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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 07:30

manut_charpentier.jpg









 

 

 

 

Jean-Michel CHARPENTIER
Manut et la salle d’attente
Éditions Elytis
Collection « Grafik », 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de la maison d’édition

En 1992, Elytis est une entreprise de photogravure créée par M. Mouginet père qui entretient une grande passion pour les beaux-livres et les arts pointus. Il édite quelques livres mais ne s’adresse pas encore à un vaste public de lecteurs. Rejoint par son fils aîné, Xavier, il décide, en 2000, de changer le statut de leur entreprise pour en faire une maison d’édition. Malgré leur passion commune pour le graphisme, leur première publication, deux ans plus tard, est un polar écrit par Pierre Mazet, Meurtre peu conventionnel à Billom, premier d’une série d’ouvrages  intitulés  Meurtres peu conventionnels à… ». Puis, à la retraite du père, Xavier est rejoint par son frère cadet, Jean-Baptiste, et, ensemble, ils vont orienter la maison vers des publications de beaux-livres en privilégiant le graphisme, l’iconographie et la thématique de voyage. C’est d’ailleurs grâce à cette thématique qu’ils éditent des carnets de voyages d’explorateurs contemporains du monde. Ils développent aussi des collections au nom éloquent : « Grands Voyageurs », « Petits passeports pour le Monde », « Contes et légendes »…

Pour plus d’informations sur le catalogue, rendez-vous sur leur site : http://www.elytis-edition.com/    



Présentation de l’auteur

Il est difficile d’obtenir des informations sur la biographie de Jean-Michel Charpentier, mais voici les quelques petites choses que l’on peut dire : à la fois peintre, illustrateur et graveur sur cuivre et sur zinc, J.-M. Charpentier est le créateur de Manut pendant son temps libre. Il illustre de nombreux beaux-livres publiés aux éditions Elytis dont Fins tragiques d’expéditions polaires, Bordeaux vengeance océane, La véritable histoire d’Ah Q, pour n’en citer que quelques-uns. Malgré son style tout à fait particulier, ses personnages souvent gringalets, longilignes, aux regards rêveurs ou perdus, il a le talent de savoir s’adapter intelligemment à tous les thèmes que lui proposent les éditeurs d’Elytis. Ainsi, graveur pour le deuxième tome des Fables de Gérard Sansey, il se fait peintre dans un style rappelant la Renaissance italienne pour Le Radeau, puis illustrateur pour l’adaptation du livre chinois La véritable histoire d’Ah Q. Sa capacité à s’adapter à tous les sujets ne fait que confimer son talent. C’est d’ailleurs la raison, en plus de l’admiration que lui vouent les éditeurs d’Elytis, pour laquelle ces derniers lui confient un grand nombre de projets pour leurs publications.



Bibliographie (extraite du catalogue Elytis)

Manut, la salle d’attente, 2011
Le radeau de la Méduse, 2010
La véritable histoire d’Ah Q, 2010
L’aventurier du désert, 2010
Fins tragiques d’expéditions polaires, 2008
Monstres marins et autres curiosités, 2008
La secte des termites, 2008
Histoires peu ordinaires à Bordeaux, 2007
Le magasin pittoresque, 2007
Voyages au bout des phares, 2006
Fables, tome II, 2005
Bordeaux vengeance océane, 2004



Manut ou une histoire décousue recousue…

« Le clou ne parle pas de son mal de tête au marteau… ni à la planche de bois sur laquelle il est enfoncé. En fait, le clou ne parle pas. »

L’histoire du personnage de Manut commence il y a ans, sous le crayon de J.-M. Charpentier alors qu’il n’était encore qu’un étudiant rêveur à l’école des Beaux-Arts. Perdu, homme torturé, Manut n’est pas un personnage très joyeux, ni très heureux dans sa vie. Il a vécu, il a regretté et a appris de ses erreurs. Pourtant, nous sommes très vite attachés à ce personnage mélancolique, qui a quelques faux airs de son créateur.

Ce roman graphique est né de l’inspiration de l’illustrateur, inspiration qui se manifeste à n’importe quelle occasion, au quotidien, ou pendant les salons auxquels il participe régulièrement pour dédicacer ses nombreux ouvrages. Il n’y a jamais de moment privilégié. Toujours accompagné de son petit carnet noir et de sa trousse bien remplie de crayons et de feutres noirs, il se met activement à griffonner sur les pages vierges dès que son imagination s’active. Une forme devient très vite un visage sous les traits assurés mais vifs de ses coups de crayons de couleurs, une silhouette se dessine en quelques secondes sous la mine de son feutre noir, fin, calculé.

Lors de son invention, pendant la période des Beaux Arts de l’auteur, Manut est un « zonard » qui erre dans la ville, et qui est amoureux d’une ancienne actrice de X. Il est abandonné par l’auteur à la sortie de l’école, pour revenir, des années plus tard, sous le nom de Jason. Alter-ego de Manut, il est pourtant plus vieux, a vécu et possède un humour cynique inquiétant. Mais ce nouveau personnage, de l’aveu de l’auteur, attise la jalousie de Manut qui réapparaît pour fusionner avec Jason.

Cet ouvrage est donc une balade de Manut à travers la ville, dans des situations diverses, parmi ses souvenirs heureux qui l’ont fait devenir malheureux, ses déboires successifs, autant d’expériences vécues. Mais par qui ? L’auteur ou le personnage de papier ?

Une conversation naît très vite entre le personnage et son créateur, qui l’informe de sa prochaine publication, ou l’incite à lui parler de ses relations amoureuses désastreuses. On commence alors à vouloir savoir, comme l’auteur, pourquoi Manut est si torturé, même si celui-ci ne tient pas à le dévoiler, peut-être parce qu’il ne le sait pas non plus.

Ce livre au format 115 x 121 mm, n’est ni une bande-dessinée ni véritablement un roman, et est entièrement illustré en noir et blanc. Sa particularité première est de mêler plusieurs genres, entre roman graphique et bande-dessinée. Pourquoi une telle hésitation ?

Tout d’abord, étudions les bulles, parce que même s’il ne s’agit pas d’une bande-dessinée, nous retrouvons cet élément tout au long du livre. Cependant, elles ne transmettent pas l’ensemble du texte au lecteur. En effet, des sélections ont été faites : la plupart des bulles transcrivent les paroles de Manut, lorsqu’il parle seul, mais aussi quand il entre dans une conversation avec l’auteur. Il arrive également que des personnages ponctuels ayant connu Manut parlent de lui par ce biais. Citons par exemple deux femmes qui ont été amantes de Manut et n’en ont pas gardé un bon souvenir « Vous parlez d’un coup… », « stressant comme garçon » ; du squelette d’un militaire sadique ou encore d’un psychologue orgueilleux… Pourtant, plusieurs phrases se succèdent dans ces bulles qui prennent parfois une demi-page. On note d’ailleurs que les propos de l’auteur, lorsqu’il parle à son personnage, sont situés dans un encadré rectangulaire afin de les distinguer clairement des autres.

Ensuite, nous avons le reste du texte : il peut entourer une illustration, qui, de ce fait, illustre les propos ; nous le trouvons aussi sur des pages blanches, centré. Dans ce cas, le texte est plus long et enchaîne souvent des répliques entre l’auteur et le personnage. Néanmoins, rien n’est vraiment calculé, tout est aléatoire, comme l’inspiration.



Le graphisme

Ce carnet réunit les croquis du carnet de J.-M. Charpentier qui dessine ici sans crayonnés préparatoires, sans retouches par ordinateur, afin de transmettre au spectateur toute la magie qu’il y met, toute l’émotion et l’intentionnalité des coups de crayon. On pourrait supposer que le jeu du noir et blanc à travers les dessins veut traduire la mélancolie dans laquelle est continuellement plongé le personnage de Manut. Il s’agit surtout de la façon de dessiner de l’illustrateur dans son carnet que l’éditeur a voulu conserver afin de restituer les émotions originelles aux lecteurs.

En outre, J.-M. Charpentier joue beaucoup sur le blanc des pages : parfois, il dessine quelques éléments sur la double-page qu’il ne décore pas et laisse entièrement blanche. On le conçoit d’ailleurs comme du vide qui permet de mettre en avant les personnages ou la scène représentés (cf. planche 10).
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planche 10

 

 

 

Les thématiques

La mélancolie et la tristesse imprègnent autant les paroles que les dessins de ce livre. Elles sont d’ailleurs transmises de différentes façons : les visages des personnages, et particulièrement celui de Manut, sont souvent assombris par les coups de crayon. D’ailleurs, Manut n’est jamais représenté sans ses lunettes noires. Nous ne faisons que distinguer quelque peu le contour de son visage maussade. Nous retrouvons également la mélancolie dans les propos du personnage : « Je voulais m’amuser, et on m’a retiré petit à petit mes jouets… Alors je deviens triste… Mes mains ont encore le va-et-vient du lancer de petites voitures de course… Mais je suis hors-circuit. », « Vroum vroum fait le cœur avant de caler… », « Merde, j’ai 50 balais et j’ai toujours pas fait le ménage ! ».

La thématique de la mort est aussi prégnante : on la retrouve dans plusieurs dessins de squelettes, l’un étant celui d’une femme, l’autre celui d’un militaire sadique ayant connu Manut lors de son passage à l’armée. Manut fait également quelques allusions à la mort mais ne l’aborde jamais véritablement : « Il paraît que l’on meurt le même jour que le jour de sa naissance… », « Ben merde alors ! Outan est mort ! Ah la la ! Quelle étrangeté la vie ! ». Mais ça s’arrête là. La seconde d’après, Manut songe qu’il a faim « (silence) Tiens, j’ai une petite faim, moi ! ». À l’inverse, l’auteur raconte que Manujason, la fusion de Manut et de Jason, son alter-ego donc, avait, étant plus jeune, des envies de suicide. Il le représente d’ailleurs suspendu à une corde. Il s’agit surtout pour l’auteur-illustrateur de parler du temps qui passe et qui ne peut être rattrapé, de toutes les occasions ratées qui ne pourront jamais se réitérer.

L’amour est un autre motif de ce carnet. En effet, l’auteur incite, au début, Manut à parler de ses relations amoureuses : « J’aurais aimé que tu me parles des femmes… que tu as connues, aimées ! ». Malheureusement, elles ont toutes été des désastres : les femmes le quittent, ou il les quitte avant d’avoir une vraie relation. D’ailleurs, la gent féminine semble le considérer comme un « mauvais coup ».

Enfin, le langage familier et l’humour sont particulièrement présents : les propos familiers nous permettent de distinguer Manut et l’auteur lorsqu’ils discutent ensemble. Manut parle d’une façon qui lui est propre avec des termes d’un registre très familier, presque vulgaire : « Mon cul ouais ! », « Que dalle ! », « Un hibou à la con »… Il fait davantage appel à un langage oral. Par exemple, il utilise des contractions qui sont incorrectes à l’écrit : « La pouf, c’est elle qu’était pressée de me plaquer ! ». Néanmoins, cela ne l’empêche pas de parler de façon presque soutenue, notamment lorsqu’il semble faire des remarques qui touchent au domaine philosophique : « Le vrai miracle, ce n’est pas de marcher sur l’eau, c’est de marcher sur Terre », « Connaître fait partie de ces mots que l’on croit grands et qui sont petits ». Par contre, Manujason, le personnage vieilli de Manut, parle avec un langage plus soutenu, mais surtout plus haché, qui traduit ses doutes et ses angoisses : « Vous comprenez ! C’est certain, je suis différent, pas pareil ! Je ne dis pas meilleur ! Meilleur que quoi grands dieux ! Je suis différent… Par rapport à vous tous ! (…) L’unique n’a pas de comparaison, vous comprenez ? ».


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planche 12

 

Quant à l’humour, nous le percevons à travers plusieurs éléments : tout d’abord, les jeux de mots, qu’ils soient drôles ou de mauvais goût, parsèment le carnet et allègent l’atmosphère sombre qui règne : « Si tu me dis que dans ‘‘culpabilité’’ il y a le mot ‘‘cul’’, je te réponds en mode tartare que dans le mot ‘‘plaisir’’, il y a ‘‘plaie’’ » ; « Va falloir parler, j’ai Paput l’éviter » ; « Ça fait malade de la tête ». Il y a aussi des petites réflexions qui font du moins rire, sourire : ainsi, alors qu’un homme est en train d’embrasser une femme dans un bar, il songe qu’il a « toujours les gencives vachement sensibles » (cf. planche 12) ; ou alors que Manut est en train de dessiner, il entend ses angoisses revenir et leur lance : « Non ! Non ! Allez-vous-en ! Allez ! pfuiiit, à la porte ! Couché, panier, sortez de chez moi ! » (cf. planche 13).

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planche 13

 

 

Conclusion

Il serait facile, du fait de sa ressemblance avec l’auteur, de penser que Manut est son alter-ego papier. Pourtant, cela serait une première erreur. Manut, la salle d’attente n’est pas une autobiographie illustrée mais un carnet de bord, de croquis qui naît de manière anarchique dans l’esprit de l’auteur et les pages de son carnet. De son propre aveu, il nous révèle dans sa préface qu’il « ne souhaite pas de chronologie, de scénario ». Manut est, en fait, un simple personnage récurrent, vivant différentes expériences de la vie et de la mort, selon les angoisses, la solitude de J.-M. Charpentier. Il s’agit d’« un vieux couple d’amis bancal qui se traîne dans un monde amputé ». Des émotions que l’illustrateur transmet par le dessin, et ses coups de crayon francs, marqués.

Une lecture à la fois inquiétante, drôle et totalement aléatoire. Il faut se laisser porter par le flot de pensées du personnage, sans chercher à comprendre. L’essence de la réflexion apparaît à la première lecture. C’est l’intention même de l’auteur.


Élodie, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

Les éditions ELYTIS sur LITTEXPRESS

 

 

CatPasseport

 

Rencontre avec Philippe ROUSSEAU, Gilles MORATON ET Élise NANITÉLAMIO autour de la collection « Passeport pour... ». Article de Charlotte.

 

 

bleys bozonnet pilori

 

 

 

 

Article d'Angélique sur Pilori de Bleys et Bozonnet.

 


 

 

 

 

 

 

 

 Mes pas captent le vent

 

 

Mes pas captent le vent, adaptation du livre de Passeport pour une Russie par Philippe Rousseau, spectacle présenté au TNT.

Article de Julie.

 

 

escale-du-livre-2012

 

 

 

 

Escale du livre 2012 - Journal d'une stagiaire, article d'Élodie.

 

 

 

 

 

 

 


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