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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:00

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Jack LONDON
et Robert L. FISCH
Le Bureau des assassinats
The Assassination Bureau Ltd
Roman inédit
achevé par Robert L. Fisch
d’après les notes de l’auteur
Traduction Michel Deutsch
1ère édition en France : 1963
Stock
Collection La Cosmopolite, 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Winter Hall, jeune homme d’affaires, est sur la piste d’une étrange organisation secrète nommée le Bureau des Assassinats. À sa tête, celui qu’il rencontrera bientôt, le Chef, Dragomiloff, connu dans le monde de tous les jours comme Serge Constantine. Ce dernier couve son organisation comme son propre enfant, sa création parfaite, fondée sur un système simple mais ingénieux : si un individu souhaite faire éliminer quelqu’un, il devra fournir au Bureau des arguments et preuves démontrant que cette personne a porté atteinte à l’intégrité et au bien-être de la société. Après quoi, contre versement d'une somme qui n’est pas des moindres, les assassins se chargeront de faire disparaître la personne dans la plus grande discrétion. Avec une précision : si un an après la signature du contrat, les membres de l’organisation n’ont pu éliminer la cible, les poursuites seront abandonnées.

Pour une personne comme  Winter  Hall, il s’agit là d’une pure abomination, d’un exemple de cruauté, d’une œuvre de terroristes. Aussi monte-t-il un plan pour faire tomber Dragomiloff : le proposer lui-même, grand Chef, en tant que cible, pour tous les crimes qu’il aura – non pas commis puisqu’il ne fait pas partie des assassins – mais organisés et commandités. Après de longues heures de débat, qualifié même de « combat d’érudition »,  et à la surprise de Hall, Serge Constantine accepte d’être le prochain nom sur la liste. Lorsque Hall lui propose de dénoncer au monde l’existence de l’organisation plutôt que de prendre le risque de perdre de la vie, Constantine refuse catégoriquement de mettre en péril sa « création parfaite ».

S’ensuit alors une véritable chasse à l’homme, qui nous emmène de Boston à San Francisco, dans un voyage plein de rebondissements, entre les assassins du Bureau faisant preuve d’une logique imparable et d’un engagement à peine croyable envers leur Chef, et ce dernier, qui n’hésitera pas une seconde à s’attaquer à ses propres employés et à les tuer. Suspens à souhait !

Une petite particularité du roman : London a laissé cette histoire inachevée, et c’est un spécialiste de l’auteur, Robert L Fish,  qui en a rédigé la fin à partir des propres notes de l’auteur. Le roman fut finalement publié de manière posthume en 1963.

 

Éthique, morale, logique : roman de réflexion… philosophique

Dès les premières pages du roman, alors qu’un client se rend au bureau pour proposer une cible, nous avons un premier aperçu du fonctionnement de l’organisation : « Vous savez quelle est notre règle : nous n’acceptons une commande que lorsque nous avons l’assurance que l’élimination est socialement justifiée. » (p.12).

L’accent est mis sur l’éthique, l’action doit être « moralement légitime ».  Dragomiloff l’explique de cette façon : les preuves réunies pour justifier un assassinat devraient être capables de convaincre un tribunal de juger une personne moralement coupable.

Mais une question, qui résume très brièvement celles que se pose Hall, nous effleure à nous aussi, lecteurs : qui peut déclarer que telle ou telle chose est morale ou immorale ? Et à partir de là, si nous tuons quelqu’un d’immoral, est-ce moral ? C’est là que se trouve la complexité du roman.

Et c’est une sorte de philosophie qui donne son rythme à l’histoire. Le Chef avouera ceci :

 

« – Vous-êtes anarchiste ?  jeta Hall à brûle-pourpoint […]
– Non, je suis un philosophe.
– C’est la même chose.
– À une différence près. Les anarchistes ont de louables intentions : moi, je mets l’intention en pratique.  […] » (p.51).

 

Des conversations sans queue ni-tête ont lieu tout au long du roman ; lors d’un repas, en pleine discussion sur la logique, l’un des assassins déclare même : « Il nous reste encore à débattre du nombre d’anges  qui peuvent danser sur la pointe d’une aiguille » (p.164). C’est une référence à l’infini que London a également utilisée dans Talon de Fer, dà l'occasion d'ne discussion sur la métaphysique.

Et chaque discussion, chaque débat, ne prouve qu’une chose : au-delà de la morale, il n’y a rien d’autre qu’une morale toujours supérieure. C’est cela qui nous fait apprécier et en dans un même temps nous fait frissonner : London réussit à en faire un polar sympathique, humoristique et presque… moral.

Il y a également une plus grande réflexion derrière cette histoire, plus loin que la morale et la logique. Au fond, cette histoire d’un jeune militant socialiste venu pour démanteler une organisation philosophique et criminelle peut permettre à London de mettre en cause des idées portées par certains philosophes, comme par exemple le mythe du chef, le fascisme de la pensée, la conception du devoir… Et celle de faire passer la vie au-dessus de la morale.

 
 
Des assassins « logiques » et « charmants » : reflet du caractère oscillant du roman.

 

Le Bureau des Assassinats est composé d’un personnel trié sur le volet. Selon Dragomiloff ,« des hommes alliant aux plus hautes vertus de conscience les qualités de résistance physique et nerveuse ». En cas d’échec, l’organisation n’hésite pas à les éliminer.

Les assassins à la poursuite de Dragomiloff sont nombreux, et bien qu’ils ne partagent pas les mêmes idées, ils font sans cesse l’apologie de la logique. Et London nous interroge aussi sur cela : comment une logique imparable peut-elle conduire des hommes intellectuellement supérieurs à commettre des actes qu’ils jugent moraux, alors qu’ils seraient immoraux pour le commun des mortels.


Leurs dialogues sont assez déroutants : chacun d’eux avance des arguments contre lesquels il est impossible de se défendre. Pour eux, « la logique [...] est l’héritage de l’homme », « l’univers a la logique pour base »

Alors même qu’il est à l’origine du conflit et de cette chasse à l’homme, Winter Hall, devenu secrétaire intérimaire en l’absence du Chef,  noue des liens particuliers, allant du profond effroi à de la pure admiration, avec ces hommes : « Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour ces fous érudits, ces moralistes fanatiques… » (p. 130) ou encore « Voyez : nos charmants assassins sont doublés d’adorables philosophes […] ce sont des déments plutôt que de féroces meurtriers […] » (p. 147) Ici, l’opposition charmants/assassins nous fait frissonner, et pourtant, devant leurs dialogues tirés par les cheveux, il est souvent difficile de retenir un sourire, surtout quand, sur deux pages du livre, les assassins comparent le fait de tuer un moustique et de tuer un homme, et les répercussions que chaque acte pourrait avoir sur l’univers entier (où l’on s’aperçoit que la mort d’un moustique provoque un inimaginable effet domino !).

Finalement, c’est Hall qui est à son tour accusé d’être fou : il voulait détruire l’organisation et finit par participer à ses réunions, prendre des décisions, transmettre les ordres… Il se retrouve impliqué moralement et physiquement. À l’instar du personnage de Winter Hall, London nous questionne sur la façon dont nous appréhendons la chose, sur ce que nous jugeons logiques, et ce que nous pouvons ressentir à l’égard de ces personnages.

Et tout comme l’histoire elle-même,  ses bouleversements, rebondissements inattendus, qui à la fois nous font sourire et nous tiennent en haleine, les personnages des assassins constituent un des éléments essentiels du roman de London.

 

Avis personnel

Ce roman est à la fois moraliste et tragique. On ne cesse d’être étonné au fil des pages, on oscille entre trouver ces personnages complètement fous ou réellement séduisantse, on se perd dans les idées et dans les réflexions… Il nous projette dans une aventure morale, meurtrière, le tout sur fond de philosophie !

Je pense que l’auteur a dû mettre du temps à imaginer lui-même cette organisation, son mode de fonctionnement, les détails de son règlement… pour correspondre à toutes les situations du roman !

L’histoire est vraiment intéressante mais demande une certaine concentration, il vaut mieux ne pas en perdre une miette !

 

Tiphaine, 2ème année bibliothèque

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

 

jack london

 

 

 

 

Dossier d'Anne-Laure et Loïk. Fiches sur Martin Eden, Le Talon de fer, Le Vagabond des étoiles, L'Appel de la forêt, Parole d'homme, Le Loup des mers, Contes des mers du sud.

 

 

 

 

 

 

Jack London Croc-blanc01

 

 

 

 

Article de Yaël sur Croc-Blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jack-london-le-talon-de-fer.gif

 

 

 

Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

parole-d-homme.jpg

 

 

 

 

 

Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Jack London Le peuple d'en bas

 

 

 

Article d'Esilda sur Le Monde d'en bas

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Tiphaine
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