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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 07:00

Boccace Decameron neuf nouvelles d amour

 

 

 

 

 

 

Jean BOCCACE

(Giovanni BOCCACCIO)
Décaméron, neuf nouvelles d’amour
(Decameron, nove novelle d'amore)
traduit préfacé et annoté par Serge Stolf
Éditions Gallimard, 2005
Collection Folio bilingue

     











 

 

Le Décaméron, l’importance d’une œuvre

C'est aux alentours des années 1350 que Jean Boccace, poète et auteur Italien du début de la Renaissance, écrit le Décaméron. Il devient ainsi un – si ce n'est le – précurseur et fondateur du genre littéraire qu'est la nouvelle et, ainsi, inscrit son nom dans l'histoire littéraire italienne auprès de ceux de Dante et Pétrarque. Il faut également préciser que, si cette œuvre occupe une place importante dans la littérature italienne, elle est aussi considérée comme la première comédie humaine de la littérature occidentale. La modernité de l'ouvrage, des idées présentées et la position qu'adopte Boccace participent de même à l'originalité, la grandeur et la qualité de l’œuvre.

En plus d'être importante en termes littéraires, l’œuvre originale l'est en termes de longueur. En effet, le Décaméron est un « récit à tiroirs ». Une trame principale tient lieu de fil conducteur : dix jeunes gens fuient une Florence ravagée par la peste pour une campagne paradisiaque. Durant dix jours, chaque personnage raconte une histoire (dont le thème principal est souvent imposé). On arrive donc à un total de cent histoires, de cent nouvelles (cent une en comptant celle qui s'insère dans l'introduction de la IVe journée).



Une œuvre aux multiples visages 
   
Les neuf nouvelles présentes dans ce recueil sont extraites de plusieurs jours différents mais ont malgré tout conservé leur ordre d'apparition chronologique et s'enchaînent agréablement grâce à la plume traductrice de Serge Stolf. Comme le titre l'indique, elles ont toutes comme sujet principal l'amour.

Premier aspect « moderne », en tout cas premier aspect marquant car inhabituel pour l'époque : l'amour dans ces nouvelles est toujours amour humain. Il n'y a aucune description de l'amour de Dieu. Cet amour peut prendre plusieurs formes, tantôt paternel (Tancredi et sa fille Ghismonda), tantôt maternel (dame Giovanna et son fils), etc. Mais c'est de loin celui qui lie un homme et une femme qui prédomine, incluant l'attirance et les désirs sexuels qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Ces derniers sont en effet présentés par Boccace comme naturels, sains et humains. C'est une vision très décalée (et très controversée !) pour une époque où le sujet est tabou et où le sexe a une connotation sale et n'est essentiellement considéré que comme une pratique visant à la simple reproduction.

L'amour est pourtant loin d'être présenté sous une seule approche physique. On l'y voit  dans sa plus pure et transcendante essence mais également comme prémices des bassesses humaines. Au gré de la Fortune, il conduira tour à tour à des fins heureuses ou tragiques après avoir éprouvé ses victimes.

Victimes elles aussi diverses et différentes. Boccace dépeint la société de son époque (XIVe siècle) de façon complète : toutes les classes sociales y sont représentées, de la roturière au prince en passant par le peintre. L'auteur va plus loin en donnant une profondeur intellectuelle et spirituelle plus ou moins marquée (voire absente) à chacun de ses personnages. Mais ces derniers, malgré leur différences de rang, de richesse et d'esprit, sont égaux face à leurs passions, leurs désirs. L'amour permet de briser les restrictions sociales et religieuses pour aller bien au delà et atteindre l'âme humaine.

Il ne faut effectivement pas s'arrêter au premier niveau de lecture de l’œuvre, car si Boccace préfère l'humour à la lourde morale utilisée par les religieux de son temps, le ton reste néanmoins sérieux, voire dramatique. La portée du récit va au-delà du simple divertissement et de l'éloge des plaisirs terrestres de ce monde. Il appelle à la réflexion, au bon sens et incite le lecteur à se libérer de l'entrave sociale et à ne plus suivre religieusement (c'est le cas de le dire !) des préceptes déformés sans se poser de questions.

C'est aussi un éloge de la dignité humaine et de son intelligence. Boccace à travers la bouche de Ghismonda déclare :

 

« […] tu verras tous les hommes formés à partir d'une même chair et toutes les âmes crées par un même Créateur, dotées de forces égales, de capacités égales, de vertus égales. Nous sommes nés et naissons égaux, et la vertu établit entre nous les premières distinctions : ceux qui en étaient le mieux dotés et l'employaient au mieux furent appelés nobles, et les autres demeurèrent non nobles […] ainsi celui qui agit vertueusement prouve à l'évidence qu'il est noble » (p. 129).

 

Cette noblesse ne fait aucune distinction de sexe. Les femmes sont valorisées et occupent même souvent les rôles les plus importants. La femme apparaît sage et forte : Griselda par exemple endure les épreuves que lui inflige son mari avec un stoïcisme extraordinaire et les monologues des femmes se multiplient au fil des nouvelles les dévoilant rationnelles, réfléchies et intelligentes. D'ailleurs lorsque l'homme se retrouve dans une position de supériorité, c'est grâce à des procédés déloyaux.
 
Le Décaméron ne doit donc surtout pas être réduit à une simple apologie des plaisirs charnels. Il ne faut pas se laisser illusionner par l'aspect parfois futile des nouvelles, le message transmis est bien plus profond. Certaines interprétations y voient même un enseignement plus intérieur porté par des idées beaucoup plus anciennes. Message visionnaire ou rappel traditionnel ? Ce qui est sûr, c'est que le Décaméron n'est pas à lire seulement au premier degré.


Sophia Perrin, 1ère année Édition/Librairie 2012-2013

 

 

Lire aussi la fiche de lecture d'Élisa.

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Published by Sophia - dans Nouvelle
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