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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 07:00

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Jane AUSTEN
Persuasion, 1818 (posth.)

traduction

d'André Belamich

10/18, 1996.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de l’œuvre.

Anne a 27 ans. De sa jeunesse, il ne lui reste que sa beauté fanée, des souvenirs et des regrets. Elle n’avait que 19 ans lorsqu’elle se fiança à Frederick Wentworth, jeune marin ambitieux mais sans fortune et sans relations. Se laissant persuader par son père, petit baronnet de province, et par Lady Russel, sa marraine et confidente, Anne rompt avec son premier amour.

Huit ans se sont écoulés mais Anne n’a rien oublié. Et voilà que Frederick revient dans le Hompshire. La guerre l’a élevé au rang de capitaine et sa fortune est faite. Ne pardonnant pas à Anne son inconstance et son abandon, qu’il considère comme une faiblesse de caractère, il ne lui montre que froideur et rancune. Fréquentant le même cercle mondain que son ancienne fiancée, il se consacre entièrement à la jeune Louise Musgrove…jusqu’au jour où apparaît un certain Monsieur Elliot qui, ne serait-ce que par ses regards, semble témoigner d’un peu trop d’admiration à sa cousine Anne Elliot.

 

L’auteur.

Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon, dans le Hompshire, en Angleterre. Elle fait partie d’une famille de deux filles et de six garçons. Après de rapides études, elle revient chez ses parents, ces derniers ne pouvant plus financer son éducation faite par Mrs Ann Cawley à Oxford. Ses études ne sont cependant pas laissées à l’abandon. Elle continue, en effet, à s’instruire sous la direction de son père et de ses frères, James et Henry.

Son apprentissage artistique s’étend de son adolescence jusqu’à ses 25 ans (environ). Elle s’exerce à différents genres littéraires, que ce soient des poèmes, des histoires, des pièces écrites pour son amusement et celui de sa famille ou encore aux romans épistolaires.

Jane Austen est l’auteur de quatre romans majeurs écrits entre 1811 et 1816 : Sense and Sensibility (publié de manière anonyme en 1811), Pride and Préjudice (en 1815), Mansfield Park (1814) et Emma (1816). Ces quatre romans lui ouvrent les portes du succès. Son œuvre compte aussi deux autres romans, publiés à titre posthume par son frère : Northanger Abbey (achevé  en 1803 mais n’ayant jamais fait l’objet de publication) et Persuasion. Le titre de ce dernier ouvrage a d’ailleurs été choisi par son frère Henry. Jane Austen en parlait, en effet, sous le nom de The Elliot mais son frère lui préférait le nom de Persuasion, nom revenant à de maintes reprises dans la version originale de l’œuvre. Notons également que la première traduction française date de 1821. Faite par Isabelle de Mentolieu, elle parut sous le titre de La famille Elliot ou l’Ancienne Inclination. Il faut attendre 1882 pour que le titre choisi pour la version originale figure également sur les traductions françaises.

Jane Austen meurt le 18 juillet 1817, emportée par la maladie, à l’âge de 42 ans. Elle reste une des plus grandes femmes de lettres anglaises de son époque et connaît encore un certain succès de nos jours.

 

L’œuvre.

Comme à son habitude, Jane Austen s’attaque à tout ce qui lui déplaît. Tout y passe : la vie mondaine de Bath, la superficialité des petits aristocrates, le mépris des sots…rien n’échappe à sa plume acérée. L’attaque n’est pas faite trop frontalement afin d’éviter les réactions parfois un peu vives de l’époque mais passe par une profonde ironie et de nombreuses touches d’humour, notamment dans les descriptions de certains de ces personnages, particulièrement ridicules. Seule la douce Anne et le beau Frederick trouvent grâce à ses yeux. A  travers ces deux personnages, Jane Austen choisit de faire passer certains messages.

À travers le personnage de Frederick Wentworth, c’est un véritable hommage à la Royal Navy et à ses deux frères que l’auteur nous livre. La Royal Navy n’est pas réellement citée dans l’œuvre mais celle-ci commence par la mise en place d’un contexte historique précis : la victoire de l’Angleterre sur la France…, victoire grandement due à la flotte anglaise et à l’expérience de ses marins. La Royal Navy permet donc à Jane Austen de faire l’éloge d’un certain type d’homme, dont fait partie notre héros. Parti en tant que simple lieutenant, Frederick revient non seulement avec le grade de capitaine mais également à la tête d’une grosse fortune qui lui assure un train de vie on ne peut plus confortable. Ce rang et cet argent, Frederick ne les a acquis que par son savoir-faire, son intelligence, ses initiatives personnelles  et ses compétences.

Tout au long du roman, il nous est décrit comme un homme loyal, bon, intelligent et dénué de tout ce qui fait le snobisme des petits aristocrates. Son succès et sa réussite n’ont pas réussi à faire de lui un homme orgueilleux…mais lui a fait conserver sa simplicité. C’est également de cette manière que sont décrits les autres marins présents dans l’œuvre mais chacun y allie quelque chose de plus… Ainsi, le capitaine Benwick est l’homme littéraire, se réfugiant dans la poésie pour oublier la mort de sa fiancée tandis que le capitaine Harville joint à toutes ses qualités une activité sans retenue pour tout ce qui concerne l’aménagement des demeures…et en particulier de la sienne.

Le capitaine Wentworth est ainsi. Il se distingue donc des autres héros masculins austiniens, lesquels sont orgueilleux, froids, peu sympathiques et fort imbus de leur rang et de leur fortune. L’exemple type en est Monsieur Darcy dans Pride and Prejudice. Mais, bien sûr, Wentworth ne peut être parfait. Il faut quand même qu’il nous présente un défaut qui vienne noircir le tableau, un peu trop idyllique, que nous en fait Jane Austen...et permettre ainsi aux cœurs romantiques de ne pas s’emballer trop rapidement. Frederick est rancunier et ne pardonne pas à Jane de l’avoir abandonné sur les conseils de sa famille et de s’être si aisément laissé persuader. Sa rancune l’aveugle et l’entraîne dans des chemins dangereux qu’il suit sans se douter des conséquences que cela pourrait avoir, non seulement pour lui mais aussi pour d’autres.

 Aveuglé par son ressentiment, il ne s’occupe que d’une des sœurs Musgrove, ne se rendant pas compte des faux espoirs qui animent la jeune fille mais également sa famille. Il ne mesure toute l’étendue de son erreur que lorsqu’il est trop tard et que son destin et son avenir semblent tout tracés… En effet, par sa faute, la jeune Louise Musgrove est victime d’un grave accident, laissant pendant un moment planer le doute quant à sa survie… Wentworth a donc une certaine responsabilité envers cette jeune fille, par ailleurs très éprise de lui. L’accident lui permet également de prendre conscience de l’étendue de ses erreurs : non seulement, Louise est entre la vie et la mort,  mais il l’a bercée, sans toutefois le vouloir, de douces illusions et se voit donc obligé, dans l’avenir, d’unir sa vie à la sienne… Il se rend également compte, au même moment, que son amour pour Jane n’était pas mort comme il l’aurait souhaité mais seulement enseveli sous sa rancune et son aveuglement.

Tel est donc notre jeune capitaine. L’autre personnage intéressant de l’œuvre est notre héroïne, Anne Elliot. Elle est la fille de Sir Walter Elliot, baronnet fort imbu de sa personne et de son rang. Orpheline de mère, elle grandit au milieu de ses sœurs et ne fait l’objet d’aucune attention. Elle est cependant la seule personne sensée de sa famille. Son père, pour ne pas faillir à ce qu’il considère comme l’honneur de son rang, mène un rythme de vie le conduisant, lui et les siens, presque à la ruine, l’obligeant à mettre en location son domaine familial et à s’exiler à Bath tandis que sa fille aînée, influencée par son éducation, se comporte exactement de la même façon que lui, ne s’occupant que de ses plaisirs et de relations mondaines. La plus jeune des sœurs, mariée à Charles Musgrove et mère de deux garçons, ne rattrape aucunement la bêtise de sa famille. Bien au contraire. Égoïste et hypocondriaque, elle ne cesse de critiquer son honorable belle-famille qui, selon elle, ne lui témoigne pas assez de considération.

À côté de cette on ne peut plus charmante famille, Anne apparaît comme sortie d’un autre monde. Discrète, elle n’apprécie guère les mondanités, préférant occuper son esprit à des choses utiles. Généreuse, d’un caractère franc et chaleureux, elle est appréciée de tous…mais n’est cependant pas mariée. Ce point-là permet à Jane Austen d’aborder un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’il la concerne également : la situation des femmes célibataires.

En effet, les romans de Jane Austen mettent en avant la dépendance des femmes à l’égard du mariage. Celui-ci est leur seule manière d’obtenir un statut social et une sécurité économique. Ainsi, Anne est une charge pour son père. Notons que la sœur aînée d’Anne n’est pas mariée mais, jouant le rôle de maîtresse de maison et présentant les mêmes qualités que son père, elle est épargnée par lui. De plus, l’héritage qui aurait pu permettre à Anne de se débrouiller par elle-même, ne se transmet qu’à un héritier mâle.

Ces pratiques sont dénoncées par Jane Austen qui, bien que vivant loin du manque et pouvant jouir de ses propres revenus grâce aux ventes de ses ouvrages, ne se trouve pas à l’abri des critiques. Son œuvre lui permet également de critiquer toutes les conditions qu’une femme doit réunir pour répondre aux critères du mariage. Elle doit être belle, avoir reçu une bonne éducation  et posséder de nombreux talents. Elle doit savoir peindre, jouer du piano, chanter, parler des langues étrangères, avoir l’art de conduire les discussions…et pouvoir faire la fierté de son mari. Ce n’est pas une femme qu’un homme cherche, mais un puits de science, une sorte d’objet qu’il pourrait exhiber lors de ces sorties mondaine (Que deviendrions-nous aujourd’hui si de tels critères étaient encore d’actualité ?). Tout cela est dépeint et critiqué dans Persuasion.

Jane et Frederick représentent donc tous deux des personnages ayant des particularités chères aux yeux de Jane Austen et sa plume les épargne. À travers eux, est également abordé le thème de la seconde chance, seconde chance qui se présente à partir du moment où la méprise, le malentendu et l’aveuglement ont été dissipés.

 

 Pour la première fois, le style de Jane Austen nous fait évoluer dans un nouvel univers. Il nous plonge, en effet, dans l’intériorité d’un de ses personnages, exercice dont elle se sort admirablement bien, décrivant à partir de nombreux monologues les moindres impressions et réflexions d’Anne. Mais, malgré l’ironie et sarcasme présents dans son écriture, Jane Austen pousse le roman « féminin » à un nouveau degré de pureté, d’élégance et de sobriété.


Lorraine Guimbelot,. A.S. Éd.-Lib.

 

 

 


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