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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:00

jacK kerouac Sur la route

 

 

 

 

 

 

 

 

Jack KEROUAC
Sur la route (1957)
éditions Gallimard, 1960
Folio, 2007
(Nouvelle édition
Sur la route-Le rouleau original
Gallimard, 2010
Sortie folio
1er avril 2012)



 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Jacques Kerouac, considéré aujourd'hui comme l'un des écrivains les plus importants du XXème siècle, né dans le Massachusetts en 1922 et mort en 1969 en Floride, est un poète américain du mouvement appelé « beat generation ». Il deviendra, après l'écriture de Sur la route, l'écrivain expérimental le plus doué de sa génération. Ses œuvres considérées comme majeures sont Sur la route, manifeste de la Beat generation, Big Sur,  Les Clochards célestes, Le Vagabond solitaire, etc. Kerouac passa sa vie entre ses études et ses voyages, entre les grands espaces américains et l'appartement de sa mère. Son style rythmé appelé « prose spontanée » inspira de nombreux artistes tels que Bob Dylan ou Tom Waits. Kerouac fut touché par la mort de son frère lorsqu'il avait cinq ans, de son père, et par le chaos de la guerre, ce qui le rendit très sensible au déracinement auquel il répond par une philosophie du mouvement.

Il mourut d'une hémorragie digestive à l'âge de 47 ans.



Le livre et l'édition

 

« J'ai raconté toute la route à présent. Je suis allé vite, parce que la route va vite. L'histoire, c'est toi et moi et la route. Je l'ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphe... L'ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route. » Jack Kerouac à Neal Cassady, dans une lettre datée du 22 mai 1951.

 

L'écriture de Sur la route fait l'objet de nombreux débats. La légende dit que Jack Kerouac l'écrivit en trois semaines de délire, sous benzédrine, sur un rouleau de cinquante mètres. Le rouleau sous le bras, il alla voir Robert Giroux, éditeur chez Harcourt Brace avec qui il travailla sur The Town and the City, publié au printemps précédent. Ce dernier se demanda comment il allait publier ce bloc de texte qui constituait une toute nouvelle forme d'écriture, qu'on pourrait qualifier d'« extraterrestre », novatrice, subversive née de cette génération de hipsters underground influencés par les coups de pinceau sauvages de Jackson Pollock et l'instinct artistique cruel de Lee Krasner. Ils nous parlent du « it », de la « pulse », sous l'influence des chorus de Charlie Parker. Ils rejettent toute concession.

Kerouac décide donc de repartir sur la route vers le Mexique et la Californie, refusant de réviser son manuscrit. Il découvre l'écriture automatique, le bouddhisme et écrit d'autres romans sous la même forme qu'il décide de préserver dans des petits carnets que personne n'ose publier. Des années plus tard, Viking rachète Sur la route mais le roman publié n'a absolument rien à voir avec le rouleau original tapé « à toutes blindes ». Ainsi, en 1956, une version retravaillée de Sur la route est publiée, sous forme de roman où les personnages sont désignés par des pseudonymes avec un découpage en chapitres extrêmement classique en comparaison avec le rouleau original. À ce sujet, Allen Ginsberg déclara : « Un jour, quand tout le monde sera mort, l'original sera publié en état, dans toute sa folie. »

En 2010, le rouleau original peut enfin être publié, les pages censurées pour excès de verdeur dans la version de 1956 sont réintégrées, les pseudonymes des personnages supprimés et la lecture de la véritable expérience de la route de Kerouac est enfin possible. Les publications de Sur la route subissent un paradoxe chronologique : c'est la version retravaillée qui est d'abord publiée et ce n'est que bien plus tard que nous découvrons la véritable écriture de l'expérience de la route de Kerouac. L'histoire de l'édition de Sur la route est révélatrice de cette rupture franche entre une Amérique « normale » et la beat generation, cette culture d'après-guerre choquée par l'horreur et fondée sur la sueur, l'immédiateté et l'instant plutôt que sur l'apprentissage, le savoir-faire et la pratique audacieuse.



Sur la route

Sur la route mêle souvenirs et inventions. C'est ainsi qu'on peut qualifier ce rouleau inclassable de biofiction. Sur la route parle d'une bande de jeunes Américains, et plus particulièrement de deux hommes, Jack Kerouac et Neal Cassady, qui traversent plusieurs fois le continent américain. Dès les premières lignes, Jack Kerouac éclaire le lecteur et pose les raisons de la route. Ils sont à la recherche de quelque chose qu'ils ne définissent pas eux-mêmes, peut-être en quête d'un frère ou d'un père, d'une famille, d'une Amérique ou d'un héritage perdu qui les pousse à aller toujours plus loin et toujours plus vite.

Sur la route est un bloc de texte. Jack Kerouac divise son écriture en cinq livres, qui correspondent à des différents départs sur la route, qu'il ne différencie pas dans la mise en page :

 

« En cette première nuit au bercail, j'étais loin de me douter que je le reverrais, et que tout allait recommencer, la route, le tourbillon de la route, bien au-delà de mes rêves les plus fous. LIVRE DEUX : Il s'est écoulé un an et demi avant que je revoie Neal. » page 259.

 

L'immersion dans la route est totale, jusqu'au bout du rouleau, sans aucune interruption. Pour cela, il m'a semblé plus intéressant de pratiquer une lecture intensive du rouleau pour faire, en tant que lecteur, l'expérience du voyage.

J'aborderai Sur la route non pas par la division en parties mais par les différents personnages réels qui forment la beat generation, mouvement littéraire et artistique des années 50 des États-Unis.

 

 

Le premier sens de « beat » : cassé, fatigué fait référence à une génération perdue de « bras cassés » que John Clelon Holmes, romancier et poète américain lui-même de cette génération, définit comme « à la rue, au bout du rouleau ». Par l'éloge de la vitesse et du mouvement comme expérience pure de la vie, la beat generation répond à l'écrasement, la pauvreté, la solitude, et le manque de liberté d'une Amérique traumatisée par l'horreur de la guerre. Une nouvelle culture naît, très instinctive et au style vif qui voit apparaître le jazz  « free style », musique qui vit seulement dans l'instant et qui jaillit sans préméditation, comme une folie passagère. Le style de l'écriture de Kerouac dans Sur la route fut comparé à celui du jazz. Les mots défilent automatiquement pour laisser place à la conscience mais surtout à l'inconscient des personnages. Cette impression de spontanéité totale nous laisse dans la surprise quant à la destination du sens final de ce qu'il nous raconte. Kerouac avec son style « free jazz » nous emporte dans les sensations vives de la route par une ponctuation rythmée, l'utilisation d'énumérations d'actions rapides entrecoupées de magnifiques descriptions de la grandeur du paysage américain et des sensations poétiques que la vue de ce dernier provoque. Ainsi, la vitesse de l'écriture respire par la beauté des images qui nous apparaît grâce à la précision brutale des mots de l'auteur.

Chaque personnage pourrait s'interpréter comme faisant partie des singularités propres de la beat generation. Sur la route est un livre vivant par la richesse et la diversité de ses personnages.

Jack Kerouac commence son récit de la route par deux événements déclencheurs : la mort de son père et la rencontre de Neal Cassady (« J'ai rencontré Neal pas très longtemps après la mort de mon père... ») Il apparaît comme un personnage sensible, constamment à la dérive et tenté par ce que l'on pourrait appeler « les voix du mal » : la fête, les drogues, la fuite... Durant tous ses voyages, on remarque son sentiment de perte et de mort qui lui inspire les vertus du mouvement et lui permet, par un éloge de la vitesse, de vivre plusieurs vies, entre ses études et la route.

Neal Cassady représente le frère perdu et retrouvé de Kerouac. Il existe une relation de complémentarité entre ces deux hommes, qui naît d'un sentiment d'admiration réciproque. En effet, Neal Cassady vit dans le désir de devenir un jour un intellectuel écrivain comme Kerouac et ce dernier admire à son tour la capacité qu'a Neal de braver toutes conventions touchant de près ou de loin au devoir, aux contraintes et aux obligations. Ils s'apportent tous deux de nouvelles compétences chacun dans leur domaine. Ensemble, ils continuent à découvrir par leurs différences. Neal Cassady est un « fou furieux » ne se posant aucune question, toujours dans l'action et le mouvement. Il est dans plein de projets à la fois, ses envies sont nombreuses, rapides et souvent fugaces. Il avance dans l'exaltation totale et sans but, sans retour en arrière. Cependant, le livre 3 a particulièrement attiré mon attention quant à ce personnage. En effet, ce dernier se blesse à la main et décide, pour la première dans le livre, de parler de son passé dans une longue discussion avec Kerouac. Peut-être est-ce la douleur, qui nous ramène toujours de façon cruelle et immédiate au présent, qui l'oblige à revenir sur sa vie ? Il n'empêche que ces quelques confessions permettent de s'imprégner pleinement du personnage énigmatique et de le comprendre dans son essence même, dans sa construction en tant qu'homme. Nous découvrons alors un passé d'enfant violenté, poussé par son père au vol et à la vie dure.

Allen Ginsberg représente la vraie figure du poète et apporte un brin de romantisme à la bande de la beat generation. Ce dernier aura une relation charnelle avec Neal Cassady. Kerouac aborde l'homosexualité d'une façon très avant-gardiste pour l'époque. Elle est traitée sans tabou, dans un milieu d'hommes, sans qu'elle signe la fin d'une quelconque virilité. Kerouac aborde l'histoire entre Ginsberg et Cassady avec une certaine distance, signe de respect et de pudeur, sans porter aucun jugement néfaste quant à ses amis.

Williams Burroughs, mentor de Kerouac et Cassady, est une figure paternelle tout à fin intéressante. Bien qu’il soit fou furieux des drogues, sa consommation en est très assumée. À la différence d'Henri Michaux ou d'autres qui allient leur prise de drogues à l'expérience scientifique, à un vide qu'il faudrait combler ou encore à un besoin de représentation, on a l'impression que Burroughs en consomme simplement parce qu'il aime ça, comme s'il était tombé dedans petit...

Les femmes sont très présentes dans Sur la route, souvent motrices des départs. Au premier abord, nous pourrions croire à un discours misogyne en ce qui les concerne. Kerouac utilise un vocabulaire cru (« pute » « poule », etc.) qu'il faut distancier et redéfinir dans son contexte. Peut-être même donner un sens différent à ces qualificatifs ? De plus, le personnage de Louanne, femme de Neal qui brise toutes les conventions et symbolise la liberté, est féministe par son action dans le mouvement et sa place pleinement acceptée entre tous ces hommes.



In fine, Sur la route est un voyage sans destination géographique où seuls l'instant, le mouvement, la vitesse apportent la découverte de nouveaux horizons, de plusieurs vies et de rencontres exaltantes. Sur la route nous parle aussi de la fête, de la désinvolture totale et des excès d'une jeunesse folle prête à tout pour une nuit avec l'inconnu voilé. Sur la route touche ce sentiment de vide et de plein que l'on vit après une nuit de débauche intense, de désorientation totale due à un excès de tout, dans le but de lutter contre le temps qui passe et la mort qui approche. Enfin, Sur la route claque la porte à cette Amérique qui se base encore sur le « ce qu'ils croient devoir faire », pour s'inscrire contre cette culture américaine classique de l'autosurveillance et de l'autocensure. Jack Kerouac libère sa conscience sur le rouleau, le vent dans les cheveux, en dépassant les niveaux de réalités politiquement acceptables.


Samantha, AS édition-librairie 2012-2013

 

 

Jack KEROUAC sur LITTEXPRESS

 

jacK kerouac Sur la route

 

 

 

 

 

 

 

 Sur la route, article de Nicolas.

 

 

 

 

On the road walter salles affiche

 

 

 

 

 

 On the road, le film. Article de Nicolas et Guillaume.

 

 

 

 

Jack Kerouac Les clochards celestes 01 Les Clochards célestes, article de O. H.

 

1kerouac_big-sur.jpg

 

 

 

 

 

Steinbeck, Miller, Kerouac : carnets de voyage, article d'Élisa.

 

 

 

 

 

BEAT-MEXICO-C-B.jpg

 

 

 

 

 

La Beat Generation, dossier de Charlotte.

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

philippe 22/12/2015 11:41

Quelle est la nouvelle adresse de ce blog ? merci

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