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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 07:00

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Crime & châtiment  

Sous la direction de Jean CLAIR
Coédition Gallimard

et Musée d’Orsay

Mars 2010

415 pages












Catalogue de l’exposition  « Crime et châtiment »,

au musée d’Orsay

du 16 mars au 27 juin 2010.


                                                                                              

Le projet d’étudier le regard des artistes sur l’homme criminel et la société qui le punit a été initié par Robert Badinter et l’exposition est née de sa rencontre avec Jean Clair.

Les instigateurs
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Robert Badinter : né le 30 mars 1928 à Paris, il est avocat, universitaire, essayiste et homme politique français. Diplômé en droit, lettres et arts, il devient Président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995 et est aujourd’hui sénateur PS des Hauts de Seine. En tant que garde des Sceaux de 1981 à 1986, il est principalement connu pour son combat en faveur de la réinsertion des détenus et contre la peine de mort, dont il obtient l'abolition en France le 30 septembre 1981. Il a publié à ce jour une quinzaine d’ouvrages dont plusieurs essais, récits de procès, biographies, et est l’auteur de la préface du catalogue de l’exposition.

 

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Jean Clair : de son véritable nom Gérard Régnier, il est né le 20 octobre 1940  à Paris. Diplômé en lettres et philosophie, il est conservateur général du patrimoine, écrivain, essayiste et historien de l'art. Professeur d'histoire de l'art à l'École du Louvre entre 1977 et 1980, il fonde les Cahiers du Musée d'Art Moderne qu'il dirige de 1978 à 1986. Ancien directeur du musée Picasso, il est membre de l'Académie française depuis mai 2008. Il est l’auteur de plusieurs monographies, d’essais sur les beaux-arts et les artistes, et prend régulièrement part aux débats qui entourent l'art contemporain et sa diffusion.


L’exposition

Les œuvres exposées couvrent environ deux siècles : de 1791, lorsque Le Peletier de Saint-Fargeau réclame la suppression de la peine de mort, jusqu'au 30 septembre 1981, date de son abolition en France. Après la Révolution, la justice n’est plus placée entre les mains de Dieu par l’intermédiaire du pouvoir absolu mais entre dans la sphère publique, aidée par la presse. Le crime envahit la littérature : Hugo, Dostoïevski, à qui le titre de l'exposition est emprunté, Zola, Camus, tous réfléchissent sur le meurtrier, son crime et sa punition. Le thème du crime envahit aussi les arts visuels et les grands peintres de l’époque ont voulu représenter les crimes et les exécutions de coupables ; ils ont laissé des œuvres majeures : Géricault réalise un ensemble de dessins sur l'assassinat d'Antoine Fualdès, égorgé au son d'un orgue de barbarie avant d'être jeté dans l'Aveyron. Goya représente le mal à travers une mythologie cauchemardesque : chimères animales, monstrueuses sorcières et cannibales.

Jean Clair :
« Dans n’importe quel musée, plus de la moitié des œuvres traitent du crime. Littérature, peinture, cinéma, les représentations du crime ou de la peine capitale sont à l’origine d’œuvres saisissantes ».

L’exposition compte 475 œuvres, pièces, toiles et gravures figurant le crime et sa punition, une guillotine voilée de noir et des moulages de têtes de criminels. Les œuvres sont classées dans des salles à thème, de façon à ce que le visiteur suive un parcours chronologique et thématique. Le catalogue de l’exposition a été réalisé avec le concours de  quatorze auteurs : conservateurs, chercheurs et écrivains, et les notices proviennent de dix-huit professionnels de l’art.

 

 

Le premier criminel

Les deux premières œuvres exposées sont Caïn portant le corps d’Abel, peinture d’Alexandre Falguière, et la guillotine (la « veuve », la dernière ayant été utilisée). Ces deux œuvres illustrent à elles seules le propos de l’exposition, à savoir comprendre à travers le regard des artistes le rapport entre l’homme qui tue et la justice qui tue (ou tuait) elle aussi : le crime et le châtiment. « Qu'est-ce que l'exécution capitale sinon le plus prémédité des meurtres ? », disait Camus. Caïn, premier homme né d’un couple d’humains, tue son frère Abel par jalousie et Dieu le condamne à errer à l’est d’Eden. Le premier meurtre de l’histoire religieuse n’est donc pas puni de mort.
 


Victimes, bourreaux et têtes coupées

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Un autre thème abordé dans l’exposition est le coupable, le prisonnier. Les dessins de Victor Hugo dénoncent les conditions réelles de l'exercice de la justice : on y voit des pendus squelettiques, comme chez Rouault ou Géricault, se balancer dans un monde très sombre. Odilon Redon exprime lui aussi une certaine horreur des prisons, avec  Le Prisonnier / Le Forçat où l'homme, recroquevillé, semble avoir perdu toute humanité, et Warhol figure une chaise électrique. La tête coupée apparaît être un thème privilégié des artistes, plusieurs en réalisent des études : Géricault peint des natures mortes opulentes avec des bras et des jambes coupés et Wiertz étudie une tête coupée sur la paille.

 

 

Odilon Redon,

Le Prisonnier


Robert Badinter : « La transgression de l'interdit obsède les artistes. Une dimension terrible et secrète qui se révèle lors du crime. »

 

 

La médicalisation du mal

Le dernier thème abordé est le crime du point de vue scientifique. La criminologie devient une science à la fin du XIXe siècle et l’on essaie d’expliquer le crime par des caractéristiques physiques, on étudie la physionomie des criminels, on moule les têtes d'assassins et on établit des têtes caractéristiques de voleur, de meurtrier ou de violeur. Cesare Lombroso, le criminologiste le plus connu et le plus contesté après sa mort, développe une anthropologie qui prétend établir les constantes de l’homme criminel d’après ses caractéristiques physiologiques. Pionnier du fichage anthropométrique, Alphonse Bertillon
, dont un album est exposé, fait entrer la criminologie scientifique à la préfecture de Paris : il fait prendre en photo la scène des crimes et photographie les criminels de face et de profil.

 

À travers cette exposition, le regard du monde artistique montre par les images le pouvoir fantasmatique que le crime provoque en nous. Au delà du crime, il s'agit de traiter le problème du Mal, et au-delà de la justice, l’impact de celui-ci sur les hommes. À ces questions, l'art apporte un témoignage esthétique. Depuis les premiers hommes en passant par les figures mythologiques jusqu’aux études pseudo-scientifiques du criminel, le crime et le châtiment restent des thèmes centraux dans les productions artistiques. En réunissant ces deux thèmes, cette exposition pose plusieurs interrogations : pourquoi l’Homme tue-t-il ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes des êtres qui tuent nos semblables et qu’est-ce que cette justice qui tue ?


Christelle, A.S. Ed.-Lib.

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Published by Christelle - dans EVENEMENTS
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