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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:00

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J.M.G. LE CLÉZIO
Histoire du pied et autres fantaisies
Gallimard, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques

 Jean Marie Gustave Le Clézio est né le 13 Avril 1940 à Nice, et donc dans une période de trouble. Ses parents sont originaires de l’île Maurice, dont il a aussi la nationalité. Son père, Raoul Le Clézio, officiait en Afrique en tant que médecin au service de l’Angleterre. L’enfance de l’auteur est alors marquée par une longue traversée en bateau pour aller le rejoindre au Nigeria et le thème du voyage est l’un des points forts  de ce recueil de nouvelles mais aussi d’une grande partie de son œuvre (cf. autres fiches de littexpress sur Le Clézio). C’est ainsi qu’à peine âgé de sept ans, et très influencé par son grand-père maternel, Le Clézio commence à écrire.

Il fait de longues études littéraires et exerce le métier de professeur plusieurs fois dans sa vie mais ce qui le passionne reste avant tout les différentes mythologies. Ainsi s’intéresse-t-il aux mythes africains, à toute la culture amérindienne découverte grâce à une partie de son service militaire effectué au Mexique (où il va vivre au contact de tribus indiennes et en apprendre les langues), aux mythes de Corée où il va enseigner à l’université des femmes Ewha.

Le Clézio s’est enrichi de ces cultures, s’est presque approprié leurs modes de vie et de pensée et cela a influencé non seulement sa façon d’écrire, mais aussi les choix des sujets abordés dans ses romans et nouvelles.

Il a reçu le prix Nobel de Littérature en 2008, l’Académie Nobel le qualifiant d’« écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle », d’« explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante ».

 

 

Neuf nouvelles et un apologue

 

Histoire du pied (Un ; Deux ; Trois ; Epilogue)
Barsa, ou barsaq
L’arbre Yama
L.E.L, derniers jours
Nos vies d’araignées
Amour secret
Bonheur
Yo
Personne
À peu près apologue.

 

 

 

Un recueil qui rend hommage au courage des femmes

Le recueil est constitué de dix nouvelles, presque toutes axées sur une héroïne qui fait preuve de force et de volonté. Cette figure féminine dans « Histoire du pied et autre fantaisies », est profondément émouvante, et passe par tous les âges (enfant dans « L’arbre Yama », jeune femme dans « Barsa ou barsaq » et « Histoire du pied », adulte dans « L.E.L, derniers jours » et  « Amour secret »). Toutes de cultures différentes, et possédant pourtant la même bravoure et la même énergie à essayer d’améliorer leur condition ou même d’en sortir, à soutenir un être cher et à accomplir une tâche périlleuse. Pourtant Le Clézio n’écarte pas non plus leurs faiblesses ou leurs défauts. Le portrait qu’il dresse est juste celui de femmes ordinaires, pour certaines même ayant véritablement vécu (« L.E.L. , derniers jours » dont l’héroïne est la poétesse anglaise Letitia Elizabeth Landon), qui choisissent de se battre le moment venu pour avancer.

Voici quelques extraits d’interviews qui peuvent éclairer le lecteur sur la démarche de l’auteur à propos de l’image de la femme perçue dans le recueil :

 

« Les personnages féminins ont une place très importante dans ce recueil, souvent le personnage principal, elles sont victimes de la violence du monde, mais elles y font face avec courage. Pour quelles raisons avez-vous choisi de mettre au centre de ce recueil les femmes ?

  J.M.G. Le Clézio — Des femmes oui, de très jeunes filles, car ce sont elles qui sont concernées par la révolte, qui doivent faire face à un monde où règnent l'ambition, l'asservissement et l'orgueil des hommes. Elles affirment la vie, parfois jusqu'à la mort, comme la poétesse Letitia Elisabeth Landon. »

(Extrait de la rencontre entre Gallimard et l’auteur).

 

« L'héroïsme au féminin, encore... Vous portez une telle admiration aux femmes, votre nouveau livre les met superbement à l'honneur. Que leur devez-vous donc ?

Je dois beaucoup à ma grand-mère, qui était une femme étonnante. Elle venait de l'est de la France, avait été très riche, mais mon grand-père, un Mauricien assez inconséquent ou pas très doué pour les affaires, avait tout perdu. Ma grand-mère vivait à une époque où les femmes n'avaient aucun droit sur leur argent, elle s'est retrouvée pauvre, pendant la guerre, à un âge avancé, mais c'est grâce à elle, à son ingéniosité, que nous avons tous survécu jusqu'à la fin de la guerre dans le sud de la France. Et pour nous faire passer à travers tout cela, elle détendait l'atmosphère en racontant des histoires, c'était une conteuse. Donc une romancière. Je lui dois beaucoup de ce goût que j'ai pour la littérature qui est un merveilleux outil d'assurance et de sérénité dans des périodes difficiles, ce bonheur d'utiliser la langue pour se divertir du réel, pour lutter contre lui. »

 (Extrait de la rencontre entre lepoint.fr et l’auteur)

 

 

Une histoire de révolte

Histoire du pied et autres fantaisies, c’est aussi une voix donné à ceux et celles qui sont rejetés par la société et le monde, une dénonciation de la misère dans « Barsa ou barsaq », de la guerre dans « L’arbre Yama », de l’oppression dans « Bonheur » mais aussi un témoignage dans « Nos vies d’araignées » où cet animal très souvent déprécié de l’homme fait le récit de sa propre perception du monde qui l’entoure. Enfin le récit d’un homme perturbé dans « Yo » et d’un enfant pas encore né mais dont le destin est funeste dans « Personne ». L’auteur lui-même confirme : « j'avais choisi d'écrire des nouvelles sur le thème de la révolte, qui s'exprime davantage par les femmes, et particulièrement les jeunes filles ». Mais aussi à propos de « Nos vies d’araignées » :

 

« C'est une nouvelle que j'ai écrite dans les années 1970. J'ai pensé qu'elle pouvait très bien trouver sa place dans un recueil qui parlait, pour l'essentiel, de la force de la fragilité. »

 

 

 

Une scénographie révélatrice…

L’Afrique

Trois des neufs nouvelles se déroulent en Afrique, un choix très significatif au vu du passé de l’auteur. La première est « Barsa ou barsaq », où le décor est planté sur l’île de Gorée, dans la baie de Dakar (Sénégal).

C’est ici que Fatou, exploitée par sa tante Isseu, tombe amoureuse de Mahama. Il lui promet une vie meilleure, loin de cette île, où tous deux trouveront le bonheur, mais aussi un travail, essentiel à leur survie. Chacun leur tour ils partent, grâce à Omar, le Philosophe, le passeur. Mais l’un deux n’arrive pas à destination. Commence alors une véritable quête de l’être aimé…

La deuxième est « L’arbre Yama », une nouvelle mêlant les mythes africains à une atmosphère lourde due à la guerre qui menace d’éclater. Situer le lieu du récit au-delà du fait que l’histoire se déroule sur le continent Africain n’est pas chose facile. Quelques éléments d’ordre géographique nous sont donnés comme le point de repère du village Kalango où vit la famille de l’héroïne Mari, l’école catholique Our Lady of Fatima qu’elle fréquente et enfin la rivière Mano qui la guide dans sa recherche du refuge dans l’arbre Yama. Autant d’endroits existant en Afrique, mais pourtant aucun lien véritable entre eux, sûrement est-ce la part de fiction de la nouvelle. Mais il y aussi un repère temporel, « l’été 2003 », pour parler du début de cette tension militaire qui plane dans la région où vit Mari. 2003, l’année où a aussi débuté la guerre civile du Darfour…

Enfin, la troisième nouvelle est « L.E.L., derniers jours », l’histoire romancée de la poétesse anglaise Letitia Elizabeth Landon qui, en compagnie de son mari George MacLean, quitte l’Angleterre pour aller vivre au Ghana. Là, elle apprend que son époux, gouverneur de la colonie britannique, a vécu ici en compagnie de sa maîtresse noire et qu’ils ont eu une enfant. L.E.L est alors obsédée par la recherche de cette femme… Le mythe africain est encore très présent dans cette nouvelle, la mort de Letitia Elizabeth Landon étant imputée au sort jeté par « Adumissa, […] de la lignée d’Adoo dernier roi de Baffoo », autrement dit la wench, la maîtresse africaine du gouverneur qui a été chassée du Château de Cape Coast à la venue de Letitia.

Voici un autre passage de la rencontre entre l’auteur et lepoint.fr relatant au mieux sa relation avec le continent africain :

 

 « À la lecture de votre dernier recueil de nouvelles, Histoire du pied et autres fantaisies, on peut se demander si vous n'êtes pas devenu un écrivain africain.

 

C'est un grand compliment que vous me faites, je suis très touché par cette lecture parce qu'effectivement je me sens très proche des cultures africaines, de l'histoire, des traditions, mais aussi de la modernité des combats africains. Même si mes histoires ne se passent pas toutes dans des décors africains, je me sens très inspiré par cette réalité-là. Peut-être parce que ces années que j'y ai passées, entre huit et dix ans, sont formatrices, et que j'ai vécu dans un décor qui était à la fois magnifique, par sa beauté naturelle, mais aussi pauvre, démuni, avec beaucoup de violence. C'était dans l'intérieur des terres, pas du tout la frange occidentalisée de l'Afrique de l'Ouest, mais un petit village sur la rivière Cross où je rêve toujours de retourner. Quand je vois cette Afrique si mal traitée, mal jugée alors qu'elle a une histoire si ancienne, une créativité, comme celle d'Haïti, continuelle, et qui lui permet de renaître et de retrouver sa force, de génération en génération... À propos d'Indignés, je me sens, moi, un indigné de l'Afrique. »

 

 

Paris

Paris est le cadre permanent d’Histoire du pied. C’est aussi la ville de l’héroïne : Ujine, cette fille aux innombrables corrections orthopédiques. Elle y rencontre Samuel, aux pieds « longs et minces » si loin des siens boudinés et plats, et pour qui elle commence à danser, courir et à porter des talons hauts. Mais Samuel n’est pas un homme qui s’attache, il est bien plutôt du genre à imposer ses règles. « Histoire du pied » raconte l’effondrement de cette relation, qui anéantit Ujine. Mais en elle, un enfant est en train de grandir… Paris fait ici figure de grande ville où l’anonymat prime sur la personnalité. La foule ne permet pas à Ujine de retrouver Samuel, pourtant notre héroïne ne cesse de marcher, de parcourir la ville, de prendre le métro, pour oublier peut-être, et continuer à avancer malgré  le poids supplémentaire de l’enfant à naître.

« À peu près apologue » est l’écrit le plus personnel de Le Clézio. Il décrit sa source première d’inspiration : les gens, et définit aussi la démarche de l’écrivain. Pour lui « écrire, c’est comme le métro », cette somme de rencontres, de paroles captées, de bribes de conversations, de gestes révélateurs… Le Clézio, lors d’une rencontre, explique son sentiment des grandes villes :

 

« Je ne suis pas vraiment ennemi des grandes villes, dont j'aime le côté anonyme. En réalité, tous les personnages que j'imaginais, je les avais rencontrés dans le métro. À Paris, à Tokyo, à Séoul, je prends beaucoup le métro. J'aime m'abstraire de la ville – être sous terre est une façon de s'en abstraire –, être proche des visages, les scruter et imaginer... Ceux qui doivent prendre le métro quotidiennement et s'endorment, surtout le soir, fatigués par leur journée, trouveront que j'exagère les aventures qu'on peut y vivre, mais ce sont des instants qui peuvent être très forts. Quand on lit Lautréamont, on a une vision du quartier bourgeois de la rue Vivienne, près de la Bourse. Aujourd'hui, un écrivain qui prend le métro a un reflet plus exact de ce qu'est la rue parce qu'on y rencontre toutes les classes sociales et des gens venus de toutes sortes d'endroits, notamment de l'Afrique ».

 

 

 

Universalité

Les histoires racontées se passent à des époques différentes et sur plusieurs continents, mais cette multitude d’origines et de cultures n’a peut-être pas d’autre finalité en soi que de rapprocher les hommes. Ainsi, Mari l’Africaine va se lier d’amitié avec Esmée la Libanaise, Fatou se rapprochera de Zambo ce « mélangé de noir et d’Indien d’Amérique », Viram l’étranger dans « Bonheur » donnera de l’espoir aux Imparfaits, catégories de personnes rejetées de  cette société où le bonheur a disparu en même temps que le mot « bonheur » a été prohibé. Ainsi, comme le métro, la vie est faite de « passages, de moments, de voyages » où les hommes ont la possibilité de s’ignorer ou d’échanger et d’évoluer vers un monde nouveau.



L’importance de l’écriture

Le choix de la nouvelle n’est pas un hasard. Si l’histoire est certes condensée, l’écriture chez Le Clézio n’en reste pas moins pleine de finesse, de justesse et de poésie. C’est une écriture au service de ces personnes que l’on ne voit pas et n’entend pas, une écriture donc dans une certaine limite engagée, mais qui ne se donne pas trop d’importance et reste sans emphase.

Le Clézio explique pourquoi il a choisi ce genre littéraire :

 

« Ces neuf nouvelles ainsi qu'un apologue ont été écrits durant ces trois dernières années dans un esprit d'indépendance et d'aventure, pour dire des choses simples : le temps qui passe, la peur de l'enfermement, la guerre, l'obsession de la liberté et la difficulté de l'amour, l'étude magique du bonheur. J'aime bien le temps de la nouvelle, sa respiration, son rythme jour et nuit, son interrogation suspendue… ».

 

 

Golvine, 1ère année bibliothèques-médiathèques


Si vous voulez en savoir plus sur J.M.G Le Clézio à propos d’Histoire du pied et autres fantaisies, c’est ici :
Interviews écrites :

 http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/J.M.G.-Le-Clezio.-Histoire-du-pied-et-autres-fantaisies
 http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20111026.OBS3301/le-clezio-entre-au-louvre.html
 http://www.lepoint.fr/culture/les-mondes-de-jean-marie-gustave-le-clezio-01-11-2011-1391321_3.php


À la radio :

 http://www.rtl.fr/actualites/vie-pratique/livres/article/livre-rencontre-exclusive-avec-jmg-le-clezio-pour-histoire-du-pied-et-autres-fantaisies-7740604201

A la télévision, dans La Grande Librairie :

 http://www.youtube.com/watch?v=Ervhm0YI29U

 

 

 

J.-M. G. Le CLÉZIO sur LITTEXPRESS

 

 

 

Le Clézio, La Guerre

 

 

 

Article de Marion sur La Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Marion sur Onitsha.

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Gwenaëlle sur L'Africain.

 

 

 

 

 

 

 

Le Clézio Ritournelle de la faim

 

 

 

 

Article de Laetitia sur Ritournelle de la faim.


 

 

 

 

 

 

 

 

Le Clezio l enfant-de-sous-le-pont

 

 

 

 

 

 Article de Mado sur L'enfant de sous le pont.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Golvine - dans Nouvelle
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