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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 07:00

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Ignacio Rodriguez MINAVERRY
Dora
traduction
Chloé Marquaire
éditeur : L’Agrume
Collection Littérature graphique, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire

Première partie : 20874

Allemagne, fin des années 50. Dora Bardavid, jeune germano-marocaine travaille comme archiviste au Berlin Document Center, géré depuis 1953 par les États-Unis et au sein duquel ont été centralisées les collections de documents relatifs à la période nazie en vue d’instruire le procès de Nuremberg. La jeune fille, dont on apprend que le père est mort en déportation, se voit chargée du microfilmage des fiches de renseignement des membres du NSADP (le parti national-socialiste des travailleurs allemands, i.e le parti nazi), des SA (« Sturmabteilung » ou section d’assaut, le premier groupe paramilitaire nazi) et des SS (« Schutzstaffel », le principal organisateur de l’extermination des juifs d’Europe). Autant dire que l’adolescente se retrouve brutalement plongée au coeur de l’horreur nazie à travers la réalité froide et bureaucratique de la Shoah, toute en chiffres et en documents administratifs. Alors que sa colocataire Lotte découvre les plaisirs charnels avec un espion américain, Dora, après avoir trouvé le numéro de son père (20874) au hasard d’une fiche, décide de mener sa propre enquête et commence à subtiliser des documents afin de constituer ses propres archives.


Deuxième partie : Rat line I et II

Nous retrouvons notre héroïne quelques années plus tard, en France, à Bobigny, où elle a rejoint sa mère. Désoeuvrée, la jeune femme fait la connaissance d’Odile et de sa bande d’amis, tous communistes engagés. C’est dans un contexte de tension politique (la guerre d’Algérie n’est pas bien loin) et familiale (sa mère est aux abonnés absents) que Dora décide de se faire embaucher comme traductrice franco-allemande par la coopérative communiste de Bobigny. Elle y fait la connaissance d’un espion israélien, qui lui propose de participer à l’arrestation du docteur Mengele (le « médecin d’Auschwitz »), réfugié, semble-t-il en Argentine. En effet, le chef d’une des amies de Dora serait en relation avec le criminel nazi. Voilà donc Dora partie pour l’Argentine pour y mener l’enquête, en pleine période peroniste (la dictature militaire en Argentine qui s’ouvre en 76 avec Juan Perón, ne s’achèvera qu’en 1983). Si la mission se révèle être un échec, la jeune femme accumule encore les indices de telle sorte qu’à la fin du premier tome, l’enquête ne fait que commencer...

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L’Auteur


Ignacio Rodriguez Minaverry est né en 1978 en Argentine, où il est considéré comme l’un des jeunes auteurs les plus prometteurs. Ses scénarios complexes (voire parfois compliqués pour le néophyte), documentés à l’extrême, qui imbriquent la grande et la petite Histoire, renouvellent un peu le genre du roman graphique. Il a publié dans plusieurs revues des histoires courtes, notamment dans la revue Fierro , référence de la bande-dessinée en Argentine, et parallèlement, a réalisé des dessins de technique chirurgicale pour un hôpital argentin (rien d’étonnant, somme toute, vu la précision de son trait et le nombre de détails dans ses dessins). Il a également travaillé dans un studio d’animation, avant de se lancer dans son premier projet personnel, Aleph-Alif, qui est une sorte de préquelle à Dora, une introduction au personnage (mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce tome pour comprendre Dora).



Ce que j’en ai pensé

J’ai erré pendant un bon moment au rayon bande-dessinée avant de jeter mon dévolu sur Dora. J’avoue que la couverture ne m’a pas particulièrement attirée, mais le format « roman graphique » et le « coup de coeur de la librairie » ont fait pencher la balance. On regrettera cependant qu’il n’y ait pas de résumé clair (celui qui se situe dans l’encart n’est vraiment pas attrayant), car on ne sait pas à quoi s’attendre de prime abord.minaverry-dora-4e-couv.jpg

Malgré mes quelques réticences de départ, je me suis laissée rapidement captiver par l’intrigue, très complexe et le graphisme sobre et élégant de Minaverry (qui n’est pas sans rappeler, dans le style et le souci du détail, celui d’Yvan Pommaux) : 200 pages pour voyager autour du monde et se replonger dans les pages sombres du monde contemporain... Tout l’art de cette bande-dessinée consiste à savoir mêler subtilement la grande Histoire, du nazisme au péronisme, en passant par la France communiste, à la petite histoire, celle de la quête identitaire de Dora. Minaverry s’est beaucoup documenté : le texte, tout comme les illustrations, foisonne de détails historiques (cartes, plans, documents administratifs de la SS, organisation des camps d’internement et de concentration, jusqu’aux titres de l’Humanité et aux affiches d’Evita Perón).

C’est d’ailleurs peut-être la seule (et légère) critique que je pourrai faire de cet ouvrage : ayant pourtant fait de longues études d’Histoire, je concède que j’ai pu manquer, à certaines occasions, de clés pour comprendre quelques références du scénario (notamment en ce qui concerne la révolution et le coup d’état de la junte en Argentine) ; il y a beaucoup d’informations, qui étouffent parfois un peu l’intrigue, mais finalement, c’est tout de même un très beau panorama d’une époque qui n’est pas si lointaine, mais qui est relativement mal connue (surtout des jeunes générations). C’est donc l’occasion de (re)découvrir cette période mal aimée des manuels d’Histoire à travers les tribulations et le regard de l’intrépide « Dora ». À mon grand désespoir, j’ai découvert qu’il s’agit d’une série à la fin du volume (c’est donc le tout premier tome) et il va donc falloir prendre son mal en patience et attendre la parution du second volet pour connaître la suite...


Marion, AS Bib.

 

 


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Published by Marion - dans bande dessinée
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