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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 07:00

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Isabelle RIVOAL
Grosse
 Le Dilettante, 2012.









 

 

 

Biographie

Isabelle Rivoal naît en 1965 puis grandit à Stuttgart en Allemagne où elle suit une formation de danseuse et d’acrobate. Depuis sa majorité, elle est installée à Paris. L'écriture n'est pas son activité principale ; elle est comédienne et trapéziste. Il semble donc logique que son roman Grosse soit paru chez aux éditions Le dilettante puisqu'un dilettante, c'est « quelqu'un qui s'adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir ».




Résumé de l'éditeur

« Certains sont forts, d'autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d'obésité. Adèle, elle, l'héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif : elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d'humanité sans rives, ni bornes. »



Analyse

D'entrée de jeu, on peut dire que cette présentation intrigue, voire choque. En effet, on se demande à quoi peut bien ressembler une telle personne. Pourtant, le titre et la couverture (qui représente un corps en plan rapproché d'une femme ronde) nous avaient bien donné des indices sur le contenu du livre. J'ai vu ce livre dans la sélection du magazine Lire ; le titre et ce résumé m'avaient interpellée. Cependant, je dois avouer que je m'attendais à une sorte de témoignage fictionnel sur l'obésité, les réflexions que l'on peut avoir lorsque l'on en souffre, des anecdotes, des questionnements, … Or, ce n'est pas du tout le cas.

Tout d'abord, Grosse n'est pas toujours écrit à la première personne, cela casse donc le côté « témoignage / histoire vraie » dans certains chapitres. L'histoire est double, c'est-à-dire que nous prenons connaissance de deux histoires simultanément. En effet, un chapitre sur deux nous présente la vie d'aujourd'hui d'Adèle, le personnage principal, telle qu'elle la vit à l'intérieur de son appartement d'où elle ne peut plus sortir. Ces chapitres sont rédigés à la première personne. Au contraire, l'autre histoire est racontée par un narrateur extérieur à celle qui a toujours pour sujet la vie d'Adèle.

Toutefois, c'est la vie passée d'Adèle qui nous est présentée. Elle retrace son histoire d'avant sa naissance jusqu'à sa vie d'aujourd'hui. Ainsi, chaque chapitre nous parle d'Adèle à une tranche d'âge définie : avant sa naissance, bébé, enfant, adolescente, jeune adulte… Nous suivons ainsi son évolution, aussi bien mentale que corporelle. En effet, plus le temps passe, plus Adèle grossit. Mais, fait étonnant, cela ne l'inquiète pas. C'est là que ce roman diffère d'autres qui peuvent traiter d’un sujet similaire. Adèle ne se morfond pas, elle ne se déteste pas, elle n'a pas de mal-être. Pourtant, sa corpulence est telle qu'elle ne peut même pas se déplacer, elle est condamnée à rester assise sur son lit et est donc totalement dépendante de son compagnon Antoine.



Nous, lecteur, nous demandons automatiquement pourquoi Adèle se complaît dans cette situation. En effet, aujourd'hui nous sommes dans une société qui prône la minceur, les moindres kilos en trop sont condamnés, alors comment fait-elle pour aimer ce corps si démesuré ? Premièrement, Adèle est immobilisée et vit donc presque comme un ermite. Les rares et principales personnes qu'elle voit sont son petit ami Antoine et Zohra, une femme qui s'occupe d'elle notamment pour lui faire la toilette. Comme dit précédemment, Antoine aime Adèle comme elle est et la trouve belle. Mais il n'est pas le seul dans ce cas : « Zohra [la] vénère » (p. 41). En effet, dans son pays, les hommes aiment les femmes avec des rondeurs et elle-même déplore d'être trop maigre. Du coup, elle ne cesse de le rappeler à Adèle : « Les hommes, ils auraient fait n'importe quoi. Ils se seraient battus. Tous, ils auraient voulu avoir vos faveurs. Une reine ! ». On peut donc penser que le fait que les personnes qu'elle côtoie la trouvent formidable est une explication au fait qu'Adèle se trouve bien comme cela, même si elle ne peut plus rien faire d'elle-même, pas même marcher.


Nous pouvons également nous demander comment elle en est arrivée à une situation aussi extrême. Grâce aux chapitres qui nous racontent son enfance, on apprend qu'elle n'a pas eu une enfance facile. Sa mère n'avait pas d'affection pour elle, dès sa naissance : « Qui me dit que c'est le mien ? […] Mais il ressemble à n'importe quel bébé. » (p. 23), et elle a fini par divorcer du père d'Adèle qui ne le verra presque plus. On apprend même que lorsqu'elle avait environ trois ans, Adèle a séjourné un long moment à l'hôpital car elle refusait de manger. Elle était trop maigre et se laissait mourir de faim : « Le médecin leur apprit que leur petite fille était en train de mourir de faim, l'estomac s'était réduit à la teille d'une prune et tellement crispé qu'il ne pouvait plus accepter la moindre nourriture. » (p. 70). Après ce drame, Adèle n'aura plus de problèmes pour manger et vivra presque tout le temps chez sa nourrice. On peut donc penser qu'elle s'est réfugiée dans la nourriture en réaction à cette épreuve qu'elle a vécue étant enfant pour, inconsciemment, ne plus revivre ce traumatisme. On peut trouver une autre explication dans le tout premier chapitre sur sa vie passée qui parle de l'époque où elle était encore dans le ventre de sa mère : « Du plus loin qu'elle se souvienne, Adèle ne voulait pas bouger. Elle ne voulait pas sortir du ventre de sa mère. […] D'instinct, elle évitait déjà tout effort et ne se retourna pas. » On peut donc en déduire qu'Adèle cherche ainsi à retrouver cet état initial.



L'histoire nous présente quelques intrigues. La première, et qui est aussi celle qui va durer tout au long du roman, est la question du logement. Adèle est devenue trop imposante pour l'immeuble où elle vit, les voisins se plaignent car leur plafond présente des fissures. Adèle et Antoine doivent donc déménager. Ainsi, tous ces chapitres ont le même titre, suivi d'un numéro à chaque fois : « L'état des lieux 1, 2, 3... ». Cet état des lieux est aussi bien un état des lieux de l'appartement que celui d'Adèle. L'auteure a sans doute voulu jouer là-dessus.

La seconde arrive plus tardivement dans le récit et est amenée par Antoine. Ce dernier se pose de plus en plus de questions sur sa relation avec Adèle et décide même de rompre avec elle. En effet, il pense qu'il a un problème pour désirer un tel corps : « Je suis déformé, se dit-il, saturé, gavé. Devrais entamer une cure de désintoxication, revenir à des plaisirs simples. Corps maniables. » (p. 229). Il comprend qu'il est prêt lorsqu'il ressent du désir pour une femme mince assise à la même terrasse que lui : « Elle décroisa, puis recroisa ses jambes qu'elle avait nues […] Il eut une petite érection et se dit que c'est bon signe ». Il va donc décider de mettre un terme à leur relation quand ils auront déménagé. Il commence ainsi à assumer de moins en moins son désir et à craindre le regard des autres. D'ailleurs, quand les pompiers viendront chercher Adèle pour la faire déménager, il se cachera dans l'immeuble. Adèle aussi commence à avoir des doutes sur sa capacité à plaire : « Je commence à perdre mes formes. […] Je vais devenir une masse neutre. Je n'aime pas ça ! Comment susciter le désir ? » (p. 159).



Ce roman traite ainsi beaucoup de la sexualité, notamment de la question du désir, surtout celui d'Antoine pour Adèle. Cette dernière n'a pas l'air de s'en étonner et le comprend même. Elle aime être comme ça, elle le dit par exemple à la page 12 : « J'aime me remplir et sentir le poids des aliments m'ancrer dans mon matelas. » À la même page, elle nous parle du désir d'Antoine : « Là, sous mes seins, quelque chose chose de nouveau. […] Je suis une femme pleine de surprises ! Impossible d'en faire le tour en une fois quand le désir devient urgence. » Adèle a l'air convaincue de l'amour et du désir qu'éprouve son ami pour elle. En revanche, elle ne nous expose jamais ses sentiments. Ainsi, quand Antoine lui dit qu'il l'aime, elle répond : « Je sais. »

Isabelle Rivoal évoque à plusieurs reprises la sexualité, sans pudeur : « son sexe qui bandait », « il faisait des rêves érotiques et humides » mais les récits sur ce sujet sont généralement très courts.



Pour conclure, Adèle est un personnage complexe puisque, malgré de nombreux détails sur son enfance, nous ne la comprenons pas vraiment. Tous les personnages dont on nous raconte un peu l'histoire ont eu un impact sur la vie de cette femme et quand on lit ses pensées d'aujourd'hui, on voit qu'elle pense parfois à eux. J'ai beaucoup aimé ce roman, même si j'aurais préféré que les chapitres « L'état des lieux » soient plus longs. Ils ne font en général qu'une ou deux pages alors que les chapitres sur le passé peuvent faire jusqu'à dix pages. De cette manière, le passé empiète un peu sur l'histoire qu'elle vit actuellement, ce que je trouve dommage bien qu'intéressant. De plus, je me suis souvent demandé où cette histoire allait mener puisque, bien que narrative dans le passé, elle est essentiellement descriptive dans le présent. L'écrivain nous décrit ainsi le corps d'Adèle, les lieux, les pensées des personnages. Je ne savais pas quelle fin pouvait avoir été inventée et j'ai été surprise par ce qui a été choisi, la fin est plutôt radicale.


Marjolaine, 2e année bib.-méd..

 

 

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