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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 07:00

Omont-zhao-la-ballade-de-yaya.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marie OMONT (scénario)
ZHAO Golo (dessinateur)
La balade de Yaya
Éditions Fei
Tome 1 paru en 2011
Intégrale 1er volume, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Yaya a vu le jour sous le crayon de Golo Zhao, dessinateur de la série. Né en 1984 et d’origine chinoise, cet artiste de 29 ans est encore peu reconnu en Europe. Il a obtenu le diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Guangzhou, et celui de l’Académie cinématographique de Beijing. Son début de carrière se caractérise par l’illustration dans des magazines et des bandes dessinées. C’est aussi un auteur de manhua (bandes dessinées chinoises) mais peu productif.

Golo Zhao s’associe en 2010 avec Jean-Marie Omont, réalisateur et scénariste français, pour le projet de La balade de Yaya. C’est pour s’évader qu’il commence à écrire des histoires et aller au cinéma, domaine qu’il étudie à Bordeaux. Pendant dix ans il travaille comme assistant réalisateur, et écrit aujourd’hui pour la télévision et la bande dessinée. En parallèle, il développe des projets pour le cinéma.

Golo Zhao et Jean-Marie Omont créent donc La balade de Yaya, bande dessinée qui paraît pour la première fois en janvier 2011 sur une idée de Patrick Marty. Il s’agit à la base d’une série de neuf volumes en petit format à l’italienne, qui a été éditée récemment en version intégrale. Cette dernière représente trois volumes de grand format dont le troisième et dernier est en cours de parution. Chaque volume reprend trois volets de la série initiale.

La balade de Yaya est publiée par les éditions Fei, créées en 2009 par une jeune Chinoise. Cette maison est reconnue pour faire découvrir aux lecteurs occidentaux les auteurs méconnus de bandes dessinées chinoises. Son but est principalement de faire collaborer Chinois et Occidentaux sur les projets pour favoriser une qualité d’adaptation et de traduction.

Le tome 1, La fugue, est lauréat 2012 des prix : LIivrentête de littérature de jeunesse, Bulles en Fureur, et Meilleur Album des Collégiens Samariens.



Le résumé

Le tome de La balade de Yaya que j’ai choisi d’analyser est le premier de la version intégrale, c’est-à-dire les trois premiers volets de la série initiale. Deux jeunes enfants se retrouvent perdus en Chine pendant la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), et n’ont comme arme que leur innocence. Yaya et Tuduo n’étaient pas destinés à se rencontrer puisque tandis que l’une est issue d’une famille bourgeoise de Shanghai, l’autre est un enfant des rues.

Au début de l’aventure, en 1937, Yaya s’enfuit de chez elle pour participer à un concours de piano, alors que les bombes s’abattent sur le pays et que ses parents projettent de partir se réfugier à Hong Kong. Elle finit par se perdre au milieu du désastre, seulement accompagnée par son oiseau Pipo, qu’elle seule peut entendre lorsqu’il parle. Semblable à Jiminy Cricket dans Pinocchio, il lui dicte la bonne conduite mais n’est pas toujours écouté. C’est grâce à lui que Tuduo, un enfant des rues qui passait justement par là, va la retrouver au milieu des décombres.

Avant que Tuduo, enfant acrobate, ne trouve Yaya, lui et son petit frère Xiao étaient prisonniers de Zhu, son jeune idiot de sous-fifre le dénommé « Sauce d’huître », et son vieux chien Whisky, bête et méchant. Ils étaient en train de fuir Zhu quand Tuduo s’est vu dans l’obligation de confier son petit frère à l’Église avant de se lancer sur la route de Hong Kong avec Yaya.  
 
Désormais associés, ils partent à la recherche des parents de Yaya qui ont fini par prendre la mer. Sur la route, ils vont se heurter à la cruauté du monde, en faisant de belles mais aussi de bien mauvaises rencontres, le tout dans une atmosphère de douce et parfois drôle innocence.



Des rencontres dans un univers sans pitié…

Le début de La balade de Yaya coïncide avec celui de la seconde guerre contre le Japon en 1937. Pour le contexte, cette guerre a commencé quelques mois avant que les Allemands attaquent la Pologne, fait qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. La Chine s’est alors fait envahir par l’armée impériale japonaise. C’est le 9 août 1967 exactement que Shanghai, ville de Yaya, se trouve prise dans de violents combats.

Au cours de ce premier album, les deux enfants font de bonnes et de mauvaises rencontres.

Certains adultes profitent de leur faiblesse. Tuduo en est la principale victime puisque, orphelin, il s’est trouvé sous l’emprise de Zhu, un gros bonhomme malfaisant qui l’oblige à travailler pour lui. Un soir, alors que Zhu lui annonce qu’il va désormais s’occuper de son petit frère Xiao, Tuduo décide de fuir. À Xiao : « On doit s’échapper maintenant. Sinon Zhu va te frapper comme moi, pour t’apprendre à travailler. ». Tuduo, a un grand cœur et beaucoup de courage, il protège ses proches de façon exemplaire. C’est ainsi qu’il se sépare de Xiao en le laissant entre les mains protectrices d’une Sœur. Mais Zhu et son sous-fifre restent sans cesse à ses trousses.

Yaya quant à elle, d’une grande naïveté, n’en fait qu’à sa tête et poursuit son rêve de pianiste coûte que coûte, malgré l’interdiction et la mise en garde de ses parents. Elle se trouve alors surprise par les bombardements et c’est Tuduo qui la sort d’affaire.

 « Sauce d’huître » l’associé de Zhu finira cependant par les retrouver et les ramener à Zhu qui les enferme. La fuite de Tuduo lui vaut alors une séance de fouet. Zhu à Tuduo :

 

« Tu m’as enlevé Xiao alors qu’il était sur le point de me rapporter de l’argent. Je devrais t‘enfermer à la cave pour te faire passer l‘envie de t’enfuir… mas j’ai besoin d’argent rapidement. Je me dis qu’avec cette guerre qui arrive, il doit bien y avoir un moyen d’en tirer profit ».

 Tuduo-et-Zhu.jpg
Zhu mettra également fin à la vie de Fang Yin, la gouvernante des parents de Yaya, prévenue par Pipo pour qu’elle vienne les aider.

Plus tard, alors qu’ils ont réussi à grimper dans le camion d’un homme qui leur offre de les conduire vers Hong Kong, on se trouve confronté à un autre enfant souffrant le martyre après s’être fait exploser la jambe par une grenade. C’est grâce au conducteur qu’ils trouvent refuge quelques jours chez une paysanne où tout le monde est nourri et soigné.

D’aventure en aventure, les enfants sont confrontés à une dernière rencontre : un homme louant des barques. Yaya s’est enfuie toute seule une fois de plus, et donne naïvement des diamants (trouvés précédemment), à l’homme qui bien évidemment s’en prend violemment à elle pour lui voler son butin. Tuduo qui arrive à ce moment-là subit le même sort et ils se retrouvent à voguer sur le fleuve à bord de la barque, inconscients…

Les éditions Fei parlent de Yaya :

 

« Trop souvent, les enfants sont les premières victimes des conflits, et les plus durement frappés. Alors que les adultes s’ingénient à créer l’enfer sur terre, les enfants, eux, souffrent et personne, bien souvent, ne se soucie de leur point de vue ».

 

 

 

…couplées aux rêves et à l’imaginaire de deux jeunes enfants.

Malgré quelques images et un contexte durs, l’histoire est peinte dans une certaine légèreté car il y a un véritable contraste entre la douceur du dessin et la dureté du sujet. Le dessin de Golo Zhao est aquarellé, rond et coloré, non sans rappeler celui du célèbre Japonais Hayao Miyazaki.

totoro-miyazaki.jpgTotoro – Hayao Miyazaki

 

La grande douceur des traits apporte de la fraîcheur à l’histoire, et donne l’impression de lire la guerre à travers la naïveté des yeux d’enfants.
 tuduo-yaya.jpg
Dans les premières planches, il y a toujours un contraste entre la robe jaune de Yaya et la grisaille des soldats en arrière-plan. De même pour sa naïveté et sa joie de vivre qui contrastent avec la violence qui l’entoure.

Durant tout ce premier album, on découvre la guerre sous ses aspects les plus sinistres mais jamais de façon triste car le dessin est doux et les personnages sont pleins de fraîcheur. Face à des événements tragiques, ils donnent une atmosphère naïve et facétieuse.

Tuduo et Yaya apprennent tout au long de l’histoire à grandir sans leurs parents, livrés à eux-mêmes et à leurs représentations du monde qui les entoure. On trouve souvent au début des dessins représentant les deux enfants, colorés et pleins de vie, qui rient et s’amusent, sur un fond de ville grise, détruite, fumante. Ils font ainsi la part belle au rêve et à l’imaginaire.

Certaines planches consacrées à Pipo, l’oiseau malin mais peureux, font sourire car il joue de malchance. Notamment lorsqu’ils se retrouvent tous hébergés chez une paysanne et que Pipo n’y trouve pas le repos car un homme rendu fou par la première guerre le poursuit pour lui couper la tête, comme il fait aux poules. Le sujet est traité avec humour mais il montre les ravages autres que matériels, que peut faire la guerre, par exemple lorsqu’il se fait courser par le chien Whisky de Zhu.



Mon avis

Je ne précise que maintenant qu’il s‘agit d’un album classé au rayon jeunesse dans les librairies, autour de 7-9 ans, parce que j’estime qu’il a également tout a fait sa place chez les adultes. Les dessins sont certes doux et colorés, le sujet n’en reste pas moins délicat et est aussi intéressant à lire avec l’œil plus critique d’un adulte. En fait, il convient à tout âge pourvu qu’on soit sensible au dessin poétique de Golo Zhao.

J’ai personnellement adoré me plonger dans ce premier tome très beau d’un point de vue esthétique. La frustration qu’on éprouve à la fin du premier tome, dévoré en vingt minutes, donne instantanément l’envie d’aller acheter le deuxième, et le troisième (qui ne sort que dans quelque temps). Même sur un sujet aussi dur, revoir le monde avec ses yeux d’enfant est très reposant.



Céline, AS Bib.

 

 

 


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