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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 07:00

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Ivo ANDRIĆ,
Contes de la solitude
traduits du serbo-croate
par Sylvie Crakic-Begic

et Pascale Delpech,
Éditions L’Esprit des péninsules, 2001

Livre de poche Biblio, 2006

 

 

 

 

 

 




Ivo-Andric.jpgIvo Andrić

À la fois écrivain, diplomate et homme politique yougoslave, il a écrit des poèmes, des nouvelles, des romans et des essais.

Il est né en 1892 à Travnik en Bosnie-Herzégovine dans une famille croate plutôt modeste. Il fait des études d'histoire et de littérature à Zagreb, à Vienne puis à Cracovie et soutient en 1923 une thèse sur la vie spirituelle de la Bosnie sous les turcs. Pendant ses études, il devient membre de l’organisation « Jeune Bosnie », un mouvement révolutionnaire militant pour la création d’une fédération rassemblant tous les slaves ce qui lui vaut d’être emprisonné. Pendant cette période, il a surtout écrit de la poésie.

En 1918, il devient éditeur à Belgrade (qui était à cette époque la capitale de la Yougoslavie) et s’intègre bien dans ce milieu littéraire. Il se fait très vite remarquer par le gouvernement qui voit chez lui des compétences intellectuelles mais aussi un passé de militant dans l’organisation « Jeune Bosnie ». Il commence alors une carrière de diplomate pendant laquelle il défend, dans plusieurs capitales européennes, les intérêts de la Yougoslavie. Pendant cette période, il écrit quelques nouvelles. La nouvelle est un genre qu’il affectionne particulièrement et ce jusqu'à la fin de sa vie.

En 1941, lorsque les Allemands bombardent Belgrade, il décide de rentrer à Belgrade et de cesser ses activités politiques. C’est à ce moment-là qu’il se met à écrire ses deux œuvres les plus connues, Le Pont sur la Drina et La Chronique de Travnik. Après la guerre, Ivo Andrić entre au Parti communiste de Yougoslavie. Il devient par la suite député à l'Assemblée nationale de la République populaire de Bosnie-Herzégovine et à l'Assemblée fédérale de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, membre de la rédaction de plusieurs journaux, membre de l'Académie serbe des Sciences et des Arts en 1946, et enfin président de l'Association des Écrivains serbes.  En 1961, il obtient le prix Nobel de littérature.


Il meurt à Belgrade en 1975.

Parallèlement à ses activités politiques, il a su construire une œuvre littéraire considérable. Il est l’auteur le plus connu et le plus traduit de la littérature serbo-croate.

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Contes de la solitude

Contes de la solitude est un recueil de quatorze nouvelles qui, pour la plupart (onze exactement), ont été retrouvées après la mort de l’auteur. Elles ont été traduites en français pour la première fois en 2001.

Le recueil commence par un prologue dans lequel le narrateur nous fait entrer dans l’atmosphère de son pays chargé d’histoire. Il nous y décrit une maison de Sarajevo où il a passé un été, quelques années auparavant. Dans ce lieu, la brume laissée par le sommeil et les rêves de la nuit lui apporte la visite de personnages qui sont pour la plupart d’anciens habitants de la ville ou du pays. Ces gens-là viennent le solliciter, lui raconter leur histoire, leurs malheurs, leur solitude, leurs prises de conscience...

« Non seulement les gens m'agressent de leurs cris, de leurs rires indiscrets, paradent et laissent piétiner leurs chevaux sous mes fenêtres, non seulement ils se servent du poids moral de leurs patronymes historiques et de leur notoriété – ils n'appartiennent pas à la même époque ni par leur destin ni par leurs origines. Ils sont de partout et de toutes les sortes. Ils n'ont en commun que le seul fait de se réunir –, mais parfois, autour de cette maison de Sarajevo qui est la mienne, ils laissent aussi des traces invisibles mais bien réelles, suffisamment vivantes pour perturber une matinée destinée à d'autres occupations, tentant par tous les moyens d'occuper mes pensées et d'attiser mon imagination. »

Toutes sortes de gens aux destinées différentes qui « passent sous ses fenêtres » viennent raconter leur histoire au narrateur :


un aventurier de la noblesse française en pays ottoman, arrogant, profiteur qui fini par perdre la faveur de tous,
un vizir déchu autrefois sévère, arbitraire et cruel,
un menteur incorrigible qui ne cherche qu’à être cru par quelqu’un,
un géomètre qui, ne parvenant pas à communiquer avec sa femme qui l’ignore, finit par se suicider,
une femme battue par un mari indifférent et colérique et qui ne trouvant pas son compte de tendresse se prostitue,
un directeur de cirque malheureux en amour,
une esclave mise en cage sur une place de marché qui, préférant la mort à la captivité, se suicide,
une femme au passé douloureux qui a passé sa vie à élever des enfants qui n’étaient pas les siens, loin de son pays et de sa famille,
un prince aux yeux tristes ayant sous son autorité un pays ridiculement petit,
un homme acclamé comme un roi pour avoir tué un ennemi redoutable de son pays mais qui, lui, est enveloppé par un grand froid et dégoût, d’une grande solitude intérieure,
un scribe dépressif de Dubrovnik qui a perdu le goût de vivre.


Analyse de l’œuvre

Solitude

Ces histoires qui défilent comme une galerie de portraits ont un point commun : la solitude, soit extérieure, soit intérieure qui transparaît dans chacun des personnages. Le recueil Contes de la solitude porte bien son nom. La solitude y est plus qu’un thème, c’est une des substances premières du recueil puisque c’est la solitude-même qui pousse chacun des personnages à venir raconter son histoire, et que c’est elle qui lie les récits entre eux. Que ce soit ce cet aventurier français en pays ottoman, ce géomètre ignoré par sa femme ou cette femme battue qui se prostitue, ils sont tous seuls, au fond, ils connaissent tous un moment de solitude.

Humanité

Le recueil d’Ivo Andrić en est bouleversant d’humanité. Les personnages se livrent tels qu’ils sont avec leurs forces et leur faiblesses, leurs richesses et leur pauvreté. Ivo Andrić est fin connaisseur de l’humain et de la psychologie humaine. Sa façon de décrire avec précision le caractère des personnages, l’évolution de leurs sentiments et de leurs idées, de raconter leurs bons et leurs mauvais moments, sans jugement mais avec lucidité, profondeur et sérénité, proximité et détachement en témoigne.

Histoire et légende
   
L’atmosphère dans laquelle Ivo Andrić introduit ces personnages est assez particulière. C’est en effet un auteur à part, un peu atypique. Selon l’Encyclopædia Universalis, on ne peut pas vraiment le situer dans un courant littéraire et même s’il semble proche du réalisme, il n’est pas vraiment réaliste puisque sa documentation historique et géographique bien que rigoureuse est en même temps teintée de légende, ce qui fait paraître son œuvre hors du temps. Predrag Matvejevitch, l’auteur de la préface du livre, nous dit en effet que Ivo Andrić n’a pas fait de l’histoire le cadre de son récit mais sa matière et sa substance même. Cette essence historique teintée de légende rappelle à certains Les Contes des mille et une nuits (dans lesquels Shéhérazade pour faire patienter son bourreau lui raconte des histoires).


Ivo Andrić a réussi à faire ce que beaucoup d’auteurs ont tenté sans y parvenir : un pont entre Orient et Occident, entre des temps légendaires et l’histoire, en y mêlant aussi la modernité par son analyse psychologique de l’homme hors du commun. Cela fait des Contes de la solitude un ouvrage rare et universel.


Myriam Bluteau, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

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Published by Myriam - dans Nouvelle
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