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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 07:00

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Jean BOCCACE
Décaméron, neuf nouvelles d’amour
En parallèle avec le texte original Italien
Decameron, nove novelle d’amore
Traduction de Serge Stolf
Gallimard, 2005



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Boccace et le Décaméron  (du grec déca, dix et hêméra, jour)

Fin de la troisième journée. Début de la quatrième. Sous le principat de Bocaliana, il est question dans cette journée de ceux qui par le seul véhicule de la parole trouveront une certaine forme de solidarité qui puisse unir le cœur des hommes. Première nouvelle. « Alors que la cité de Florence est en proie à la mortelle peste noire, et que celle-ci ravage de manière surprenante toute la ville pour s’étendre jusqu’à l’occident, alors  que la peste entraîne la perte d’une quantité innombrable de vies humaines, sept jeunes femmes et trois jeunes hommes quittent la ville pour fuir ce climat délétère et se réfugient à la campagne dans une villa doté d’un somptueux jardin. La décision est prise d’élire chaque nouvelle journée un roi ou une reine qui proposera les divertissements de son choix. La première reine, nommée Pampinée décidera de conter des nouvelles. Ainsi  chacun son tour racontera une histoire sur un thème donné par le roi ou la reine du jour. Pendant dix jours, dix histoires seront donc contées, savourées et commentées par nos dix narrateurs. Entre ces divertissements et bien d’autres plaisirs oisifs, nos jeunes gens trouveront une façon d’échapper à la peste noire…..»

C’est ainsi que Boccace a écrit le Décaméron, avec un système de double récit : un récit cadre qui situe l’action et précise l’identité de la reine ou du roi du jour qui obtient alors le principat, c'est-à-dire le gouvernement de la journée ;  et un récit enchâssé qui contient la nouvelle proprement dite.  Boccace a composé le Décaméron de 1349 à 1351 lors des grands ravages de la peste à Florence. Dix nouvelles pendant dix jours, cela fait un total de cent nouvelles (bien qu’il y en ait en réalité cent une).

Ce modèle a eu un grand succès et a fait de Boccace le créateur de la prose italienne avec un nouveau genre qu’est la nouvelle, genre qui s’inspire de formes littéraires déjà existantes telles que les fabliaux, les exempla, les lais ou les récits orientaux mais qui s’en distingue par un profond renouvellement. Boccace dans le Décaméron se concentre sur l’être humain, sur son comportement et ses capacités à surmonter les obstacles de la vie. Ces nouvelles sont  le reflet de la nouvelle société bourgeoise et nous dévoile un panorama complet de la variété sociale de l’époque contemporaine de Boccace. Le genre de la nouvelle se distingue notamment de l’exemplum, pourtant aussi écrit en prose, par l’absence de finalité morale ou religieuse, bien qu’il respecte tout de même une certaine éthique. En effet si une première lecture peut nous faire sourire par le côté grivois de ces nouvelles, un regard plus appliqué nous montre que l’amour est loin de subvertir les normes sociales et finit, s’il y a contentement, en définitive dans le mariage. Lorsque Gilette se substitue à l’amante dans le lit de son mari, elle transforme l’adultère en une union légitime et permet de remettre les choses en ordre.

Puisque Boccace  est considéré comme l’inventeur du genre de la nouvelle il convient de présenter, même rapidement, ce personnage pendant longtemps cité comme modèle littéraire du XIVe siècle. Giovanni Boccacio en italien, est né en 1313 (date non certaine) et mort le 21 décembre 1375 à Certaldo, en Italie. Jean Boccace est issu de la bourgeoisie naissante du Moyen-Age et est le fils d’un important homme d’affaire. Il fait des études de commerce et de droit mais ne s’y intéresse pas. Il préfère cultiver ses connaissances littéraires. En effet Boccace était un fervent admirateur de Dante, considéré comme le fondateur de la poésie italienne et se lie d’amitié à Florence avec  Pétrarque. Face à ces deux symbole de la poésie, Boccace n’ose pas aspirer au premier rang parmi les poètes et préfère se tourner vers l’écriture en prose, en latin ou italien.

 

Neuf nouvelles d’amour

Ce recueil rassemble neuf nouvelles avec comme thème principal l’amour. Il n’y a ici que les nouvelles proprement dites et non pas tous  les éléments qui les encadrent dans le texte original. Boccace ne s’intéresse pas ou très peu aux raisons de l’amour mais aux conséquences que celui-ci implique, et par conséquent aux capacités que les personnages possèdent de s’adapter aux aléas de la vie.

L’obstacle constitue donc un moyen systématique pour Boccace de mettre à l’épreuve ses personnages. Ces obstacles peuvent prendre différentes formes telles que les normes sociales, le refus ou le mauvais mariage. Le premier cas peut être illustré par l’histoire de Ghismonda à qui son père reproche d’avoir une liaison avec un homme n’ayant pas la qualité de noble. Cet outrage à son rang mènera le père à rendre malheureuse sa fille ce qui la mènera à la mort. L’obstacle incarné par le refus prend souvent la forme d’un personnage qui en aime un autre mais dont l’amour ne lui est pas rendu. Enfin l’obstacle dû à un mauvais mariage mène aussi parfois les personnages à leur perte. Comme le montre l’exemple de l’histoire du juge et de sa jeune épouse. Ici le refus ne vient pas de l’indifférence mais de la déficience sexuelle. Le vieux juge, homme de loi ignorant l’autre loi non écrite,  impose à sa femme une monotonie cadreé par un calendrier qui date leur jour de relation sexuelle. Cette routine lasse la jeune femme qui, rencontrant un homme qui la comblera, quitte son juge de mari.

Les nouvelles de ce recueil se répartissent en fonction de leur fin, heureuse  ou malheureuse et tragique. Le côté tragique naît de la démesure de certains personnages et de la passion que provoque l’amour. Ainsi Nastagio et Frederigo, deux hommes se heurtant à un refus de la part de leur bien-aimée dépensent sans compter pour leur plaire. Seulement à la fin des deux nouvelles chacun parvient finalement grâce à la Fortune ou grâce à son ingéniosité à posséder l’objet de son désir et à ainsi échapper à la mort. Cela montre bien que dans le Décaméron, la passion ne bascule jamais totalement dans la folie. La Raison et l’intelligence étant un autre thème important de l’œuvre de Boccace.

La parole, symbole de la raison, permet donc de convaincre ou de persuader et est souvent synonyme dans ces nouvelles de réussite et de succès. L’exemple le plus parlant est celui de Ghismonda qui répond aux menaces de son père non par les larmes ou la pitié mais par un véritable plaidoyer dans lequel elle défend sa cause et son point de vue, tout à fait différents.

L’action est pourtant parfois beaucoup plus éloquente que les mots. L’action est donc un autre moyen dont use Boccace dans ces neuf nouvelles afin que ses personnages puisent en eux-mêmes une certaine ingéniosité qui leur permettra de vaincre des obstacles. C’est ainsi que Gilette pour que le comte qu’elle aime et auquel elle est mariée l’aime en retour, doit répondre à deux épreuves « insurmontables », à savoir qu’elle porte une bague  appartenant à celui-ci et qu’elle ait un fils de lui, alors que le comte ne vit pas avec elle et refuse même de la voir. Avec sa persévérance et son intelligence, Gilette réussira à déjouer ces épreuves et à gagner l’amour de son mari. Le personnage chez Boccace est donc moins défini par sa psychologie profonde que par ses actions qui le révèlent.

 

La place des femmes dans ces nouvelles d’amour

L’amour dans l’œuvre de Boccace est toujours humain, entre un homme et une femme ou bien filial mais n’est jamais tourné vers Dieu. Avec ce thème de l’amour, Boccace met en scène de nombreuses femmes avec des caractères et des comportements différents. Dans la plupart de ses nouvelles, Boccace en profite pour prendre la défense des femmes et montre que leur meilleure arme est la parole. L’amour chez Boccace ne rend pas la femme stupide mais en fait une être de raison, alors que cette qualité leur est refusée ou du moins contestée dans la société du VIe siècle, aux préjugés masculins bien établis. La parole (amoureuse) devient un moyen pour la femme de se déclarer libre face à ceux qui le désire soumise et silencieuse. Chez Boccace il n’y a pas de sexe « faible » comme le montre une galerie de femmes volontaires et animées par le courage face à l’épreuve. Cependant  Boccace est objectif et peut aussi avoir une vision critique de certaines dames comme le montre la septième nouvelle (non présente dans le recueil des neuf nouvelles) de la huitième journée dans laquelle un écolier se venge d’une veuve qui lui a joué un mauvais tour.

« Après cette audition, le roi fit parsemer de flambeaux gazons et massifs de fleurs. Puis il demanda d’autres chansons jusqu’à l’heure où chaque étoile qui surgissait dans le ciel commença de tomber. Il lui parut alors que c’était l’instant de dormir. Il souhaita bonne nuit à ses sujets et les pria de regagner leurs chambres » Fin de la quatrième journée.


Le-Decameron.jpgJohn William Waterhouse, A Tale from Decameron, 1916,

Lady Lever Art Gallery, Liverpool.



Élisa Langdorf, 1ère année Édition/Librairie

 

 


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Published by Élisa - dans Nouvelle
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