Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 07:00

Masbou-Ayroles-de-cape-et-de-crocs-1.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Luc MASBOU
et Alain AYROLES
De Cape et de Crocs
bande dessinée en dix tomes
Genre : aventure, fantasy, humour…
de cape et d’épée !
éditions Delcourt
collection « Terres de Légendes ».





 

 

de-cape-et-de-crocs-2-Alain-Ayroles.jpg

 

 

Alain  Ayroles est le scénariste de De Cape et de Crocs, mais aussi de l’excellente série Garulfo (que je vous recommande tout autant ; c’est une série terminée, en 6 tomes et publiée chez Delcourt également). Il travaille actuellement sur une autre série, D (série en cours, 2 tomes sortis), avec le dessinateur Bruno Maïorana. Artiste du verbe, il polit ses histoires comme autant de bijoux. Rehaussés de dialogues exquis et de procédés narratifs délicieux, ce sont à chaque fois des mets de choix !


 

de-cape-et-de-crocs-3--Masbou-copie-2.jpg 

 

 

Ancien élève de l’École supérieure de l’image d’Angoulême, Jean-Luc Masbou est le dessinateur et coloriste de De Cape et de Crocs. Il ne fallait rien de moins que sa dextérité et son sens du détail pour rendre toute la beauté des paysages lunaires, la vaillance de don Lope et l’audace de messire Armand. Il est aussi par ailleurs scénariste pour deux séries publiées chez Delcourt, L’Ombre de l’échafaud et l’Empire céleste.

 

 

 

 

 

Tome 1 : Le Secret du Janissaire.
de-cape-et-de-crocs-4.jpg
De Cape et de Crocs est une bande dessinée, une série en dix tomes. Ce beau récit de cape et d’épée raconte les aventures de deux gentilshommes, l’un français et l’autre espagnol, qui cherchent fortune de par le monde. L’histoire commence à Venise, par une belle nuit ; messire Armand Raynal, baron de Maupertuis, renard rusé, et don Lope de Villalobos y Sangrin, loup hidalgo andalou, chassés de la Cour de France à la suite d’un duel (réussi), errent dans les rues en se demandant comment renflouer leur bourse désespérément vide, lorsqu’il leur semble entendre des pleurs. C’est le sieur Cénile Spilorcio, riche armateur vénitien, dont le fils s’est apparemment fait enlever par des marins turcs. Les deux amis promettent solennellement de le délivrer (gratuitement). Mais sur le bateau, « pas plus d’otages que de pape en paradis » ! La seule chose sur laquelle nos deux héros mettent la patte, c’est une carte. Et quelle carte ! Un parchemin qui indique la route qui mène au fabuleux trésor des îles Tangerines… N’écoutant que leur courage (et aussi dame Fortune, qui semble sourire de toutes ses dents), messire Armand et don Lope se lancent sur la piste de la plus merveilleuse des aventures…

(1995) Tome 1 : Le Secret du Janissaire. Où l’on rencontre pour la première fois nos deux héros, ainsi que ceux qui deviendront leurs meilleurs ennemis. Le décor est planté, la chasse au trésor est ouverte ! Amis lecteurs, à vous l’honneur…

(1997) Tome 2 : Pavillon noir ! Où messire Armand et don Lope se retrouvent confrontés à de terribles pirates, avides de richesses ! Aidés du loyal lapin Eusèbe et du susceptible Raïs Kader, ils vont cependant continuer leur route.

(1998) Tome 3 : L’Archipel du danger. Où Armand et Lope, devenus maîtres du galion pirate, arrivent en vue des îles Tangerines. Mais un terrible orage se prépare, qui risque de causer bien plus que des dégâts matériels…

(2000) Tome 4 : Le Mystère de l’île étrange. Où les îles se révèlent encore plus mystérieuses que prévu. Le rideau ne se lève sur un secret que pour mieux en cacher un autre, et le trésor est décidément bien gardé…

(2002) Tome 5 : Jean Sans Lune. Où l’on rencontre les « hideux démons » habitant le centre de l’île, lesquels cherchent avant tout à repartir chez eux. Malheureusement, ils ont des otages ! Nos deux héros n’ont d’autre solution que de se lancer à leur poursuite…

(2004) Tome 6 : Luna incognita. Où le lecteur suit nos amis… jusqu’à se retrouver sur la Lune ! L’astre est habité par une bien curieuse population dont la fréquentation se révèle aussi amusante qu’instructive. Nos gentilshommes sauront-ils faire honneur à la Terre ?

(2006) Tome 7 : Chasseurs de chimères. Où la Lune fait appel aux services de nos amis ; sur le point d’être attaqué, l’astre a besoin de son défenseur de toujours, le légendaire « Maître d’armes ». Messire Armand et don Lope proposent de partir à sa recherche, aux confins du monde lunaire connu…

(2007) Tome 8 : Le Maître d’armes. Où l’on retrouve le Maître d’armes, sur le toit de l’immense îlot d’Oxymore. L’individu se révèle brave, gascon, rimeur, philosophe, poète et escrimeur mais hélas, la guerre n’est plus son affaire. Nos amis vont devoir faire preuve de beaucoup de persuasion…

(2009) Tome 9 : Revers de fortune. Où l’on pleure la défaite de l’astre lunaire. La capitale est prise, les troupes royales sont décimées et les pertes sont lourdes…  Malheur aux vaincus ! Mais nos héros ne l’entendent pas de cette oreille…

(2012) Tome 10 : De la Lune à la Terre. Où l’appel de la Terre se fait trop fort ; il est temps pour nos héros de rentrer. Nul doute que ce sera en vainqueurs (sur tous les fronts ?), et ainsi pourront-ils tirer leur révérence avec panache et élégance.



Personnages principaux


de-cape-et-de-crocs-5.jpg
Armand Raynal de Maupertuis

Gentilhomme français, il se révèle en toutes circonstances aussi rusé que le renard qu’il est en réalité. Gascon, élégant, bretteur et poète, il se dit malgré tout cartésien ; mais la raison se révèle une bien faible maîtresse, au regard des beaux yeux d’une belle ! Et lorsqu’il rencontre pour la première fois Séléné, la nièce de l’infâme Cénile, il tombe instantanément sous son charme, et met son phrasé soigné, son sens de la rime et sa maîtrise de la langue française au service du sentiment qui l’étreint, l’Amour. Admirateur des Arts et des Lettres, il révèle son esprit aussi affûté que son épée, même s’il manie le premier un peu mieux que la seconde ; son courage n’a cependant d’égal que sa faconde, et toutes ses qualités en font un compagnon agréable, digne de respect et d’admiration.  Fort de son amitié pour don Lope, il peut glapir (selon ses propres termes) sans crainte la devise de sa famille : « Maupertuis ose et rit ! »

 

 

Lope de Villalode-cape-et-de-crocs-6.jpgbos y Sangrin

Ne vous fiez pas à ses principes rigoureux, cet hildago espagnol a le sang chaud ! Meilleur ami de messire Armand, qu’il a connu à la guerre, il est plus prompt à croiser le fer qu’au duel rhétorique ; et s’il se tire fort bien du premier exercice, il laisse volontiers  le second à don Armando, ainsi qu’il appelle son ami. Mais ce grand loup n’est pas idiot pour autant ; simplement, son caractère entier, son sens de l’honneur et le respect de ses règles de vie l’obligent à choisir avec circonspection ses centres d’intérêt et ses amis. Cependant, une fois que sa loyauté vous est acquise, vous ne pourriez avoir de plus fidèle allié. Amoureux dès le premier regard de la bohémienne Hermine, il lutte longtemps contre ce sentiment, étant encore en deuil de son précédent amour. Mais la belle est aussi têtue que lui, et la bataille qui se joue entre eux tourne rapidement au flirt ! Le trésor ainsi gagné par don Lope dans cette aventure n’a pas seulement une valeur matérielle…  La devise de sa famille est : « Carne y Sangre ! »


De-cape-et-de-crocs-eusebe.jpgEusèbe

C’est en fait un personnage bien mystérieux que ce troisième compère. Condamné aux galères à la suite, semble-t-il, d’un complot, c’est là que ce mignon petit lapin blanc rencontre nos deux héros. D’une gentillesse extrême, d’une loyauté sans faille, travailleur et un peu naïf, Eusèbe va devenir  le compagnon indispensable de cette aventure. Petit de taille mais grand de cœur, ce lapin fait preuve en sus d’un immense courage, et sa maîtrise de l’art du déguisement (qu’il a acquise en travaillant comme comédien) va lui permettre de tirer ses compagnons de bien des mauvais pas. Mais sous cette apparence si douce et innocente se cache apparemment un lourd passé, dont seules quelques bribes nous sont révélées : un jumeau maléfique, un passé militaire au service du cardinal de Richelieu… Mais il est écrit que ce récit n’aura pas sa place dans cette aventure ; pour l’heure, Eusèbe est simplement le compère le plus loyal et le plus gentil qui soit.


Personnages secondaires

De-cape-et-de-crocs-le-rais-Kader.jpgLe Raïs Kader

Autrefois janissaire, maintenant corsaire, ce « grand pendard de Turc » parcourt les mers dans l’espoir de réunir le plus de richesses possible. Sa seule motivation n’est pas la soif de l’or ou un quelconque appât du gain, mais la volonté de lever une armée pour prendre la ville de Maracaibo… Même si les raisons qui motivent ce projet paraissent obscures, don Lope et messire Armand finissent par apprécier à sa juste valeur ce joyeux compagnon, bon marin et bagarreur. Les disputes du marin maure avec l’hidalgo andalou ne parviennent même pas à briser leur amitié ; tout au plus les font-elles se brouiller quelque peu, mais c’est toujours pour donner lieu à de plus grandes réconciliations. Les deux compagnons, puis amis, se sont cependant promis un duel lors de leur première rencontre et se doivent de respecter cette question d’honneur…



De-cape-et-de-crocs-Selene.gifSéléné

Que serait un héros sans une belle chère à son cœur, sans une muse à qui déclamer son amour dans de hautes envolées lyriques ? C’est le rôle de Séléné, jeune beauté pour qui Armand eut le coup de foudre au premier regard. Enfant trouvée, pupille de l’avare Cénile Spilorcio, elle est presque séquestrée par le vieillard, qui veille jalousement sur elle comme sur un de ses trésors, ou comme sur un investissement, puisqu’il veut l’épouser. Jeune fille quelque peu naïve, tenue à l’écart du grand monde, elle est sensible et délicate. Au côté de messire Armand, à qui elle porte un amour réciproque, elle va participer à cette grande aventure vers les îles Tangerines et au-delà, et trouvera en guise de trésor des réponses aux mystères de son propre passé. C’est l’image même de la jeune beauté, pure, innocente et délicate, l’amoureuse de théâtre par excellence.


De-cape-et-de-crocs-Hermine.gifHermine

Cette bohémienne au tempérament de feu et au caractère indomptable est presque tout le contraire de la douce Séléné ! Têtue, impatiente, susceptible, elle a jeté son dévolu sur don Lope, et lui avoue son amour au cours d’une danse enflammée. Mais le loup la repousse, et la belle offensée en conçoit une grande rancune. Les circonstances vont cependant se charger de les réunir à nouveau, et don Lope ne peut alors plus taire ses sentiments : lui aussi aime Hermine, lui aussi est tombé amoureux d’elle au premier regard, mais…  Et voilà nos deux protagonistes à nouveau engagés dans une sorte de tango enfiévré ! Drapés dans leur fierté respective, l’un avance quand l’autre recule et vice-versa. Cette incertitude vis-à-vis de don Lope n’empêche pas Hermine de se révéler rusée et courageuse, aussi forte dans l’adversité que dans le malheur. Abandonnée quand elle était enfant, recueillie par des bohémiens, elle va aussi trouver au fil des albums des révélations sur son propre passé. Mais les retrouvailles avec sa famille ne l’empêchent cependant pas de n’en faire qu’à sa tête !



De-cape-et-de-crocs-Andreo.gifAndréo

C’est l’archétype du jeune amoureux dans les comédies. Un visage de jeune premier, une apparence élégante, mais… une intelligence un peu faible, un caractère effacé, dompté par un père tyrannique. Car Andréo est le fils du seigneur Spilorcio, et s’il fait croire à son père qu’il s’est fait enlever par des Turcs, ce qui constitue le point de départ de toute cette aventure, c’est parce qu’il est amoureux d’Hermine. Or la malicieuse gitane lui a fait croire que les membres de sa tribu demandaient une dot de cinq cents écus pour sa main. N’ayant pas cet argent, et ne pouvant le demander à son père, Andréo se résout à monter ce simulacre d’enlèvement, sur les conseils de son valet Plaisant. Embarqué malgré lui dans cette chasse au trésor, il n’existe que par son amour pour Hermine, pur, brûlant, indestructible. Même l’idylle entre sa belle et don Lope ne suffit pas à le décourager. À défaut de le faire apprécier, une telle abnégation finit par le faire accepter au sein du groupe. Devenu comédien par la force des choses, il fait rire les autres, peut-être pour oublier son propre malheur. Les péripéties qui s’enchaînent vont lui ouvrir peu à peu les yeux, et le jeune fat qu’il était va perdre petit à petit ses dernières illusions sur le monde…

 

 

de-cape-et-de-crocs-Plaisant.gifPlaisant

Plaisant occupe la place peu enviée de valet de comédie. Occupé à rattraper les bêtises de son maître, à faire avancer ses histoires d’amour, il prend à sa place des coups de bâtons qui pourtant ne lui feraient pas de mal ! Petit bonhomme rondouillard, pleutre et méfiant, il n’a rien de l’Arlequin malicieux ou du Scapin rusé. Et pourtant…  D’une loyauté sans faille, il suivra Andréo, son maître mais aussi son frère de lait, jusque sur la Lune. Forcé de monter lui aussi sur scène, il y distribue les coups et les bons mots, il y fait la loi, comme  dans les comédies du XVIIe siècle. C’est lui aussi un personnage secondaire qui prendra de plus en plus d’importance au fil des albums ; d’abord le lecteur l’ignore, puis le prend en pitié, enfin admire quelque peu ce dévouement sans faille, cette obstination à toujours vouloir retourner la situation à son avantage. Mais son prénom reste malgré tout une farce : « Plaisant » ne l’est ni de corps ni d’esprit. Il en a conscience, ce qui rend encore plus admirable sa ténacité et sa capacité à aller toujours de l’avant.


de-cape-et-de-crocs-Cenile.gifCénile Spilorcio

Lui aussi tiré des comédies du XVIIe siècle, il personnifie tout à la fois le barbon et l’avare. La moindre de ses remarques a un rapport avec l’argent, le moindre de ses gestes est calculé. Il ne voit en son fils qu’une bouche à nourrir, et en sa pupille un futur retour sur investissement, puisqu’il peut soit la marier à un parti richement doté, soit l’épouser lui-même. Pour économiser ses propres écus, il est prêt à laisser vendre son fils ; et seul un appât du gain aussi important que le trésor des îles Tangerines peut le persuader d’armer un bateau et d’engager un équipage à ses frais. Il va au cours de l’aventure s’acoquiner avec le capitan Mendoza, prêt à tout pour une belle quantité d’or. Il est même disposé à penser que l’or pousse sur les arbres, si cela peut lui permettre d’en récolter des barriques entières… Ses crises d’hystérie à la moindre suggestion de dépense sont impressionnantes.


de-cape-et-de-crocs-Mendoza.gifMendoza

Chevalier de l’ordre de Malte, le capitaine Mendoza est un homme inquiétant et cruel, dont l’apparence même est une manifestation de son âme ténébreuse : grand, maigre, tout de noir vêtu, l’œil sombre et le visage en lame de couteau… Armand ayant réussi, au cours d’un duel, à lui balafrer le visage, il conçoit à son égard un féroce appétit de vengeance, qui va grossir au cours de l’aventure par l’ajout d’une rivalité amoureuse ; en effet, Mendoza trouve la belle et innocente Séléné fort à son goût, même si cela n’est guère réciproque ! Il incarne le méchant, le ténébreux, l’âme damnée de toute aventure qui se respecte ! Même si sa présence est indispensable au bon déroulement de l’histoire, on ne l’apprécie pas pour autant. Au début de l’aventure, c’est le capitaine de la galère sur laquelle sont emprisonnés nos deux amis suite aux manigances du signor Spilorcio.

 
Captain Boney Boone, M. de Cigognac et les pirates

Lorsqu’Andréo se retrouve abandonné par son équipage sur la route du trésor, il ne trouve rien de mieux à faire que de s’adresser à des pirates pour le remplacer. Et pourtant, on ne peut ignorer, lorsqu’on rencontre le capitaine et ses amis, qu’il ne s’agit pas là d’honnêtes marchands comme ils le prétendent. Le cap’taine Boone présente en effet une troublante ressemblance avec le célèbre pirate Barbe Noire, jusqu’à la barbe fumante de souffre, et son équipage tout entier est couturé de milliers de cicatrices. M. de Cigognac, le second du capitaine, se montre plus méfiant et plus circonspect dans ses actions. Noble de naissance, il s’est joint aux frères de la côte par goût de l’aventure et par idéal. Éperdu d’admiration pour le capitaine Boney Boone et ses fameuses harangues (qui se terminent en général avec du rhum), il est prêt à le suivre, comme les autres hommes d’équipage, jusqu’aux « tréfonds de l’Enfer »… À défaut de cela, ils iront quand même jusque sur la Lune. Plus que de méchants hommes, les pirates sont des idéalistes, qui ont soif d’aventures (et de rhum !) autant, sinon plus, que d’or.
de-cape-et-de-crocs-15.jpg« Nous sommes des pirates, mille bréchets ! Nous ne sortons pas de la cuisse de Jupiter, MAIS DES TRIPES DE NEPTUNE ! » (Tome 9, Revers de fortune)

de-cape-et-de-crocs-bombastus.jpgBombastus Johannes Theophrastus Almagestus Wernher von Ulm (aussi appelé plus simplement Bombastus) est un savant allemand qui s’est retrouvé coincé à la suite d’un naufrage sur les îles Tangerines. Si les plus grands génies ont une part de folie, lui semble surtout être un savant fou. Énonçant les théories les plus absurdes, spécialiste des explications les plus absconses qui soient, il se révèle malgré tout indispensable à notre petite bande. C’est lui qui va inventer les appareils qui conduiront nos amis sur la lune, par exemple. Tour à tour dans le camp des gentils et dans celui des méchants, il ne sert ni Bien ni Mal mais la Science avant tout. Il rend service à qui le lui demande, mais n’a jamais reçu un seul « merci » pour ses solutions aussi dangereuses qu’inventives. Il semble entretenir une étrange fascination pour tous les appareils à base de poudre à canon ou nécessitant un mécanisme de mise à feu.

 

 

 

 

De-cape-et-de-crocs-Jean-sans-lune.jpgLe Prince Jean, Mademoiselle et Monsieur Apollon

Ce sont les esprits maléfiques, les « hideux démons » qui hantent les îles Tangerines. Coincés sur Terre depuis une décennie, ces habitants de la Lune n’ont qu’une envie : rentrer chez eux. Mais cette opération nécessite quelques ingrédients extrêmement difficiles à trouver, tels qu’une pierre de Lune. Seulement la plupart des équipages aventureux ont préféré se risquer au fil des années à la recherche du trésor sans cet artefact, et périr ainsi dans ces îles lointaines. Despote, égoïste, capricieux et puéril, le Prince Jean a été banni de la Lune pour avoir tenté de prendre le pouvoir de force. Il a été suivi par sa sœur Mademoiselle, qui faisait aussi partie du complot, et par monsieur Apollon, son grand chambellan.



Quelques clés de lecture

Le dernier tome de la série est sorti au début du mois d’avril 2012. Aussi, pour rendre hommage à cette bande dessinée qui a enchanté quelques-unes de mes meilleures années de lectrice, je vais vous présenter certaines de ses particularités. En effet, les références méta-textuelles, qu’elles soient classiques, contemporaines, littéraires ou cinématographiques fourmillent au fil des pages. Même si elles ne sont pas indispensables pour comprendre l’histoire, qui est accessible à un enfant comme à un adulte, leur compréhension ajoute au plaisir de la lecture.


Le théâtre du XVIIe siècle.

 

 

– La bande dessinée s’ouvre sur une scène des Fourberies de Scapin, de Molière, un motif qui est repris au cours de tous les tomes, que ce soit dans la sempiternelle question « Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ? » déclinée à l’infini (« Mais que diable allait-il faire dans cette chébèque ? », « Mais que diable allions-nous faire ici ? »), ou dans les extraits qui sont joués au détour des cases (lorsque Plaisant et Andréo deviennent comédiens par la force des choses, c’est cette pièce qu’ils ont à travailler).

– Les noms et attitudes de tous les personnages rappellent fortement la Commedia dell’Arte : Cénile Spilorcio le vieux barbon, l’Harpagon de la bande, Andréo/Léandre l’amoureux, Plaisant le valet débrouillard, etc. Dans le quatrième tome, il y a d’ailleurs une représentation entière, puisque Hermine, Andréo, Plaisant et les pirates doivent all’improviso jouer La Farce de maître Grosjean pour divertir les étranges personnages qui les ont fait prisonniers.

– Don Lope semble descendre en droite ligne du Cid :

«La vaillance de Maures ? Ah ! Laissez-moi rire ! Au siège de Valence, mon aïeul Rodrigo de Villalobos, à la tête d’une poignée d’hommes, a défait plus de mille des vôtres.

– Valence ? Parlons-en de Valence ! J’y avais un ancêtre ! Vous étiez peut-être cinq cents au départ, mais en arrivant au port, vous étiez au moins trois mille !

– Qu’importe ! Nous vous infligeâmes une raclée ! » (Tome 3, L’Archipel du danger.)

– On trouve régulièrement des quiproquos, au sens théâtral du terme, au fil des tomes : Cénile s’adressant au lecteur dans le tome 2 : « La peste soit du borgne ! Que ne perdit-il la langue plutôt qu’un œil ! » ou même le capitaine Boney Boone dans le tome 4, au moment de sortir de scène : « Mettons à profit la confusion ambiante pour prendre la poudre d’escampette ! »


Le théâtre est également un élément central dans la composition même de la bande dessinée ; en effet, les masques antiques de la comédie et de la tragédie sont présents sur la quatrième de couverture, le rideau est littéralement tiré sur la page de titre, et le troisième tome s’ouvre au rythme des trois coups symboliques.  Les dénouements et autres moments forts de la bande dessinée ont tendance à se passer sur scène (les retrouvailles entre les personnages au tome 4, le renversement du Prince Jean au tome 9… Et la toute fin du dernier tome se passe sur scène.) L’effet ainsi obtenu est enjoué, enlevé, pétillant… et permet quelques dei ex machina tout à fait réjouissants !

de-cape-et-de-crocs-18.jpgQuatrième de couverture de la bande dessinée,

où l’on retrouve des éléments du théâtre, comme les masques ou le rideau.

 

Mais les références sont multiples, de toutes natures et de toutes époques

 

 

 – Les noms des deux personnages principaux sont tirés du Roman de Renart, l’un de plus célèbres romans du Moyen-âge. En effet, le héros Renart est seigneur de Maupertuis, et son compère le loup se prénomme Ysengrin.

– Lorsque les deux héros se préparent  pour aller délivrer Andréo (du moins le croient-ils), la scène reprend la préparation du héros Rambo dans le film Rambo II.

– Dans le tome 1, de petits personnages défilent dans les cases pendant l’entretien du Raïs Kader avec le docte Saltiel Ben Bezalel ; bien qu’ils n’aient ni salopette, ni cheveux verts, c’est là une référence au jeu vidéo Lemmings.

– On trouve des références au Seigneur des Anneaux au fil des tomes : tome 3, Eusèbe prend la place de Gandalf pour lire un journal inachevé relatant un événement terrible, et tome 7 les feux d’alarmes des mimes s’allument comme pour mieux célébrer la guerre qui se prépare !

– Astérix et Obélix ont inspiré l’une des dernières cases du premier tome, celle où les marins se disputent pour savoir quelle direction prendre (référence à La Galère d’Obélix) ou dans les scènes de bataille du tome 8 ; l’équilibre des forces et le plan de bataille rappellent les combats gaulois, sans pour autant avoir la même fin heureuse…

– Boney Boone à lui seul est une triple référence : à Barbe Noire dont il a l’apparence, à l’Île au trésor dont il a le perroquet, à Moby Dick quand il propose la même chasse que le capitaine Achab (un doublon d’or à qui lui ramènera la dépouille du lapin blanc !) ; et ses pirates font de leur côté maintes références culturelles : à chacune de leurs scènes d’hystérie, ils prennent des poses (Le Cri, par exemple) ou évoquent des monstres mythiques et des punitions divines (Charybde et Scylla, le Kraken, etc.).

– La rixe entre messire Armand et le pirate Adynaton d’Hyperbolie ressemble fort à une « battle » organisée entre deux rappeurs. La gestuelle d’Adynaton, notamment, et son collier en forme de sablier sont deux des références les plus évidentes.

 

de-cape-et-de-crocs-19.jpgRixme, ou « battle » de poésie.

(Tome 7, Chasseurs de Chimères)

 

 

Je pourrais aussi parler d’Hergé, de Shakespeare, de Léonard de Vinci et de bien d’autres encore, mais d’une part je ne disposerais pas d’assez de temps ou de pages, et d’autre part je ne suis pas assez cultivée. Le scénariste et le dessinateur se sont vraiment amusés dans cette bande dessinée, et c’est ce qui contribue aussi à rendre l’intrigue plus vivante ; de péripéties en péripéties, de références en références, on avance dans l’histoire, toujours  plus avides de nouvelles découvertes. Outre le plaisir de lire, il y a aussi le goût du jeu, cette sorte de défi lancé par les auteurs aux lecteurs : serez-vous capables de tout voir dans notre œuvre ? Une lecture ne suffit pas, mais qu’importe ! On ne se lasse pas de retrouver nos deux héros…



La référence majeure de cette œuvre, outre Molière, est Cyrano de Bergerac, que ce soit la pièce de théâtre d’Edmond Rostand ou le personnage historique. Les alexandrins gascons de l’un et le voyage lunaire de l’autre constituent une des sources majeures de la bande dessinée, parmi lesquelles on trouve aussi Alexandre Dumas et Théophile Gautier, grands maîtres du feuilleton de cape et d’épée. L’apparition de maître d’armes au tome 8 n’est que la suite logique de plusieurs références, la première étant les vers d’Armand lors de son combat avec don Lope contre la maréchaussée sous le balcon de Séléné au tome 1 (Le fait de chercher ses rimes rappelle en effet le duel de Cyrano dans l’acte I de la pièce, qu’il intitule « Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon Monsieur de Bergerac eut avec un bélître ! ») ou les inquiétudes du roi de la Lune dans le tome 7 (« Pourvu qu’ils n’aillent pas lui parler de son… » nez ! ). Il serait fastidieux de rapporter ici tous les indices de l’influence de ces œuvres dans l’intrigue : Monsieur de Cigognac qui peut être le Monsieur de Sigognac du Capitaine Fracasse, les Cadets de la Lune qui ressemblent de manière plus que frappante aux trois mousquetaires d’Alexandre Dumas (depuis leur casaque jusqu’à leur apparence physique !)… Mais le plus important, c’est le panache ! L’ingrédient indispensable de n’importe quelle bonne histoire de cape et d’épée, ce qui fait le charme gascon des personnages, c’est ce fameux panache !

 

 « Je croyais que vous étiez comme Messieurs de Villalobos et Maupertuis ! Que comme eux, vous ne renonciez jamais. Que comme eux, vous aviez toujours un riant visage à présenter à l’adversité… Un beau geste face au malheur, un bon mot face au danger… Que comme eux, vous possédiez ce je-ne-sais-quoi qui permet les plus improbables victoires, et qui, quand on perd, empêche les méchants de triompher tout à fait… Cette chose que mes amis appelaient…

– Le panache ! »

 

(Définition du panache par Eusèbe, tome 9, Revers de fortune.)

 

 
On retrouve chez don Lope et messire Armand cette sorte d’élégance surannée, cette audace gasconne, ce charisme enfin qui fait les personnages de légende. Les héros de ce genre, de cape et d’épée, n’ont ni Dieu ni maître qu’ils n’aient choisi eux-mêmes. Ils vivent leur vie presque avec désinvolture, conscients de leurs faiblesses humaines qu’ils dissimulent dans une révérence, de leur peu de fortune dans lequel ils se drapent. S’ils les mettent en évidence, c’est pour mieux les vaincre. J’aime les qualités morales de ce type de héros, leur noblesse de cœur autant que de nom, leur façon d’aller de l’avant sans jamais hésiter.

de-cape-et-de-crocs-20.jpg

Si je recommande à tout le monde cette bande dessinée, c’est tout simplement parce qu’elle est exceptionnelle. L’intrigue est bien menée, les dessins sont magnifiques, les personnages sont attachants, les références sont multiples… C’est une bande dessinée qui respecte le lecteur. Don Lope et messire Armand nous invitent, chapeau à la main et épée au côté, à les suivre dans cette folle aventure. Nulle part vous ne trouverez de notes, explications ou autre : vous, lecteur, êtes parfaitement capable de comprendre toutes les subtilités, de saisir toute la magie des nuances de cette bande dessinée. Je pourrais continuer à vous en parler pendant des heures, mais je n’aurais que trop peur de vous lasser. Moi-même, je découvre encore de nouvelles choses à chacune de mes lectures. Et comme avec Alexandre Dumas, je ries je pleure, je m’exalte, je sens monter en mon âme enchantée les béatitudes de la langue française !! Pour moi littéraire, c’est le nectar de notre langue qui est ainsi distillé, et je ne me lasserai jamais de revenir puiser à la source. Fontaine de Jouvence ? Peut-être… Alors levons nos verres, compagnons ! Vous reprendrez bien une petite rasade … ?


Merci à MM. Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, merci infiniment, et à bientôt pour de nouvelles aventures !!

 

Les images ont toutes été prises sur le site officiel de De Cape et de Crocs : http://www.decape.askell.com

Les portraits des personnages sont en majorité des dédicaces mises en ligne par leurs chanceux propriétaires : merci à eux !

Je vous invite à aller visiter le site, ne serait-ce que pour lire L’Impromptu, pièce en un acte et en alexandrins qui relate la rencontre entre nos deux héros ! http://www.decape.askell.com/impromptu.php

À voir également, pour tous les fans de la série : http://www.lesmillechandelles.com/impromptu.php

La compagnie des Mille Chandelles a monté l’Impromptu, et des vidéos de certaines scènes tournent sur internet ; c’est un pur régal !!

Bientôt, sortie d’un diptyque retraçant l’histoire d’Eusèbe, le mystérieux lapin !


Marie, AS éd.-lib 2011-2012

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie - dans bande dessinée
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives