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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 19:00









Jean ÉCHENOZ
L’Equipée malaise

Les éditions de Minuit, 1986






















A propos de l’auteur

Né à Orange le 26 décembre 1947, Jean Echenoz a notamment  étudié la sociologie. Il devient connu pour son écriture empreinte de dérision et son talent pour détourner les codes des genres littéraires.

L’histoire en quelques mots

Il s’agit de deux hommes, Jean-François Pons et Charles Pontiac. Ils n’ont en apparence rien en commun, si ce n’est d’avoir été autrefois amoureux de la même femme. Leurs destins vont de nouveau se croiser pour permettre à l’un d’eux de récupérer sa place de gérant dans une plantation d’hévéas en Malaisie.

Les personnages

Tout oppose les deux hommes, tant leur mode de vie que leur caractère. Jean-François Pons est le prétentieux gérant de la plantation. Il ira même jusqu’à se faire surnommer le Duc. Charles Pontiac incarne le sans-abri qui fait tout pour passer inaperçu dans le tumulte de Paris.

D’autres personnages se retrouvent impliqués dans cette histoire, volontairement ou non : Nicole Fischer, la femme aimée, sa fille Justine Fischer, deux trafiquants d’armes dont l’un est le neveu de Jean-François Pons, un bandit et ses deux acolytes, le capitaine Illinois.

Finalement il y a beaucoup de personnages. Alors qu’on s’attend à ce que Jean François Pons et Charles Pontiac soient au centre du récit, on est assez surpris de voir qu’ils ne soient qu’un prétexte pour faire se dérouler la trame de l’histoire.

Désinvolte, détaché, tel est le ton de l’auteur qui évoque ses personnages comme s’il dressait une liste. Par des formules directes, ils semblent brusquement introduits dans l’histoire. Jean Echenoz parvient également à condenser en quelques phrases les moments importants de la vie des protagonistes de sorte qu’ils nous paraissent alors comme dépassés par les événements.

Le récit

A la manière de deux lignes, l’une montante, l’autre descendante, qui vont finir par se croiser, le récit s’organise autour des trajectoires inverses des deux hommes. Le démuni Charles Pontiac va être en pleine ascension dans le livre alors que l’autre va tout perdre. En effet le premier va sortir de l’anonymat de la rue. Il va faire preuve d’amitié et de courage en allant aider un ami qu’il n’a pas vu depuis des années. En revanche, Jean-François Pons ne fait que dévoiler tout son égoïsme et sa lâcheté. Il entraîne tout son entourage dans un complot.  Vaine tentative de regagner sa situation confortable en Malaisie.

L’auteur nous a présenté la plupart des personnages au début du livre mais on ne devine les liens entre eux qu’au fur et à mesure. Notons également que la dernière phrase d’un chapitre et la première phrase du suivant sont souvent liées. Ce sont autant d’éléments qui nous incitent à poursuivre la lecture.

Quelques caractéristiques du style de l’auteur

Une écriture simple, directe et concise

Jean Echenoz fait beaucoup de descriptions rapides et économes. Il joue de ce style dès le début de l’œuvre en nous présentant les principaux personnages dans les deux premières pages.

Mise en scène et cinéma


Dans certaines descriptions, l’auteur de l’Equipée malaise nous parle rapidement du lieu, de la lumière, des personnages comme s’il nous donnait tous les éléments pour réaliser une mise en scène : à la page 20 il est question de la rue, puis de la « petite résidence au goût de l’époque, quatre étages », « c’est exposé au nord ». Ensuite il parle du studio, de l’atmosphère. De plus en ce début de chapitre, la description est comparable au rétrécissement progressif du champ d’une caméra.

Détachement, dérision et ironie

Le lecteur perçoit ce sentiment de détachement à travers des petites vies tristes, vides, des êtres fatigués, lassés, qui s’ennuient, racontées sur un ton neutre du fait de l’apparente simplicité de l’écriture.

Toutefois l’auteur sait aussi nous faire sourire notamment au début du roman lorsqu’il aborde le destin tragique du petit ami de Nicole Fischer, choisi au détriment de Pons et Pontiac.

Il se plaît aussi à détourner les codes du polar. Dans son histoire, il y a bien des bandits, des armes. Mais il convient de préciser que les fameux bandits ne sont que des petits trafiquants d’armes oisifs et déprimés, surtout Paul, abandonné par sa petite amie. Les méchants ne sont pas si méchants que ça. Un dénommé Plankaert parle à la fille qu’ils ont kidnappée, lui et ses deux complices, en disant « mademoiselle ». Et il n’y a pas de héros charismatique, de flic blasé. Non. C’est le discret clochard qui presque malgré lui va toujours dénouer la situation au moment où on s’y attend le moins, comme s’il ne l’avait pas fait exprès.

Le jeu de mot que l’on peut voir dans le titre montre que l’auteur se joue aussi des codes du roman d’aventure. Il nous parle d’une équipée. Il est question d’embarquer sur un navire. Mais l’équipage connaît en effet un malaise au sens propre comme au figuré avec ses passagers non désirés, la révolte d’une partie des hommes ou encore le mal de mer qui s’empare de certains.

D’une manière générale, Jean Echenoz s’amuse en entraînant le lecteur dans une laborieuse aventure où le principal intéressé finira par se débiner lâchement. Ce roman est à la fois abordable et mené habilement, nous faisant ainsi découvrir tout le talent de l’écrivain.


Samantha, 2e année Bib.-Méd.

Jean Échenoz sur LITTEXPRESS






Article de Marlène sur Je m'en vais.







Article de Quentin sur Courir

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