, son amante réputée pour être d’une beauté incomparable. C’est en l’admirant qu’il lui propose de poser pour Frenhofer, afin de l’aider à finir son « chef-d’œuvre ». Celle-ci refuse au début car elle a peur qu’il ne la regarde plus de la même façon et ne l’aime plus mais, voyant son désespoir, elle accepte en sachant qu’elle sacrifie son amour pour la renommée de son amant.

Quelques mois plus tard, Porbus retrouve Frenhofer dans un état de profonde mélancolie ; en effet il n’arrive pas à achever son œuvre, à son grand désespoir. Porbus en profite donc pour lui faire part du projet de Poussin. En échange, il devra leur montrer le résultat final. Frenhofer refuse, il ne veut pas prostituer sa Belle Noiseuse aux yeux d’autres hommes que les siens. Seul lui, l’amant, a le droit de la regarder.

A ce moment arrivent Poussin et sa compagne. En découvrant la beauté de la jeune femme, le regard du vieillard se rallume. Poussin se rend compte du sacrifice qu’il est en train de faire et retient Gillette mais le désir d’accéder à l’œuvre est plus fort et il la laisse donc partir, tout en mettant le peintre en garde.

Lorsque le moment est venu d’admirer le chef-d’œuvre, Porbus et Poussin entrent dans l’atelier, cherchant des yeux la fameuse toile. Ils ne l’aperçoit pas tout de suite, se méprennent en se tournant vers un autre tableau jusqu'à ce que Frenhofer leur désigne son oeuvre. Et là, surprise !

La Belle Noiseuse, que le vieillard présente comme le portrait de Catherine Lescault, une courtisane de l’époque, n’est en fait qu’un amas de peinture dont seul a été épargné un pied d’une réalité saisissante. Les deux hommes, atterrés par ce massacre, ne comprennent pas. Le discours de Frenhofer est celui d’un amant fou amoureux mais qui a perdu l’esprit. Poussin a alors le malheur de s’écrier : «  Mais tôt ou tard, il s’apercevra qu’il n’y a rien sur sa toile », remarque qui déclenche la fureur du vieillard. La folie s’est emparée de lui et il ne voit plus la réalité. Amoureux de sa toile, en voulant la perfectionner, il n’a réussi qu’à la détruire petit à petit. Dans un moment de lucidité, il constate l’horreur puis devient fou. Dans son délire, il met les deux artistes à la porte pensant qu’ils sont jaloux de lui.

Entre temps, Poussin est allé rejoindre Gillette, en pleurs dans un coin de l’atelier. La jeune femme, marquée par cet événement, ne veut plus le voir, le hait déjà pour l’avoir utilisée et sacrifiée.

Inquiet, Porbus retourne le lendemain voir Frenhofer mais celui s’est donné la mort après avoir brûlé toutes ses toiles.


 Analyse

 Tout au long de la nouvelle, la référence à la peinture est omniprésente mais reste accessible à tous. Balzac nomme des peintres célèbres tels que Véronèse, Titien, Raphaël, Rubens ou Mabuse. Comme toujours chez cet auteur, la description a une place importante dans la nouvelle et Balzac mêle personnages réels comme Nicolas Poussin et François Porbus et personnages de fiction comme Maître Frenhofer et Catherine Lescault.

Le thème récurrent de cette nouvelle est de donner une âme à la peinture, de la rendre vivante. D’après Frenhofer, « la mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer » (p10).

La nouvelle est divisée en deux parties qui portent le nom de femmes aux rôles secondaires mais néanmoins indispensables pour l’histoire.


Première partie : « Gillette »

Le point de vue utilisé est interne, c’est celui de Nicolas Poussin. C’est à travers les yeux du jeune artiste que nous découvrons les personnages principaux. La rencontre avec Frenhofer est particulière. Par ailleurs, Balzac compare le vieil homme à une peinture de Rembrandt pour sa technique du clair-obscur qui fait ressortir les traits du personnage. De plus, les monologues de Frenhofer sur la Marie Égyptienne de Porbus signalent déjà l’approche de la folie. On peut supposer que Balzac exprime son point de vue par rapport à la peinture à travers ce personnage ou plus encore à travers Poussin.

Poussin est jeune, il représente l’idée même de l’artiste que l’on se fait. Pauvre, encore peu sûr de lui, travaillant dans l’urgence, vivant dans un appartement, une pièce miteuse remplie d’essais, de gribouillis mais aussi de chefs-d’œuvre. À l’inverse, Frenhofer est riche, il peut donc consacrer tout son temps à sa peinture, afin de la perfectionner.

La description des décors permet au lecteur de s’intégrer dans l’histoire, de s’imaginer parfaitement les moindres détails, ce qui donne un réalisme absolu à l’histoire.

Par ailleurs, le suspense est maintenu tout le long du récit. On ne connaît que tardivement l’identité de Maître Frenhofer et on reste sur le qui-vive jusqu'à la découverte de l’œuvre. On espère découvrir un tableau d’un rare réalisme, le portrait d’une femme à la beauté étincelante et au final on reste sur sa faim car on ne saura jamais à quoi ressemble cette Belle Noiseuse ; le suspense est maintenu jusqu’au bout.

En outre, j’ai supposé que cette première partie s’intitule Gillette parce qu’elle est essentielle dans la chute de cette partie. Elle décide de sacrifier son amour pour Poussin afin que celui-ci devienne célèbre, que sa renommée commence.


 Deuxième Partie : « Catherine Lescault »

Catherine Lescault est un personnage fictif de l’histoire, c’est une courtisane de l’époque qui est le modèle de La Belle Noiseuse. On suppose que ce devait être une femme d’une grande beauté.

Le point de vue demeure interne : le lecteur se joint aux personnages et découvre en même temps qu’eux le « chef-d’œuvre inconnu », il vit l’événement à leurs côtés.

Le dévoilement de la toile est le passage le plus important de l’histoire car il révèle aux yeux de tous la folie de Frenhofer. Il est tombé amoureux de sa peinture, la chérit et ne s’est pas rendu compte qu’à force de la perfectionner, il n’a réussi qu’a détruire ce qui lui était le plus cher au monde. C’est cette découverte qui mène le vieil homme à brûler ses tableaux et à se donner la mort. Il ne supportait pas l’idée d’avoir perdu la femme de sa vie, il ne pouvait vivre sans elle.

L’idée de folie que l’on soupçonne au départ est confirmée à cet instant.

Dans la tragédie, le thème principal est souvent le conflit de la passion avec la raison, thème que reprend Le Chef-d’œuvre inconnu avec Frenhofer qui préfère se suicider plutôt que de renoncer à sa Belle Noiseuse. La passion qu’il éprouve pour sa « bien-aimée » l’emporte sur sa raison. En outre, plusieurs caractéristiques de la tragédie sont présentes dans cette histoire.

En effet, la nouvelle est enrichie de péripéties et s’achève par la mort de Frenhofer. Les thèmes récurrents de la tragédie sont l’amour, la haine, la jalousie, le sens de l’honneur et la fatalité contre laquelle l’homme tragique ne peut rien. On retrouve bien ici l’amour, la jalousie car le vieillard ne supporte pas que d’autres hommes portent un regard sur sa Belle Noiseuse, et nous pouvons analyser la folie du vieil homme comme une manifestation de la fatalité.

La place des monologues dans l’histoire est importante, ils représentent les conflits internes des personnages, ce qui nous renvoie aux nombreux discours du maître sur la Marie Égyptienne de Porbus.


En définitive, le Chef-d’œuvre inconnu est une nouvelle enrichissante, mêlant littérature et peinture, le tout dans une écriture simple et accessible à tous, Balzac n’employant que très peu de termes spécifiques à l’art pictural. Les descriptions, si révélatrices du style de l’auteur, permettent au lecteur de s’immerger dans l’histoire et les monologues d’avoir un certain point de vue sur la peinture. Il est intéressant de noter l’évolution des personnages au cours du temps, du peintre âgé et en fin de carrière à l’artiste tellement fou d’amour pour sa toile qu’il l’anéantit à force de perfectionnisme. Les protagonistes sont déchirés par l’amour, Poussin pour avoir perdu Gillette et Frenhofer par sa folie. Le suspense est maintenu jusqu’au bout et laisse au lecteur un sentiment de vide car il désire enfin voir la Belle Noiseuse et reste sur sa faim, frustré.

 
Hélène, 1ère année Ed-Lib

 

Balzac novelliste sur Littexpress

 

Balzac le chef d oeuvre inconnu

 

 

 

 

 

Article de Léna sur Le Chef-d'oeuvre inconnu.

 

 

 

 

 

 

 

Balzac-Adieu.gif

 

 

 

Article de Laura sur Adieu

 

 

 

 

 

 

 

 

La-Maison-du-chat-qui-pelote.jpg

 

 

 

 Article d'Ana sur La Maison du Chat-qui-pelote.


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Published by Hélène - dans Nouvelle
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commentaires

Luna 31/07/2011 08:57


J'ai beaucoup apprécié ce livre de Balzac : il nous ouvre à toute une culture et une façon de penser... C'est vraiment très agréable à lire !
C'est sans chichis, réaliste : j'ai vraiment eu envie d'y croire :)

Si jamais ça t'intéresse, tu trouveras mon avis sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !


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