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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 07:00

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Jacques TARDI
New York Mi Amor

Casterman, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

New York Mi Amor, paru aux éditions Casterman, ressemble presque à un recueil de nouvelles, ;on y lira quatre histoires, dont « Tueur de cafards », la plus longue, déjà éditée plusieurs fois depuis 1984 et trois autres beaucoup plus courtes mais très rares car éditées seulement dans la revue « A suivre » il y a plus de vingt ans. Il ne s'agit  donc pas d'inédits, hormis les notes des auteurs qui entrecoupent les différentes BD, mais de rééditions de travaux devenus presque introuvables aujourd'hui. C'est tout l'intérêt de cet ouvrage, proposer une partie de l'œuvre de Jacques Tardi méconnue du grand public ; ce n'est donc pas une simple compilation. Et on peut dire que l'éditeur a vu juste car pour beaucoup ces rééditions seront une découverte inédite justement.


Nous retrouvons alors Jacques Tardi au dessin illustrant des scénarios de Benjamin Legrand et de Dominique Grange, sa femme, ou de lui-même. Les différentes bandes dessinées comme les notes de leurs créateurs, témoignent d'une farouche volonté de nous montrer la face cachée de New York, celle qu'on ne veut pas voir.


Jacques Tardi, déjà célèbre pour la série Les Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, dévoilera au cours de sa carrière un univers particulièrement sombre et engagé. En effet, marqué par les récits de son grand-père sur la Première Guerre mondiale, il développera ce thème dans de nombreux ouvrages, tel La Der des Der, il illustrera également certains livres de Céline. Le Paris de la Commune fascinera également l'auteur qui adaptera Le Cri du Peuple d'après le roman de Jean Vautrin ; nous constatons dans cette bande dessinée une dimension sociale que l'on trouvera souvent chez Tardi et une certaine générosité également, qui côtoie pourtant dans d'autres travaux le désespoir le plus total. Mais au cours de sa carrière, le célèbre dessinateur et scénariste collaborera aussi avec de nombreux romanciers, comme Didier Daeninckx ou Daniel Pennac. Le travail de Jacques Tardi est donc varié et s'étend de l'univers du polar à celui des fictions historiques en passant par les histoires d'aventures, traitant des thèmes comme la guerre de 14-18, la misère sociale, la Commune, la guerre, la ville mais aussi la révolte.
   
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Tout commence par « Tueur de cafards » scénarisé par Benjamin Legrand.  Walter travaille toute la journée dans une entreprise d'extermination de cafards et rentre le soir s'occuper de sa mère adoptive paralytique. A partir de là nous savons que nous n'aurons pas affaire à un New York flamboyant avec ses héros victorieux de «l'american dream». Comme toujours Jacques Tardi préfère les laissés pour compte, ceux qui n'ont aucune prise sur leur destin, se laissant porter puis écraser par les aléas de la vie. Et effectivement le pauvre Walter en faisant son travail entend sans le vouloir une discussion très privée au travers d'une porte. On y parle d'élimination d'individus qui gênent, qui pourraient perturber l'ordre des choses. Malheureusement Walter est maintenant de ceux-là, il a découvert ce secret et et ses détenteurs le savent. S'ensuit la fuite de l'exterminateur de cafards, aussi pathétique que dérisoire. Il en parle à un collègue mais ce collègue entend bientôt proposer de livrer Walter à ses poursuivants contre une somme d'argent. La misère sociale côtoie alors les instincts les plus vils et les plus mesquins de l'Homme, en lequel les auteurs ne semblent pas avoir grand espoir. Les morts désormais tomberont à tour de bras autour de Walter. Le tout est de savoir qui a tiré, peut-être Walter lui même, peut-être les tueurs, peut-être d'autres ? Mais de toutes manières cela importe peu, personne ne la saura.


Cette histoire qui ouvre le recueil met en scène la détresse individuelle d'un homme et la pauvreté d'une société sur fond d'un complot mondial de multinationales ayant bien plus de pouvoir que ce que l'on serait tenté de croire. A travers cette fiction, Tardi et Legrand se rapprochent d'une dangereuse réalité, où le pouvoir économique ne serait plus entièrement aux mains de l'Etat seul, mais plutôt dilué entre différentes grandes entreprises aux connexions multiples, ou même presque entièrement entre les mains d'un petit groupe de personnes agissant pour leurs propres intérêts à la façon d'une mafia, secrète et d'autant plus terrible, tentaculaire et d'autant plus efficace.

Dans « It's so hard » avec Dominique Grange comme scénariste nous assistons au désespoir d'un sosie bossu de John Lennon qui n'arrive pas à exister autrement que par le reflet difforme du célèbre artiste. Il voudrait bien être lui-même : Bill Gielgud, pas juste une parodie de gloire, mais il n'y a pas de place pour les deux hommes. Et Bill Gielgud est armé, un modeste six-coups, mais ce sera suffisant.

Encore un fois l'attention est portée à ceux qui sont de l'autre côté du miroir, ceux qui souffrent, ceux qui n'aiment pas le monde, qui ne peuvent pas le changer, ceux qui peuvent à peine survivre mais qui essayent d'exister quand même. Pour une fois les projecteurs changent de côté ; ce n'est pas le chanteur adulé que l'on regarde mais son double exténué et à bout de forces.

   

Et puis Tardi dessine et scénarise « Manhattan », il nous emmène sur les pas d'un dépressif, qui erre dans la ville sans aucun but, ignore ou il va et pourquoi. New York lui rappelle le cinéma américain, surtout Scorsese et sa puissance visuelle autant que sa justesse de ton. Il passe la nuit dans un hôtel miteux en se demandant combien il y aura d'individus à la morgue le lendemain. Mais lui aussi est armé d'un revolver et il paraît que dans un récit où le narrateur montre une arme, le coup partira avant la fin.


Si l'univers développé n'était déjà pas très lumineux, Tardi éteint la lumière et coupe le courant de façon à ce que personne ne rallume quoi que ce soit. Son exploration des antihéros se poursuit avec ce personnage étrangement banal, symptôme cruel de la solitude moderne qu'il traîne indéfiniment avec lui jusqu'à ce que le rideau tombe.

   

Pour finir, le couple d'auteurs Dominique Grange et Jacques Tardi nous content l'histoire de Loan qui a fuitle Vietnam oà elle a été violée par un soldat américain sous le regard de son jeune fils que son tortionnaire a abattu devant elle quelques minutes plus tard. Maintenant à New York, elle recherche le Marine assassin

accompagné de son ami Jerzy, un immigré polonais au passé douloureux tout comme elle. Mais Loan cache un précieux revolver dans sa poche, celui qui la délivrera et rendra la justice que les hommes n'ont pas rendue. Finalement elle retrouve celui qui l'a violée et qui a tué son fils ; il a perdu une jambe pendant la guerre, il est devenu alcoolique, il dort dehors ; l'ancien conquérant est devenu un clochard, s

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ans doute la vie l'a t-elle puni avant l'arme de Loan, c'est du moins ce que nous laisse entendre la conclusion.

Ce sera d'ailleurs la seule note d'espoir si l'on peut dire. Loan n'aura pas à tuer, la vie l'ayant déjà vengée en détruisant le Marine tant haï. Les fantômes de son passé pourront alors demeurer en paix s

ans plus de sang ni de malheurs. Malgré l'atrocité de ce qu'elle a vécu, l'aventure de Loan est peut-être celle qui autorise le plus d'espoir, c'est aussi la seule histoire sur les quatre où le pistolet n'a pas servi.


   

C'est ainsi que s'achève ce recueil de bandes dessinés  en parti scénarisé et entièrement illustré avec brio par un Jacques Tardi égal à lui-même, toujours très à l'aise dans les univers sombres, en clair-obscur, tout en conservant un trait terriblement humain. Nous rappelant que malgré leurs ignominies, leur misère et leur cruauté, les personnages n'en demeurent pas moins des hommes. C'est sans doute là qu'est la force de l'implacable noir et blanc de Tardi ; même dans les pires instants,  il conserve un aspect humain que rien ne peut affecter.


Au final, Benjamin Legrand, Dominique Grange et Jacques Tardi nous livrent un ouvrage peignant un New York que l'on ne connaît pas et que l'on ne voudrait pas connaître, l'envers du décor en quelque sorte. N'en demeure pas moins un œuvre nécessaire d'une rare intensité.

Florian Gauneau, 1ère année Ed.-Lib.


   

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Published by Florian - dans bande dessinée
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commentaires

sophie poirier 25/04/2010 09:50


Merci pour cette tentation !


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