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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 07:00

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James ELLROY
Ma part d’ombre

traduction de Freddy Michalski

Rivages, 1997

Rivages poche, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

james-ellroy.jpgPour démarrer, une courte biographie de l’auteur. James Ellroy est un écrivain américain né en 1948 à Los Angeles d’un père comptable et d’une mère infirmière qu’il décrit ainsi :

« Jean Hilliker prenait des bitures au bourbon et balançait du Brahms à plein tubes sur l'électrophone. Armand Ellroy était abonné à des feuilles à scandale et à des magazines pornos ».
 http://monecranradar.blogspot.com/2011/01/ellroy-et-les-femmes-sa-malediction-est.html

Très vite, le couple se détériore, et ils finissent par se séparer lorsque James Ellroy a 6 ans. Il vit très mal cette séparation et c’est certainement à partir de ce moment qu’il commence à détester à sa mère, prenant fait et cause pour son père. Quatre ans plus tard, le 26 juin 1958, Jean Ellroy est assassinée. C’est avec cet événement traumatisant que débute Ma Part d’ombre. En effet, dès les premières pages du livre, il explique ses motivations dans un court texte adressé à sa mère :

« Ta mort définit ma vie. Je veux trouver l’amour que nous n’avons jamais eu et l’expliciter en ton nom. […] Je veux te donner vie. » (p. 10).



La construction du livre

Ce livre est un objet littéraire assez étrange dans sa forme. Il est divisé en quatre parties qui correspondent aux quatre personnages principaux de cette autobiographie. Elles sont toutes précédées d’une photographie de l’époque qui représente le personnage concerné.

La première partie s’intitule « La Rouquine ». C’est le nom donné par James Ellroy (et parfois les policiers ayant travaillé sur l’enquête du meurtre) à sa mère avant qu’il ne lui redonne vie. La photographie provient du dossier d’enquête et l’on y voit sa mère, morte, face contre terre, sur la scène du crime.

La deuxième partie se nomme « Le Môme sur la photo ». C’est James Ellroy lui-même. Il nous raconte l’histoire de cette photographie dans cette partie du livre. Elle a été prise cinq minutes après qu’il a appris la mort de sa mère par un photographe de presse. Elle procure un sentiment de malaise car le garçon n’a pas l’air triste, il semble poser pour les photographes alors qu’il vient d’apprendre un drame.

La troisième partie s’appelle « Bill Stoner ». C’est le nom du policier qui aide l’auteur lorsqu’il reprend l’enquête sur sa mère. La photographie le représente en costume/cravate, avec air très sérieux, c’est le flic américain et droit par excellence.

La quatrième partie se nomme « Geneva Hilliker ». C’est le patronyme complet de la mère d’Ellroy, avec son prénom entier et son nom de jeune fille. La photographie associée date du début des années 40. Elle est alors belle, elle porte une sorte de tenue équestre avec bottes et pantalons. Elle semble très sûre d’elle, conquérante. Elle paraît avoir un caractère très affirmé.

Dans ces quatre parties, le style que l’on va retrouver n’est jamais le même. Dans la première, on découvre le rapport d’enquête. C’est donc le dossier de sa mère mais romancé, on retrouve la touche Ellroy de ses romans policiers. Le style est donc froid, il n’utilise pas d’effet.

Dans la deuxième partie, il poursuit son travail de remémoration mais cette fois à la première personne du singulier. On va suivre la vie d’Ellroy, de sa naissance jusqu’à l’écriture de son premier roman. Il n’enjolive  pas sa vie, il nous raconte tous ses travers, ses problèmes de communication, ses séances innombrables de masturbation, le taudis qu’il partage avec son père, sa fascination sexuelle pour sa mère, ses dix ans d’addictions dans la rue, sa période nazie… On découvre donc un portrait sans concession. Tout comme avec ses autres personnages dans le reste de son œuvre, James Ellroy est impitoyable avec lui-même.

La troisième partie est une biographie de Bill Stoner. Il nous raconte plus ou moins sa vie mais il s’intéresse surtout à son travail de policier et notamment son passage au service des affaires non résolues. Il nous le présente un peu comme un alter ego qui a les mêmes obsessions pour toutes ces femmes mortes de manière violente. Il décrit Bill (« Il passait beaucoup de temps avec ses femmes mortes ») et lui-même (« J’avais treize ans. Des femmes mortes me possédaient. ») de la même manière. Ce chapitre est très court mais il a son importance. Tout d’abord Ellroy a réellement noué des liens d’amitié avec ce policier (il fera la tournée de promotion de ce livre avec lui) mais surtout, cela lui permet d’établir par le biais des nombreuses enquêtes de Stoner une typologie du meurtrier et de montrer les différences, selon lui, entre un meurtre dit « féminin » et un autre dit « masculin ». Cela lui offre donc la possibilité de mêler encore autre chose à ce livre : une sorte de théorie du crime (Rappelons que son livre Lune sanglante est utilisé dans certaines écoles de profilage car il y dresse un portrait de serial killer particulièrement réussi.).

La dernière partie décrit l’enquête qu’il mène avec Bill Stoner. Elle se termine par une biographie de Jean Ellroy. Le fils retrace son parcours grâce à tout ce qu’il a pu apprendre par le biais de l’enquête et tous les souvenirs qu’il a pu retrouver. Il nous propose un brillant hommage. C’est donc là que l’obsession est le plus présente, tout est méticuleusement détaillé. Finalement, cette enquête, c’est principalement deux personnes qui sont à la recherche de témoins ce qui, trente ans après le meurtre, n’est pas facile. Il ne se passe donc pas grand-chose, ce sont surtout des listes interminables avec parfois un jargon technique comme ici :

« Bill a entré "Margie Phillips" et la DDN que nous avions calculée. Il n’a rien eu au SCG ni au DOJ. Le reverse book nous a fourni un long listing. Margie Phillips était un nom courant. Nous avons entré Michael Whittaker. Nous avons obtenu confirmation au SCG et au DOJ pour un Michael John Witthaker. Nous avons obtenu une adresse de 1986 à San Francisco. Le listing DOJ donnait un numéro de Sommiers et 1/1/34 comme date de naissance. »

ou encore ce passage où il énumère tous les hôtels dans lesquels sa mère est peut-être allée le soir de son meurtre sur près d’une page :

« Vickers et Godfrey ont quadrillé. Andre et Hallinen ont quadrillé. Le sergent Jim Wahlke et l’adjoint Cal Bublitz ont quadrillé. Ils ont fait le El Gordo Restaurant, le Panchito’s Restaurant, le El Poche Restaurant, le Casa Del Ray Restaurant, […] le La Siesta Motel, le Stam-Marr Motel et le Hialeah Motel. »

Toutes ces descriptions si précises sont parfois indigestes à la lecture mais outre le fait que ça permet d’ancrer totalement l’histoire dans le réel, cela permet à Ellroy de nous montrer les difficultés de cette enquête. On réalise bien que c’est un travail de fourmi qui a duré quinze mois.


Ellroy définit son texte selon une métaphore musicale (lui-même étant très fan de musique classique). C’ est selon lui une symphonie dédiée à sa mère, en quatre mouvements : un premier mouvement rapide, c’est la déclaration puis un deuxième mouvement plus lent, c’est la contemplation puis un changement de rythme jusqu’à l’apothéose.


James-elleroy-le-dalhia-noir-.jpgLe Dahlia noir et Ma part d’ombre


L’objectif de James Ellroy en écrivant ce livre était de se libérer de ses démons en retrouvant sa mère. Il avait déjà tenté de le faire avec ses livres précédents et plus particulièrement avec Le Dahlia noir. Le Dahlia noir c’est Élisabeth Short, une jeune femme de 22 ans, retrouvée morte en 1947 dans un terrain vague à Los Angeles. Cette affaire criminelle avait eu un retentissement médiatique énorme. James Ellroy découvre cette histoire par le biais d’un livre que son père lui offre pour son onzième anniversaire soit peu de temps après la mort de sa mère. Dans ce livre sont compilées de nombreuses affaires policières des années 40 et 50 mais c’est surtout le Dahlia noir qui va retenir son attention.

« J’ai lu l’histoire du Dahlia une centaine de fois. J’ai lu le reste de The Badge et contemplé les photos. Stephen Nash, Donald Bashor et les incendiaires sont devenus mes amis. Betty Short est devenue mon obsession.
Et mon substitut symbiotique de Geneva Hilliker Ellroy ».

Tout au long de sa jeunesse, et malgré sa mort, Il va continuer à haïr sa mère. Le Dahlia noir va donc être un moyen pour lui de transférer l’obsession qu’il a pour sa mère. Il va se mettre à faire des cauchemars, à avoir des flashs diurnes qui prendront une forme érotique. Il ne pense cependant pas à sa mère. Régulièrement, il nous rappelle le temps qu’il s’est écoulé depuis sa mort, ce qui donne d’ailleurs l’impression d’une date anniversaire, comme celle d’une naissance. Il ajoute à chaque fois qu’il ne pense pas à lui :

« Ma mère était morte depuis cinq ans. Je pensais rarement à elle. Son meurtre n’avait pas sa place dans mon panthéon de crimes. » « La rouquine était morte depuis quinze ans et elle était quelque part, bien loin.»


En 1987, arrivé à une certaine maturité, James Ellroy écrit Le Dahlia noir. C’est son premier grand succès commercial et il est considéré par la plupart des critiques, comme son meilleur livre. Il explique dans une interview sa démarche pour cet ouvrage :

« Il y a neuf ans de cela, j’ai utilisé, exploité de manière délibéré la mémoire de ma mère pour ma tournée de promotion du Dahlia noir. Je savais que même les plus stupides des journalistes comprendraient cette histoire-là : un gamin se branche sur le meurtre du Dahlia parce qu’il n’a pu éprouver le chagrin qu’il aurait dû éprouver après l’assassinat de sa propre mère. Il accomplit un transfert, il écrit Le Dahlia noir et il se fait un paquet de fric, et voilà. Je voulais prouver que j’étais au-dessus de l’influence de ma mère. Je voulais me débarrasser d’elle en écrivant un bouquin dans lequel j’abuserais d’elle. »

Entre ces deux ouvrages, on va retrouver des points communs. Tout d’abord, les deux sont dédiés à une femme : Le Dahlia noir à sa mère et Ma part d’ombre à sa femme, celle qui l’a poussé à faire des recherches sur sa mère. De plus ils sont fondés sur des faits réels. On va retrouver certains personnages. Élisabeth Short a par exemple une identité assez difficile à cerner, changeante selon les personnes interrogées, elle est à la fois une Marie-couche-toi-là et une jeune fille très sage et prude, tout comme la mère d’Ellroy qui n’est pas du tout considérée de la même manière selon les personnes interrogées. Les narrateurs se ressemblent également et on ne peut s’empêcher de penser à Ellroy avec celui du Dahlia noir. On va aussi retrouver la même image du père dans les deux ouvrages avec deux personnages légèrement escrocs.

Ces deux livres ont cependant de nombreuses différences. Ils ne débutent par exemple pas du tout de la même manière. Le Dahlia noir, ce sont des mémoires, le narrateur sait ce qui s’est passé : « Puisque je suis le seul qui connaisse vraiment toute l’histoire » alors que dans Ma part d’ombre, le narrateur va chercher des réponses : « Je veux mettre tes secrets au grand jour. Je veux consumer la distance qui nous sépare. ». Ellroy peut aussi se permettre de retrouver le meurtrier dans Le Dahlia noir, c’est une fiction et même s’il s’insJame Ellroy La Malediction Hillikerpire de faits réels, il peut tout de même inventer des événements. Pour Ma part d’ombre, la volonté est tout à fait différente, il nous dit : « je ne laisserai pas s’installer de fin » comme un moyen de maintenir sa mère en vie à travers son obsession. Finalement cette recherche, pour Ellroy, n’est pas celle du meurtrier mais bien celle de sa m èr e, pour pouvoir se réconcilier avec elle. Il explique dans un article ce qu’il lui doit et à quel point elle l’a construit :   « Je viens d’elle. Directement. [..] Elle avait en même temps un côté moraliste et sévère. Je possède   ces deux aspects de sa personnalité. »
 
Comme nous le précise Ellroy, ce livre est un monument à la mémoire de Gen eva Hilliker. Pour les lecteurs du romancier, il permet aussi d’éclairer d’un œil nouveau tous ses écrits. Sa place dans l’œuvre entière est d’ailleurs assez intéressante. Il l’a publié juste après American Tabloid qui est le premier tome d’une trilogie que l’écrivain lui-même qualifie de roman historique et non plus de polar. On sent donc  qu’il avait besoin de se libérer de certaines choses pour pouvoir se lancer totalement dans ce nouveau genre. Certaines choses, oui, mais certainement pas entièrement, en janvier dernier est sorti La Malédiction Hilliker, deuxième tome de ses « mémoi res », un livre sur les femmes qu’il a connues, encore un moyen d’évoquer la plus importante ?

 

 

Roxane, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

 

 

James ELLROY sur LITTEXPRESS


james ellroy

 

 Rencontre avec James Ellroy à la médiathèque José- abanis de Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

James Ellroy Le Dahlia noir

 

 

 

 

 

 

Articles de Margaux, Marion et Sandrine sur Le Dahlia noir et sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Julie sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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