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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 19:00

Ivo Andric Contes de la solitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ivo ANDRIĆ
Contes de la solitude
rraduction de Sylvie Ckakic-Begic
et préface de Pedrag Matvejevitch
Belfond, 1999,
L'esprit des péninsules, 2001,
Le livre de poche Biblio en 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 





L’auteur en quelques points

Ivo Andrić est un homme qui consacre sa vie à la politique et à la littérature. Il naît le 9 octobre 1892 dans un petit village près de Travnik en Bosnie-Herzégovine. Il grandit dans une famille catholique d’artisans pauvres et fait des études d’histoire et de littérature.

Ses premiers poèmes paraissent en 1911 dans la revue Bosanska vila (La Fée bosniaque) puis en 1914 dans l’anthologie Hrvatska mlada lirika (Nouvelle Poésie croate).

Il connaît les prisons autrichiennes et l’exil lors de la Première Guerre mondiale à cause de ses prises de position et de son engagement dans les rangs de l’organisation révolutionnaire « Jeune Bosnie ». Ces événements lui inspirent deux livres, Ex Ponto (1918) et Inquiétudes (1920).

Il devient éditeur à Belgrade en 1918 et s’intègre au milieu littéraire de cette ville. Belgrade reste toute sa vie durant son point d’ancrage. En 1941, Andrić refuse de prêter allégeance au régime de Milan Nedic, le pays étant sous le régime d’administration militaire du troisième Reich. La publication de ses livres est interdite durant l’occupation nazie. Lorsque Belgrade est bombardée, en 1941, il refuse de se réfugier en Suisse, et se fait héberger par un ami. C’est là qu’il se plonge dans la rédaction de ses deux œuvres les plus connues, Le Pont sur la Drina et La Chronique de Travnik, qui paraissent après la guerre.

C’est à ce moment-là que ses carrières de politicien et d’auteur atteignent leurs points de culminance. Après la Seconde Guerre mondiale, Andrić entre au Parti communiste de Yougoslavie, il devient député à l’Assemblée nationale de la République populaire de Bosnie-Herzégovine et à l’Assemblée fédérale de la République socialiste fédérative de Yougoslavie. Il est également membre de la rédaction de plusieurs journaux et en 1946 il devient membre de l’académie serbe des Sciences et des Arts, puis président de l’Association des écrivains serbes.

Sa carrière d’auteur est ponctuée de nombreux prix littéraires en Yougoslavie et en 1961 il obtient le Prix Nobel de Littérature. Cela permet à son œuvre d’être traduite en Europe, aux États-Unis, en Turquie et dans de nombreux pays arabes.

Ivo Andrić meurt en 1975 à Belgrade. C’est l’auteur le plus connu et le plus traduit (40 langues) de la littérature serbo-croate.


Une préface à ne pas négliger

Le recueil Contes de la solitude débute par une préface de Pedrag Matvejevitch. Comme Andrić, il est partisan d’une Yougoslavie unitaire et il milite encore. Il connaît également la prison pour avoir revendiqué ses idées avec virulence. Matvejevitch est aussi détenteur de plusieurs prix littéraires parallèlement à sa vie de politicien. C’est alors un homme qui, par certains côtés, ressemble à Andrić, ce qui nous apporte un éclairage sur l’auteur.

La préface nous fait entrer dans l’ambiance du recueil. En effet, Matvejevitch nous fait partager sa vision d’Andrić d’une façon très personnelle. Nous découvrirons des lambeaux de vies tout au long du recueil, présentés  d’une façon très intime et en même temps très lointaine. Andrić nous est décrit également de cette façon par Matvejevitch. Celui-ci nous apparaît comme quelqu’un d'extrêmement proche et en même temps de très renfermé sur lui-même. Homme public et politicien, Andrić semble protéger son être de la vie extérieure et ne faire partager qu’un bout de lui-même lorsqu’il se retrouve en société.

« Je l'observais discrètement à la cérémonie de son quatre-vingtième anniversaire à Sarajevo : il lut, d'une voix à peine audible, indifférent, comme s'il parlait de quelqu'un d'autre, quelques courtes phrases simples, peut-être même banales. L'auteur se cachait derrière un masque qui lui servait en fait de bouclier. Il devait protéger cette partie de lui à laquelle est liée son œuvre. C'est à cette condition qu'il sauvait cette œuvre même. »

On pourrait presque établir un parallèle entre cette attitude et la construction de Contes de la solitude. Des personnages qui souffrent de la solitude en silence et un auteur qui semblent être seuls même au milieu de tous.

«Je m'aperçus que les mouvements d'épaules et des mains de Andrić, les expressions de son visage et de ses yeux ne ressemblaient pas à ceux que je connaissais : ses attitudes étaient vraisemblablement intérieures.  »


Andrić et le recueil Contes de la solitude

Le recueil se compose d’un prologue et de quatorze nouvelles.

Tout d’abord le prologue nous fait découvrir le cadre du recueil : une maison de Sarajevo. Nous apprendrons quelques lignes après qu’Andrić y a passé les étés de son enfance. Il nous la décrit d’une façon très précise, les étages n’ont alors plus de secret pour nous.

Andrić crée une ambiance particulière entre le cotonneux du songe qui s’éloigne et la douceur d’un matin d’été. Cette sensation de douceur et de souvenir est ce qui précède l'écriture des nouvelles. Andrić attend dans cette maison que ses souvenirs volatils remontent à la surface pour les fixer sur le papier. Il est en embuscade, il s’impose une discrétion envers lui-même pour ne pas troubler ses réminiscences.

«  Ensuite, lorsque je me prépare et me mets au travail, ne cessent d'affluer, avec une multitude de détails minutieux, personnages des récits et fragments de leurs conversations, réflexions et comportements. Je dois maintenant me défendre et me cacher d'eux, m'emparant du plus de détails possible, jetant tout ce que je peux sur le papier déjà prêt. »

Débutent alors les récits de ce qu’Andrić réussit à capturer. Nous plongeons dans des bulles qui renferment les secrets les plus intimes des personnages. Nous sommes témoins de leurs destins, de leurs misères et de leurs solitudes. Toutes ces bulles semblent individuelles et pourtant elles sont similaires. Des personnages qui sont dans une solitude profonde mais qui se ressemblent par cette caractéristique commune. Personne n’est à l’abri de ce sentiment comme nous le montrent la pluralité des personnages et leurs origines sociales complètement différentes. Peu importe leurs religions, leurs mœurs ou leurs défauts, nous assistons à un bout de leur vie sans nous positionner en juge. En mettant ainsi en scène les plus grandes faiblesses humaines sans la dimension morale, elles apparaissent alors comme une véritable force. Ce rapport à la faiblesse qui est indissociable de la nature humaine souligne alors la grandeur de l’homme. Il n’est pas question de héros fantastiques et intouchables ; ici, il s’agit de l’homme entier avec ses forces et ses faiblesses.

 Andrić nous invite à une véritable remise en question et ses nouvelles sont un appel à la tolérance et à la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Tous différents mais pourtant tous similaires. On retrouve ici l’influence de ses idées politiques, Andrić ayant été un fervent défenseur d’une Yougoslavie unitaire durant sa vie.

Chaque nouvelle est en fait un souvenir qu’Andrić nous fait partager. Il s'y met lui-même plus ou moins en scène. Les nouvelles nous apparaissent alors soit comme des souvenirs de l’auteur soit comme les souvenirs des personnages qui viennent les partager avec Andrić.

« Géomètre P., de S., répète-t-il en soulignant chaque mot. Je le regarde et force en vain ma mémoire. Je ne trouve nulle part parmi mes connaissances ni ce nom ni ce visage, ni dans le présent ni dans le passé. Mon invité attend patiemment puis il m'aide discrètement. Il parle d'une rencontre dans un train, d'un voyage de Belgrade à Novi Sad. Il y a longtemps... il y a bien des années.»

Le rapport au temps est très présent dans les nouvelles, c'est une confrontation permanente entre présent et passé. Comment restituer un passé qui ne nous appartient pas, et surtout comment lui donner un sens ? Andrić réussit avec finesse à nous faire partager un bout de passé étranger de façon que nous nous sentions concerné par ces destins. Ils ne nous inspirent pas de la pitié ou du dégoût, mais au contraire un véritable désir de comprendre l'action humaine.

 
Pour conclure, il est important de mentionner ce qui caractérise Andrić, il est un véritable pont entre l'Orient et l'Occident. Cet homme qui semblait « isolé même lorsqu'un grand nombre de personnes se tenaient à ses côtés » réussit pourtant à nous faire vivre de manière très intense la destinée d'un homme. Le recueil Contes de la solitude est une œuvre intemporelle qui retrace le cheminement de sentiments universels.

Margaux, 1ère année Éd.-Lib.


Ivo ANDRIĆ sur LITTEXPRESS

 

Ivo Andric Contes de la solitude 2

 

 

 

 Article de Myriam sur Contes de la solitude.

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Published by Margaux - dans Nouvelle
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