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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 07:00

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Jean ÉCHENOZ
Jérôme Lindon
éditions de Minuit, 2001



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Échenoz a déjà publié une dizaine d'ouvrages lorsqu'il se décide à écrire ce petit ouvrage, quelques mois après la mort de Jérôme Lindon, son éditeur, directeur des éditions de Minuit. En quelques pages, il décrit avec une sincérité touchante et sans s'appesantir sur certains détails, leur relation qui a duré plus de trente ans. Initiée par la publication du premier livre de Jean Jean Échenoz, elle s'achève à la mort de l'éditeur.

Notre mémoire de fin d'études portait sur les rapports entre un auteur, en l'occurrence Nicolas Bouvier, et ses éditeurs. Le livre de Jean Échenoz venait compléter à merveille ce travail sur les liens entre auteurs et éditeurs. Ce livre dévoile ces liens particuliers et sensibles. Tout au long de ses pages, les rapports entre éditeur et auteur se dessinent clairement et prennent une tournure autobiographique. Nous découvrons ainsi un peu plus cette figure emblématique de l'édition française qu'a été le directeur des Éditions de Minuit1.

 

 

 

 

En effet, Jérôme Lindon est une figure marquante de l'édition française car il a été dans beaucoup de combats pour préserver l'édition et pour faire admettre l'urgence de la mise en place de ce qui sera au début des années 80 la loi dite Lang. Sur cet engagement que l'on pourrait qualifier de politique dans le sens où cet éditeur s'est engagé pour la chose publique, pour la vie de la cité, Jean Échenoz s'attarde à plusieurs reprises :

« […] il s'assied n'importe où, pliant généralement sa longue taille sur un meuble de rangement, croisant les bras, et c'est parti sur les questions du temps, la librairie ou le prix unique, les photocopies ou le prêt payant […] »2.

Ce petit livre de 63 pages prend la forme d'un récit aux accents chronologiques dans lequel Jean Échenoz raconte sa vie d'auteur à travers le prisme éditorial. Son récit débute par sa toute première démarche entreprise auprès de plusieurs éditeurs pour son premier manuscrit. Il l'envoie à nombre d'entre eux et en dépose un aux éditions de Minuit. Ainsi commence son aventure avec les éditions de Minuit, son seul et unique éditeur.

Ce récit emprunte le ton de l'autobiographie, et cela sans équivoque. La première personne du singulier prend beaucoup de place et Jean Échenoz est même nommé lorsque l'éditeur lui suggère de changer de prénom3.


Le style très limpide fluidifie la narration et n'est jamais sectionné dans sa forme par des guillemets même lorsque Jérôme Lindon s'exprime. L'auteur s'adresse parfois au lecteur4, ce qui renforce cette narration et la rend plus personnelle. Se dessine au travers de ce livre la démarche éditoriale de la maison. On comprend ainsi l'attitude entreprise en faveur des auteurs. Les éditions de Minuit apprécient de travailler avec un auteur en souhaitant que celui-ci leur réserve une certaine exclusivité. Ce qui a été le cas pour Samuel Beckett. Ce qui est le cas pour Jean Échenoz. L'auteur raconte ainsi comment Jérôme Lindon refuse de publier un de ses livres mais l'engage à ne pas tenter sa chance ailleurs, chez un autre éditeur: « […] il me prévient aussi qu'il me fera une crise de jalousie si je tente de le faire paraître ailleurs. »5

Les liens entre l'auteur et l'éditeur se nouent au moment où Jean Échenoz dépose un manuscrit aux éditions de Minuit. Jérôme Lindon le recontacte rapidement et un rendez-vous est fixé. Mémorable rendez-vous où l'auteur transi de timidité semble stupéfait que son éditeur soit le directeur des éditions de Minuit. Cette timidité semble être une caractéristique importante de l'auteur en présence de son éditeur.

« Il téléphone souvent le matin à la maison […]. Je lui réponds tant bien que mal et, chaque fois qu'il appelle, je suis tellement intimidé que je serre le combiné dans ma main de toutes mes forces, parfois au point que j'ai peur de le casser. Mais en général, encore une fois, c'est lui qui parle et moi j'écoute. »6

Des relations de grande proximité s'installent entre eux. L'éditeur appelle souvent chez l'auteur à la suite d'un manuscrit envoyé, pour prendre rendez-vous, pour proposer un déjeuner, pour connaître l'avancée des écrits en cours.

 

 

 

Et à travers ce livre, en filigrane, se dessine un portrait. Celui de Jérôme Lindon. Le portrait est parfois délibérément impressionnant. Comme lorsque Jean Échenoz le décrit lors de leur première rencontre7. D'autres fois, le portrait se fait moins imposant, il décrit çà et là quelques caractéristiques propres à cet éditeur. Éditeur qui intervient très peu, n'impose ni ne propose aucun changement quand le livre lui plaît8. Toutefois, l'auteur devra réécrire une fin d'ouvrage, revoir un titre9 et changer quelques virgules dans un autre livre. « Puis les livres suivants – les miens – ne poseront plus aucun problème particulier. Sauf, presque chaque fois, sur la question des virgules, seule divergence esthétique de fond entre nous. »10

On le sent parfois dur, coléreux, injuste, exigeant. Alors qu'un manuscrit ne lui convient pas, il dit « cette simple phrase : Vous ne faites plus partie des Éditions de Minuit. »11 Il le met en quelque sorte dehors mais assurera la publication des livres suivants. Pourtant, Jean Échenoz précise :

« Qu'on n’aille pas croire cependant que cet homme est froid, cassant, autoritaire, inaffectif, que sais-je, c'est tout le contraire. C'est juste qu'il est passionné, qu'il s'émeut, qu'il se moque, qu'il s'enflamme et se réjouit autant qu'il peut s'indigner et se révolter. Qu'on ne pense pas non plus qu'il n'est pas sympathique, la question n'est pas là, c'est un homme parfaitement aimable. La question, c'est qu'il a autre chose à faire qu'être sympathique, la sympathie n'est pas son souci. »12

Tour à tour Jean Échenoz raconte des événements plus ou moins importants. Il raconte par exemple ceci au sujet de Cherokee13 :« Je me retrouve sur la liste du prix Médicis. […] Puis finalement, la chance, on l'a. Et ce prix, je l'ai. »14 Il obtiendra le Goncourt pour Je m'en vais, publié en 1999.

Enfin, ces quelques mots sur ses liens avec Jérôme Lindon : « On ne deviendra jamais intimes avec Jérôme Lindon mais, quand même, suffisamment pour qu'il m'engueule encore quand il me trouve mal habillé »15.


Claire, Année Spéciale édition-librairie 2010-2011

 

 

Notes

1. Figure emblématique autant que ces éditions créées pendant la Seconde Guerre mondiale par Pierre de Lescure et Jean Bruler.
2. Jean Échenoz, Jérôme Lindon, Paris, les éditions de Minuit, 2001, p.60.
3. Op. cit., p.17.
4.  Exemple de cette démarche de l'auteur page 29.
5. Op. cit., p.24.
6. Op. cit., p.16.
7. Op. cit., p.13.
8. Op. cit., p.35.
9. Op. cit., p.34. Discussion autour d'un titre qui finira par être L'Equipée malaise.
10. Op. cit., p.51.
11. Op. cit., p.25.
12. Op. cit., p.42.
13. Cherokee publié en 1983.
14. Op. cit., p.30.
15. Op. cit., p.54 et p. 55.

 

 

Jean ÉCHENOZ sur LITTEXPRESS

 

echenoz ravel

 

 

 

 Article de Jean sur Ravel

 

 

J








Article de Samantha sur L'Équipée malaise







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Article de Maude sur Lac














Article de Marlène sur Je m'en vais.







Article de Quentin sur Courir

 

 

 

 

 


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