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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:00
Ignacio Aldecoa Entre le ciel et la mer








Ignacio ALDECOA
Entre le ciel et la mer

Traduit de l’espagnol et postfacé
par Karine Louesdon
et José M.Ruiz-Funes Torres

Paris : Editions Autrement,
collection « Littérature », 2009

















Biographie
Ignacio Aldecoa
Ignacio Aldecoa : Vittoria, 24 juillet 1925 – Madrid, 15 novembre 1969.
   
Auteur espagnol de la génération « del medio siglo » (de la moitié du siècle, années 50), Ignacio Aldecoa développe son œuvre autour du conte et de la nouvelle.
   
Il étudie les lettres et la philosophie à partir de 1942 mais il est souvent absent et ne s’applique pas en cours. Il s’installe en 1945 à Madrid non loin du Café Gijon où il rencontre d’autres auteurs de sa génération comme Alfonso Sastre.
   
C’est un auteur engagé qui s’inscrit dans le genre du réalisme social tant par le fond que par la forme. Il critique le régime franquiste et fréquente des groupes d’étudiants républicains.
   
Son œuvre est intimement liée à sa vie comme nous le montre le recueil de nouvelles Entre le ciel et la mer pour la première fois éditées en français. Ignacio Aldecoa a écrit près de 80 nouvelles.

Œuvres les plus importantes

L’Eclat et le Sang, 1954 (finaliste du « Premio Planeta ») ; Grand Sole, 1957 ; Le Naufrage attendu, 1967 (non parachevé).

Recueil Entre le ciel et la mer (7 nouvelles) :
 
Les sept nouvelles présentes dans ce recueil ont été écrites entre 1950 et 1969. Elles ne sont pas classées par ordre chronologique. Certaines ont fait l’objet de reprises cinématographiques comme Young Sanchéz, la plus longue (34 pages).

Ces nouvelles nous présentent une Espagne du milieu du siècle, brute, typique, masculine et populaire, sortant de la guerre civile et soumise à la dictature franquiste. Les protagonistes sont de sexe masculin, enfants, adolescents qui passent à l’adolescence ou à l’âge adulte. L’auteur explore à travers ces nouvelles les circonstances dans lesquelles un garçon s’apprête à devenir un homme et à être considéré comme tel par les autres. Que ce soit Pedro qui partira pêcher au large (« Entre le ciel et la mer »), Young Sanchéz qui donnera son premier combat de boxe en tant que professionnel (« Young Sanchéz
») ou bien Andrés qui n’ira plus écouter les histoires de la vieille voisine (« …comme une volute de fumée… »), Ignacio Aldecoa décrit le quotidien de ces garçons-là, à un moment précis de leur vie, en soulignant leurs craintes, leurs joies, leur naïveté qui disparaît, laissant place à une réalité plus âpre sous le régime franquiste au sein des couches populaires espagnoles.

La relation père-fils est un fil important dans la narration (
« Entre le ciel et la mer », « Un cœur humble et fatigué», etc.). En général la relation entre hommes et l’univers masculin prédominent dans ce recueil, que ce soit au travail, à l’armée (« Terre de personne ») ou dans une classe (« Aldecoa se moque »). Les femmes sont montrées soumises, ingénues, mère au foyer en proie au machisme qui sévit en Espagne ou suscitant la peur («…comme une volute de fumée… »). L’auteur montrera aussi quelques protagonistes qui resteront éternellement figés dans leur adolescence à cause de leur fragilité, comme Toni dans « Un cœur humble et fatigué » ou bien parce que la mort frappe à leur porte, comme Chico de Madrid dans la nouvelle qui porte le même nom.

C’est à partir de la description de ces moments singuliers du quotidien des couches inférieures de la société espagnole qu’on peut affirmer l’appartenance d’I. Aldecoa au genre du réalisme social. En analysant et en présentant ses récits d’une certaine manière, l’auteur élabore une critique de la société espagnole en soulignant l’immobilisme politique (
« Aldecoa se moque », « Chico de Madrid ») et la pauvreté des pêcheurs et des ouvriers (« Young Sanchéz », « Entre le ciel et la mer »).

Il dénonce aussi la guerre et le régime franquiste auxquels il fait allusion de manière subtile dans
« Aldecoa se moque », titre à double sens : on comprend que dans le récit le protagoniste se moque du professeur mais il est sous-entendu que l’auteur raille Franco et les franquistes, condamne la répression à laquelle est soumis le peuple espagnol (le personnage principal porte le même nom que lui, Aldecoa). Dans « Terre de personne », le narrateur s’immisce directement à l’intérieur d’un groupe de soldats au repos en décrivant la scène. La subtilité de sa critique réside dans le procédé consistant à transcrire la pensée d’un jeune soldat qui, pendant un instant, a l’impression d’être sur ses terres et tombe dans la désillusion à l’appel du colonel. Enfin, le fantôme de la guerre civile apparaît dans « Un cœur humble et fatigué »
à travers un homme étrange persuadé que le père de Toni sait qui a tué son fils.

Style

« Le filet venait peu à peu sur la plage rugueuse. Sa douce couleur automnale, brisée par le reflet argenté d’un tout petit poisson ou le vert blême d’une algue prise entre les mailles, scindait l’obscure désolation de la grève ; pas loin, une barque vide, ballottée par les vagues.
   Les enfants piétinaient le filet. Pedro s’attela à les faire fuir. Il lâcha un juron, et les autres coururent quelques mètres à peine pour s’arrêter aussitôt, revenant peu après avec plus d’assurance. Un mégot de cigarette coincé entre les lèvres, Pedro les regardait, supérieur et hostile, parce qu’il était presque un homme et qu’il travaillait. »
(Début
« Entre le ciel et la mer »).

Ignacio Aldecoa manipule à merveille les techniques d’écriture de la nouvelle en utilisant un vocabulaire précis, des phrases courtes et simples et en centrant son histoire autour d’un moment donné et d’un espace précis.

Ce qui apparente son œuvre au réalisme social espagnol au niveau de la forme est la narration linéaire d’un récit. Les personnages partent d’un point pour aller vers un autre sans revenir en arrière. Son côté poétique réside dans les descriptions ; celles-ci servent avant tout à introduire l’atmosphère dans laquelle va se dérouler une histoire.
«La lumière zénithale de Santiago était semblable à la coulée mugissante d’un haut fourneau : elle se déversait à travers le labyrinthe des ruelles, montait jusqu’au seuil des maisons. Dans les heures à venir, après le plus fort de la crue, les ombres violacées grandiraient à l’approche de la nuit, mélancoliques scories. » (
« Un cœur humble et fatigué »).

Les dialogues, quant à eux, ont une place importante dans ces nouvelles. Ce sont surtout les personnages secondaires qui y participent tandis que le personnage principal se place en tant qu’observateur. Il parle peu et ses pensées sont décrites par le narrateur, ce qui lui permet de plus les explorer.

Cette alternance entre dialogue et description est plus que flagrante au début de
« Un cœur humble et fatigué »où le discours du père est entrecoupé de descriptions introduisant une atmosphère particulière puis les pensées du protagoniste.

On retrouve aussi dans l’œuvre d’Aldecoa le procédé de double conversation dans un seul dialogue. C’est le cas par exemple dans
« Young Sanchéz »
où un personnage secondaire parle du prochain combat de Young Sanchéz et où celui-ci réplique en invoquant des réparations à faire sur une machine. Cela permet d’ajouter une pointe d’humour au récit et parallèlement de souligner la brièveté de la nouvelle en résumant deux actions en un dialogue.

Aldecoa décrit dans ses nouvelles le passage à l’âge adulte de ses personnages. Le récit s’arrête donc au moment où ceux-ci sont sur le point de devenir des hommes, que ce soit pour Aldecoa (le personnage) qui doit faire preuve de courage, Pedro qui va pêcher au large la nuit qui vient ou pour Young Sanchéz qui entend le gong sonner pour son premier combat professionnel.


Au niveau du vocabulaire, l’auteur fait preuve de simplicité et de poésie. Il emploie un langage courant pour faire parler ses personnages populaires mais ne tombe jamais dans la vulgarité qui pourrait leur être associée.

A travers la description poétique et l'évocation simple d’un moment important dans la vie d’un homme, Ignacio Aldecoa nous raconte le quotidien de l’Espagne populaire. Subtilement, il nous expose sa vision critique de la structure sociale espagnole des années franquistes du milieu du siècle et le désir de changement. Il a l’art de pouvoir exprimer tout cela dans la brièveté de la nouvelle.  


Anais Andreeta, 1ère année Bib-Med 2009/2010.
  

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Published by Anaïs - dans Nouvelle
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commentaires

del 12/01/2010 16:00


boujour, cet article est très interressant et m'aide énormément pour mieux comprendre l' oeuvre d'Aldecoa "cuentos".
Auriez-vous des informations sur les contes de "seguir de pobres" et de "chico de madrid" de grande difficulté a comprendre le sens, et j'ai un examen en fin de semaine cela m'aiderai
énormément.
Merci


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