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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 19:00

Jean Luc Lagarce J etais dans ma maison


















Jean-Luc LAGARCE
J’étais dans ma maison
 et j’attendais que la pluie vienne

Editions
Les Solitaires Intempestifs










Jean luc Lagarce  

Jean-Luc Lagarce était un dramaturge, un metteur en scène. Il est l’auteur contemporain le plus mis en scène aujourd’hui. Son œuvre est constituée de vingt-cinq pièces de théâtre et de trois récits. Il est traduit en vingt-cinq langues. Jean-Luc Lagarce est devenu le dramaturge le plus prisé des cours d’art dramatique mais aussi des troupes amateurs. Ses pièces sont mises en scène par les meilleurs metteurs en scène de notre temps. Il n’a pas eu une grande reconnaissance de son vivant. Il a fallu attendre sa disparition pour que son œuvre théâtrale devienne incontournable. Est-ce parce que son langage théâtral était trop novateur ?
  


J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne est une pièce de théâtre sombre. Cinq femmes attendent le retour du fils, du jeune frère dans la maison de l’enfance. C’est le retour de l’enfant au pays natal à l’approche de la mort.
   
Ces femmes ont vécu dans l’absence et le désespoir d’un retour. Jean-Luc Lagarce prend le parti de ne pas nommer les femmes. Le lecteur les reconnaît à leur âge : la mère, la plus vieille, la seconde… Cette absence de nomination pourrait mettre le lecteur à distance. Seulement ce n’est pas le cas, ces femmes pourraient être n’importe qui. Elles sont sensiblement de la même génération, habillées par un tissu identique. Elles auraient pu être nommées infirmières, nonnes, les sœurs Brontë, ou encore Iphigénie, Clytemnestre, Chrysothémis comme l’auteur nous l’explique dans le synopsis. À aucun moment je n’ai été mise à distance. Le lecteur se place plutôt comme s'il pouvait interpréter une de ces femmes. A travers cette écriture, Jean-Luc Lagarce met en place la formation de l’acteur, une construction de Constantin Stanislavski. C’est une mise en place de la mémoire personnelle, un jeu, une lecture proche de la vérité.

Ces femmes vont raconter leur souvenir de la dernière journée du jeune frère,  au cours de laquelle il fut chassé par son père. Aucune d’elles ne sera d’accord sur le déroulement de cette scène. Elles ont oublié de vivre, elles ont passé toutes ces années à revivre chacune ce dernier jour. Le lecteur constate qu’elles ont fini par extrapoler la vérité. Une vérité qu’elles ont soigneusement altérée en fonction de leurs besoins et envies afin de vivre plus agréablement l’absence du jeune homme.

 Au milieu de la pièce une césure se produit entre ces femmes. Les trois plus vieilles sont tristes de voir ce jeune frère qui revient pour mourir. Mais les deux plus jeunes annihilent cette tristesse et laissent place à la colère. Une colère motivée par l’absence de considération de leur frère. Cependant, elles restent toutes présentes pour prendre soin de lui qui dort dans son lit d’enfant.

La plus vieille : « Tu voudrais le garder pour toi, juste pour toi. »

La mère :  « Oui, est-ce qu’on peut demander cela,  que d’autres qui voudraient être aussi près de la mort à l’œuvre, que d’autres s’éloignent et donnent un peu de solitude ? »


Elles attendent toutes fébrilement de pouvoir jouir d’un moment de solitude avec lui afin qu’il relate ses années d’absence. Elles imaginent un long voyage, un aventurier revenu de ses guerres, des batailles, des joies et tristesses. Seulement, le jeune frère ne dira mot.

La pièce se termine par la question du lecteur : mais est-il vraiment revenu ? Ces cinq femmes n’ont elles pas rêvé le retour hypothétique du jeune homme ?


« Elles ressassent. C’est comme une chanson, de longues déclarations l’une à l’autre, le secret de leurs vies, leur légende patiemment construite. Elles se la jouent pour elles-mêmes. »

Dans cette pièce, Jean-Luc Lagarce reprend ses thèmes favoris, l’absence, une attente inconditionnelle. Il met en scène un cercle familial avec poésie. Son écriture est saccadée et répétitive mais elle nous paraît pourtant si fluide. C’est un poème tragique, un théâtre à vif.



Cynthia, 1ère année Ed.-Lib.

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Published by Cynthia - dans théâtre
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commentaires

rechab 22/01/2012 15:39

remarquable texte par sa densité, et une sorte de méditation sur des évènements qui ont eu lieu ou non.

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