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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 07:00

 

Echenoz-Ravel.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean ÉCHENOZ
Ravel
Éditions de Minuit, 2006
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand un livre s'ouvre sur un alexandrin, il y a fort à parier que le reste sera musical.



Et pour cause : le sujet de cette biofiction n'est autre que le célèbre compositeur français Maurice Ravel, dépeint ici avec tendresse par Jean Échenoz.

Rappelons ici une bonne fois pour toutes ce qu'est la biofiction : prendre le réel d'une personne et le transformer en personnage de fiction. Jean Échenoz s'est donc emparé d'un sujet, d'un homme qu'il connaissait bien, et a tenté de se rapprocher de lui à travers la littérature.

En effet, ce roman est né d'une fascination de l'auteur pour ce dandy. Jean Échenoz a été bercé depuis son enfance par le musicien. Ce roman est d'ailleurs très documenté : l'auteur dit avoir lu toutes les biographies sur Ravel, et avoir écrit en écoutant ses airs. De plus, le peu de dialogues qui apparaissent dans le roman sont tous tirés de conférences ou de correspondances de Ravel.



Ainsi, cette biofiction retrace les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, années au fort potentiel romanesque. Elles marquent à la fois la chute de l'artiste dans la maladie d'Alzheimer, mais aussi les compositions des airs restés les plus célèbres, tels le Boléro ou Concerto pour main gauche.

C'est pourquoi le roman mime l'air du Boléro : lent au début, puisque nous suivons un Maurice Ravel ennuyeux et grincheux dans ses concerts. Puis le rythme s'accélère, le personnage prend peu à peu du relief au fur et à mesure qu'il prend conscience de ses propres limites et de sa chute :

« Il se rend compte de tout. Il voit bien que ses mouvements manquent leur but, qu'il attrape un couteau par sa lame, [...] qu'on ne met pas ses lunettes dans ce sens [...]. Il observe tout cela clairement, sujet de sa chute en même temps que spectateur attentif, enterré vivant dans un corps qui ne répond plus à son intelligence, regardant un étranger vivre en lui ».



Finalement, l'hommage de l'auteur se situe ici dans son choix de ne pas traiter le destin tragique de Ravel de manière pathétique : le style est en effet très distant, voire  « clinique » ( lire à ce propos le passage décrivant l'opération du cerveau de Ravel qui a sûrement été inspiré d'un livre de médecine ).

C'est au contraire un roman plein d'humour, où Echenoz fait preuve de son talent d'écriture à travers des chutes fameuses.

« Mais l’ennui de cet instant, plus que jamais démuni de projet, paraît plus physique et plus oppressant que d’habitude, c’est une acédie fébrile, inquiète, où le sentiment de solitude lui serre la gorge plus douloureusement que le noeud de sa cravate à pois. »

Avec une grande simplicité et une grande fluidité, le lecteur a l'impression de se laisser raconter une histoire au creux de l'oreille, en l'occurrence celle du plus grand compositeur moderne français. C'est cette oralité et cette apparente simplicité qui me fait penser à Castiglione dans l' Art du courtisan, qui nommait la Sprezzatura cet « art de ne pas faire art ».

Car Ravel comme Échenoz se ressemblent dans leur apparence de facilité et d'aisance dans le travail, ou pour citer encore Castiglione « une certaine nonchalance, qui cache l'artifice, et qui montre ce qu'on fait comme s'il était venu sans peine et quasi sans y penser ».



C'est ce talent qui fait de Jean Échenoz aujourd'hui une des figures les plus talentueuses de sa génération. Mais tout comme Maurice Ravel, il se fait plutôt discret. Il ne fait pas par exemple partie des auteurs médiatisés dont nous connaissons instantanément le visage, comme Amélie Nothomb par exemple. Et pourtant, il est bien présent sur la scène littéraire contemporaine, légitimé par plusieurs prix littéraires.

Voilà ce qu'on sait de lui : il est né à Orange, en 1947. Fils d'un psychiatre, il poursuit des études de sociologie et de génie civil avant de s'installer à Paris. Il publie, après quelques années d'hésitation, son premier ouvrage Le Méridien de Greenwich qui reçoit le prix Fénéon.

Sa carrière est marquée par sa rencontre avec Jérôme Lindon, l'éditeur des éditions de Minuit à qui il restera attaché.

De plus, ses œuvres sont connues pour être des romans « géographique » : il fait bouger constamment ses personnages. Ravel se rend ainsi aux États-Unis, à Paris, chez lui à Montfort l'Amaury, à Saint Jean de Luz...

Enfin, notons que ce n'est pas la seule fois qu'Échenoz s'essaie à l'exercice de l’écriture biographique ou de la biofiction. Il a évoqué Jérôme Lindon, son célèbre éditeur (éditions de Minuit) dans Jérôme Lindon, écrit Courir, qui retrace la vie d'Emile Zapotek, un coureur de fond tchécoslovaque, et enfin la vie de Nicolas Tesla, dans Des éclairs. Jean Échenoz aime s'amuser avec les codes des genres littéraires, comme le polar ou le roman d'espionnage où il construit son propre monde.

En tout cas, pour son dixième roman, Échenoz parvient à son but : non pas celui d'écrire un morceau de la vie de Ravel, mais bien un simple roman plein d'humanité pour un homme dont la vie aurait pu ressembler à « une partition sans musique ».


Anne-Claire, AS Bib.-Méd.-Pat.

 

Jean ÉCHENOZ sur LITTEXPRESS

 

echenoz ravel

 

 

 

 Article de Jean sur Ravel

 

 

 








Article de Samantha sur L'Équipée malaise







Jean-Echenoz-Lac.gif


Article de Maude sur Lac














Article de Marlène sur Je m'en vais.

 

 

 

 

 

Jean Echenoz Jerome Lindon

 

 

 

Article de Claire sur Jérôme Lindon.

 

 

 

 

 

 





Article de Quentin sur Courir

 

 

 

 

 

 


 

 

 


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