Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 07:00
Eberhardt Amours nomades





I
sabelle EBERHARDT,
Amours nomades

Gallimard, 2008
Collection Folio 2€
















isabelle eberhardt
Biographie


Isabelle Eberhardt est née en 1877 à Genève . Journaliste et écrivain d'origine russe, elle est issue d’une famille d’aristocrates et a eu une enfance marginale et libertaire. Très tôt elle  a vécu hors de toute contrainte sociale.
    
A 20 ans, Isabelle quitte Genève pour Bône, dans l’Est constantinois, en Algérie. Elle entend parler pour la première fois de ce pays  par ses demi-frères, engagés dans la légion militaire. Elle découvre un pays, une culture, une religion qui va l'imprégner totalement.    
     
Fascinée par l'Islam et le désert, elle décide de se convertir et d’adopter une vie errante. Elle devient donc un étonnant témoin de la réalité algérienne au temps de la colonisation.

Pendant une grande partie de son existence, Isabelle Eberhardt mène une vie de nomade en Afrique du Nord (sur la côte algérienne d’Oran, dans le Sahara, au sud-ouest du Maroc et à l’est de la Tunisie). Elle se familiarise avec les mœurs et les dialectes des régions qu’elle parcourt et est l’une des premières femmes du 20e  siècles à voyager seule. Elle prend plusieurs identités comme celle de Mahmoud Saadi. Convertie à l’Islam, c'est déguisée en homme bédouin (les Bédouins sont  des nomades de culture arabe vivant dans des régions désertiques du Moyen-Orient), drapée dans les plis de son burnous (manteau en laine long avec une capuche pointue et sans manches), le crâne rasé coiffé d’un haut turban, qu'Isabelle Eberhardt va parcourir les « routes » d’Afrique du nord.
       
Dans les tribus, elle est reçue en tant que "taleb", c'est-à-dire étudiant,  "demandeur de savoir " ou "voyageur en quête de sens".

Se faisant passer pour un homme, elle peut entrer dans tous les lieux où les femmes ne sont pas admises, ce qui facilite aussi son travail de journaliste.  Elle se marie avec Slimène  Ehnni, jeune soldat indigène de l'armée française en Afrique du Nord, ce qui provoque un scandale. Sa vie peu conventionnelle fait que les colons français  se mettent à la surveiller.

        
Elle collabore aussi avec le  journal  Akhbar et est envoyée à Ain-Sefra comme reporter de guerre pendant les troubles près de la frontière marocaine.

En 1904, âgée de 27 ans, elle trouva la mort dans l’inondation d’Ain-Sefra.
      
Vue comme le Rimbaud féminin, elle s’inspire, dans ses récit, de Loti et de Fromentin.

Elle a écrit  de nombreux articles, nouvelles, récits, romans, centrés sur l'Islam. Dans son approche du Maghreb, elle rompt complètement avec l'orientalisme et le pittoresque.




L’œuvre
        
Ce livre se compose de douze nouvelles extraites du volume intitulé Amours nomades publié aux éditions Joëlle Losfeld en 2003. Elles ont été éditées à partir des manuscrits conservés aux archives d’outre-mer d’Aix en Provence et des journaux de l’époque où certaines d’entre elles avaient paru. Elle ont sûrement été écrites entre 1900 et 1904 c'est-à-dire à la fin de sa vie.
       
Les nouvelles sont très courtes, allant de trois à une dizaine de pages. Le livre se lit rapidement et l’écriture et fluide. Toutefois, il faut connaître le contexte historique (pendant la colonisation et les conflits entre population  locale et armée française), culturel et religieux pour bien saisir toute la richesse des nouvelles. En effet, la culture n’étant pas la même et le vocabulaire parfois non expliqué, nous n'avons pas le même regard sur l’œuvre et ne pouvons pas tout comprendre.
       
Malgré les différentes histoires, nous pouvons trouver un fil conducteur à ce livre. En effet, la première nouvelle (Amara le forçat) raconte le retour d’ Isabelle Eberhardt sur le sol algérien pour une affaire judiciaire où  elle est la victime. Les nouvelles centrales évoquent la vie des populations qu’Isabelle va rencontrer. Enfin, la dernière nouvelle de ce livre décrit l’errance et la mort d’un vagabond qui préfère abandonner la femme qu’il aime pour répondre à l’appel de la route. Ce vagabond ressemble beaucoup à l’auteur.
       
Certaines nouvelles, comme Amara le forçat ou la Zaouïa, la mettent directement en scène ; elle est son propre personnage. Elle y dit clairement  qu’elle est habillée en homme et raconte les moments de la prière et ses échanges avec les Maghrébins.

Dans les autres, elle va plutôt nous raconter la vie des nomades… Elle sera un peu plus en retrait.
      
Les nouvelles sont aussi regroupées autour d'un même thème : l’amour ; l’amour impossible entre deux personnes, l’amour pour des animaux, l’amour pour la route…


Les expériences personnelles rapportées dans les nouvelles sont heureuses ou tragiques, douces ou violentes mais Isabelle réussit toujours à rapporter la beauté du lieu, attentive aux odeurs, aux bruits, aux couleurs  qui le caractérisent, soucieuse de peindre au plus près le peuple arabe. Par exemple, dans Le Vagabond, elle décrit le lieu que voit le personnage éponyme quand il se réveille comme ceci :

« Un matin, les pluies lugubres cessèrent et le soleil se leva dans un ciel pur, lavé des vapeurs ternes de l’hiver, d’un bleu profond. Dans le jardin discret, le grand arbre de Judée tendit ses bras chargés de fleurs en porcelaine rose. Vers la droite, la courbe voluptueuse des collines de Mustapha s’étendit et s’éloigna en des transparences infinies. Il y eut des paillettes d’or sur les façades blanches des villas. Au loin, les ailes pâles des barques napolitaines s’éployèrent sur la moire du golfe tranquille. Des souffles de caresse passèrent dans l’air tiède. Les choses frissonnèrent. Alors, l’illusion d’attendre, de se fixer et d’être heureux, se réveilla dans le cœur du Vagabond. » (p.115)

L’écriture est donc poétique, magique dans les descriptions des paysages mais aussi dans la relation entre homme et femme. Par exemple, dans Le Roman du turco, Isabelle Eberardht décrit l’acte amoureux entre Si Allela et Melika en ces termes :


« Si Allela lui savait gré de sa grâce et de sa réserve qui donnaient une  saveur toute particulière à leur entretien prolongé, telle une délicieuse torture, dans le clair-obscur rosé du crépuscule tiède. Dans une chambre tapissée de faïence et dont un léger rideau fermait la porte, Si Allela goûta une ivresse inconnue, en gamme ascendante dans l’intensité inouïe de la sensation allant jusqu’à l’apothéose. » (p.46)

Enfin, dans presque toutes les nouvelles, apparaît la soumission de la femme, vouée à rester à la maison et promise par son père ou son frère à un homme riche.

Dans cette œuvre, où elle ne fait pas l'éloge des Français, Isabelle Eberhardt veut retranscrire la vie d’un peuple et d’une culture qu’elle souhaite célébrer. Cette œuvre nous fait voyager, par le thème de l’amour, dans l’Afrique du nord du début du 20e siècle.

Pour conclure,  Isabelle Eberhardt se décrivait ainsi :
«Nomade j’étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterai toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés.»


Elodie, 2e année Bib-Med



Isabelle EBERHARDT sur LITTEXPRESS


Eberhardt Amours nomades



Article de Hafed sur Amours nomades.






                     








Par Elodie - Publié dans : littérature de voyage
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