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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:00

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Jack London
Le peuple d’en bas
The People of the Abyss, 1903
Traduction
De François Postif
éditions Phébus
Collection Libretto, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur


Il est important pour aborder une œuvre comme Le peuple d’en bas de connaître celui qui l’a écrite John Griffith Chaney, devenu Jack London après son adoption, né à San Franscisco en 1876. Entre 1880 et 1892, il subit  de nombreux déménagements autour de la baie de San Francisco. Il lit avec passion, fait des petits boulots, fréquente les voyous du port d'Oakland, découvre l'alcool et le travail dans l'industrie. Il devient pilleur d'huitres, travaille ensuite pour la patrouille de pêche. En 1893, Jack s'embarque sur le Sophie Sutherland pour aller chasser le phoque au large des côtes du Japon. Il en tirera la matière de son premier récit : Un Typhon au large du Japon. Il va travailler dur dans les usines, puis suivre les vagabonds le long des voies de chemin de fer. Il participera à la marche des chômeurs sur Washington et sera emprisonné à Niagara Falls pour vagabondage. Il devient socialiste et lit beaucoup Nietzsche et Darwin. En 1897, c'est la ruée vers l'or du Klondike. Jack London y participe. Il ne trouve pas d'or, attrape le scorbut, est rapatrié au printemps 98. Il trouve chez les chercheurs d'or, les trappeurs et les indiens une vraie source d'inspiration. Il publie alors sa première nouvelle sur le Grand Nord : À l'homme sur la piste. Le recueil Le fils du loup est un succès. Puis, en 1902, Jack London part pour Londres, passe trois mois avec les travailleurs pauvres, les sans-logis et les chômeurs. Il en ramène ce livre : The People of the Abyss, titre que l'on peut traduire par Le peuple de l'abîme ou Le peuple d'en bas. Son véritable succès arrive avec L'appel sauvage (aussi appelé L'appel de la forêt) en 1903. Il devient correspondant de presse mais son engagement politique lui vaut des ennuis, il est expulsé de Corée. Il entame un tour du monde à bord de son navire le Snark mais, en Australie, il doit être soigné et rentre finalement en Californie. Il continue à voyager (Hawaii, le cap Horn) et à militer jusqu'à sa rupture avec le parti socialiste. Il meurt le 22 novembre 1916 des suites d'un empoisonnement du sang causé par une urémie, maladie dont il souffrait depuis son voyage dans le Pacifique.



Le peuple d’en bas

En 1902, alors qu'il vient d'être engagé par un journal californien comme correspondant pour couvrir la guerre des Boers, Jack London, en route vers l’Afrique australe, s'arrête à Londres.

Dans la capitale anglaise, il se déguise en clochard et passe alors trois mois au milieu des ouvriers démunis, des sans-logis  et des miséreux. De cette plongée dans les ignobles bas-fonds de l'East End, Jack London tire The People of the Abyss,  (Le Peuple de l'abîme), un pamphlet dénonçant la misère croissante provoquée par le capitalisme.

London est particulièrement frappé par la misère  qui règne dans ces quartiers, par la surpopulation, les salaires ridicules, la famine et les maladies qui causent la mort des pauvres de Londres dans la solitude et la plus grande détresse. Bien sûr, tout le monde a entendu parler de ces quartiers à travers les romans de Dickens. Chacun se fait une petite idée des rues sordides dans lesquelles ont évolué les victimes de Jack l’Éventreur. Bref, l’East End n’est pas inconnu, mais l’image que l’on s’en fait est généralement assez approximative, romancée.

Le mérite de London est d’avoir cherché à faire un compte rendu précis de ses pérégrinations, d’avoir décrit les rues et leurs habitants et ponctué le tout de coupures de presse de l’époque. Les faits divers et les anecdotes sont particulièrement intéressants car ils permettent de se faire une meilleure idée des véritables conditions de vie des oubliés de l’époque victorienne.

 De multiples exemples permettent au lecteur de mieux appréhender la précarité de la situation des habitants de l’East End. London ajoute à cela quelques chiffres (dépenses moyennes, nombre de morts à l’hospice ou à l’hôpital, etc.) Mais la force de ce témoignage tient  plus aux situations concrètes que London dépeint qu’aux statistiques difficiles à appréhender.



Un témoignage sur la réalité sociale

Le peuple d’en bas est en premier lieu un témoignage sur la réalité sociale en Angleterre. London cherche une expérience de la limite, limite du témoignage, limite de l’écriture naturaliste, difficulté du voir et du dire. Dans toute la première partie, il nous raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a expérimenté et les rencontres qu’il a pu faire. Il montre ainsi comment les gens sont placés dans une situation où ils parviennent juste à subvenir à leur survie, mais où le moindre imprévu les plonge dans une spirale de misère dont ils n’arrivent pas à sortir.

Un point particulièrement intéressant de cette partie est le changement qui s’opère dans sa relation avec ses pairs et avec les ouvriers lorsqu’il revêt ses fripes pour se fondre dans la masse ouvrière. Il devient l’ami des ouvriers, alors que sa vie semble avoir diminué de prix quand, au niveau des carrefours, les voitures ne ralentissent plus à son passage. La distinction des classes vécue en temps réel.

Par ces écrits, il va faire le tableau sombre des bas quartiers de Londres en  1902. Il va présenter la vie des gens qui ont sombré dans l’abîme ; il s’agit à chaque fois d’un équilibre fragile qui se rompt. Les misérables sont si nombreux que les propriétaires en profitent : une chambre sert parfois à loger une famille entière. Certains enfants dorment sous les lits, sur les tables. Jack London explique que, parfois, on fait « les trois huit » autour d’une paillasse, trois dormeurs l’occupant tour à tour pendant vingt-quatre heures, au gré de leurs horaires de travail. On trouve des annonces pour sous-louer « un coin de chambre ». Une famille déplace le cadavre d’un nouveau-né de la table au lit et à l’étagère garde-manger en attendant de réunir l’argent des obsèques.

 Maladie, accident, vieillesse, alcoolisme, London va aborder tous les problèmes sociaux du peuple de l’East End. Par exemple celui  du  mécanisme même de la charité qui semble être un rouage supplémentaire de la déchéance. Si l’on veut une place à l’asile de nuit, il faut faire la queue dès quatre heures de l’après-midi et « payer » sa nuit le lendemain en cassant une demi-tonne de cailloux. Pendant ce temps, on couronne Edouard VII en grande pompe. Ailleurs, on parle de la « Belle époque », souligne-t-il non sans ironie.

Jack London connaît le système de l’intérieur et la misère n’est pas pour lui une abstraction ; il essaie dans cette première partie de proposer une description qui se veut objective de ce qu’il a pu voir à cette période. Ce souci d’objectivité a représenté la majeure part du travail de relecture effectué sur cet ouvrage lorsqu’il a dû élaguer les aspects les plus mordants pour se faire accepter du public.



Une critique de la société capitaliste

Dans la seconde partie, London décortique un certain nombre de faits sociétaux  qui créent ces situations. S'il essaie d’être le plus objectif possible dans son témoignage, Jack London dénonce avant tout la société capitaliste. Révolutionnaire socialiste, il a une foi absolue dans l’humain et il est pétri d’un idéalisme rayonnant, mais  la générosité qui l’habite ne suffit plus pour supporter, sans rien dire ni écrire, l’inhumanité d’un système, celui de la société capitaliste. Le capitalisme étouffe la conscience de classe, isole et broie l’individu des classes inférieures, mort-vivant, à mille lieues des classes dominantes, solidaires quant à elles.

Justement, Jack London dénonce une société  fondée « non pas sur l’individu mais sur la propriété » et la critique ne peut être que la conclusion implicite de ce qu’il décrit. Par exemple le règlement, édicté par l’administration, qui interdit aux « sans-logis » de dormir la nuit sur la voie publique, les obligeant à marcher des nuits entières alors qu’ils se retrouveront sans endroit où dormir la journée. London, dans son témoignage, raconte comment il a vu des policiers poursuivre une vieille femme pour qu’elle ne s’endorme pas sur la voie publique. London évoque également la loi qui condamne le suicide, très présent dans l’Est End, qi’il voit comme une résultante sociale du capitalisme. La pauvreté, la misère, la crainte de l’asile poussent certains à mettre fin à leurs jours. Mais par l’exemple du suicide c’est toute une politique qu’il dénonce. En effet, le suicide est condamnable dans cette Angleterre, c’est-à-dire que les suicides manqués se terminent au tribunal et sont passibles d’amendes. Jack London met l’accent sur le fait que le verdict le plus souvent énoncé attribue le suicide à « une crise de folie passagère » et que l’État nie ainsi toute responsabilité dans ces actes qui ne sont en fait que l’échappatoire à une vie de labeur et de misère subie sans que l’État prenne aucune mesure d’aide.



Une remise en question

Ce qui est décrit dans Le peuple d’en bas choque . ce que le lecteur découvre dans ce livre l’amène à critiquer violemment la société qui lui est présentée. Sa grande force est de présenter au lecteur un certain nombre d’exemples individuels et réels, de démonstrations rigoureuses. Il permet de pénétrer dans cet East End que personne ne vient visiter, que les bonnes gens ont peur d’aborder. Cet ouvrage se termine pour le lecteur par un questionnement sur la civilisation qui permet ces atrocités. Bien sûr, l’empathie est souvent facile pour peu qu’on nous mette sous le nez une situation pénible, mais Jack London nous montre aussi un exemple : il est allé de son propre chef au-devant de cette misère et c’est ce qu’il faut retenir, une démarche active d’où une pensée et une réflexion vont découler, tout d’abord motivée par une volonté. De plus, il faut souligner le fait que dans Le peuple d’en bas, Jack London, dépassé par ce qu’il a pu voir, parle de la misère sur un ton parfois ironique. On peut penser qu’il retrouve un peu son double parmi les habitants de l’East End et  voit là-bas une vie à laquelle il a échappé de peu. Ayant connu l’alcool et la pauvreté, il s’en est fallu de peu qu’il ne sombre lui aussi ; ainsi, c’est un peu un jeu de miroir pour lui que de se retrouver parmi les sans-logis, et cela questionne.


Esilda, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

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Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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